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Il faut arrêter de compter les votes!

Il faut arrêter de compter les votes!
AFP

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En ce lendemain d’élection, Donald Trump demande l’arrêt du compte des votes. Qu’arriverait-il si on suivait à la lettre cette demande absurde?

Au petit matin, le président Trump a pris la parole pour déclarer la victoire sur la base de son interprétation très optimiste des résultats. Il a suivi en réclamant que le comptage des votes soit interrompu. À quoi bon compter les votes si le président est certain de l’avoir emporté?

Manifestement, il a fait beaucoup mieux que plusieurs, dont moi, l'avaient prédit. On y reviendra. Mais il est loin d’être clair que sa victoire est acquise, comme il l’a prétendu. Le contraire serait effectivement plus vraisemblable.

Il est évident que la volonté du président est d’entretenir la méfiance envers le processus électoral pour pouvoir contester tout résultat défavorable devant les tribunaux et gonfler à bloc ses partisans les plus radicaux, qui pourraient contribuer à entretenir le climat d’instabilité et d’incertitude qui continuera à intoxiquer l’atmosphère du pays, au lendemain d’un jour d’élection qui a vu 1130 nouveaux décès de la COVID et 92 000 nouveaux cas d'infection.

Prenons-le au mot

À 11h30 au lendemain de l’élection, qu’arriverait-il si on prenait le président au mot et si on arrêtait le décompte des votes? Voyons voir. Selon la carte ci-dessous, Joe Biden a été déclaré gagnant dans un nombre d’États qui totalisent 227 votes au collège électoral et Donald Trump a été déclaré gagnant dans des États qui totalisent 213 votes. Les résultats encore incertains totalisent 98 votes (total 538). Il faut 270 votes pour l’emporter. Alors, qu’arriverait-il si on arrêtait de compter partout où les résultats sont encore en suspens?


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La carte ci-dessus le montre assez clairement. Les résultats rapportés étaient à jour à 11h51 sur le site web du New York Times; ces données auraient pu changer par la suite, dans un sens ou dans l’autre. Les États où un vainqueur a été déclaré sont représentés en rouge (Trump) et en bleu foncé (Biden). Les États encore incertains sont en bleu pâle (Biden) et en rose (Trump).

Si on arrêtait de compter, les États suivants iraient dans la colonne de Joe Biden: États acquis (224 votes), Michigan (16), Arizona (11), Wisconsin (10), Nevada (6), Maine-total (2) et Maine 1er district (1); total = 270. 

Pour Donald Trump, les chiffres se présentent comme suit: États acquis (213), Pennsylvanie (20), Géorgie (16), Caroline du Nord (15), Alaska (3) et Maine 2e district (1); total = 268.

Au vote populaire, Joe Biden a déjà obtenu le plus grand nombre de votes pour un candidat présidentiel de l’histoire de son pays, avec 69 362 322 votes (50,1%); Donald Trump a obtenu 66 605 170 votes (48,1%). 

Alors, on arrête de compter les votes et on déclare un vainqueur tout de suite, Monsieur le Président? 

Patience

L’attitude du président Trump face à des résultats qui s’annoncent perdants pour lui et pour sa campagne est absurde et inacceptable de la part d’un politicien qui se voudrait responsable dans une démocratie et un État de droit. Dans une démocratie, on compte tous les votes légitimes, sans exception. 

Le résultat final de l’élection présidentielle américaine n’est pas encore connu officiellement et les partisans de Joe Biden sont tout à fait en droit de croire qu’ils ont de bonnes chances de reprendre le dessus en Pennsylvanie et en Géorgie, entre autres. Patience. Laissons les officiers électoraux de ces États faire leur travail. Comme dirait mon philosophe américain préféré, Yogi Berra: «Ce n’est pas fini tant que ce n’est pas fini.» 

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Pierre Martin est professeur de science politique à l’Université de Montréal et directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines au CÉRIUM. On peut le suivre sur Twitter: @PMartin_UdeM