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D’un confinement à l’autre, l’exaspération des commerces britanniques

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Londres | Le nouveau confinement entre en vigueur jeudi au Royaume-Uni pour lutter contre la pandémie de coronavirus, et les entreprises qui avaient déjà eu du mal à se remettre du premier lockdown sont exaspérées et angoissées. Témoignage de trois entrepreneurs londoniens.

Restauration

«Pour nous, c’est totalement dingue de revivre ça juste avant Noël», dénonce Faraj Faraj, le directeur opérationnel de Mercato Napolitano. Cette vaste halle réunit des dizaines de stands de plats à emporter ou manger sur place de différents pays et une épicerie qui était restée ouverte pendant le premier confinement et le restera à nouveau.

«Nous allons survivre, mais il faut vraiment changer d’approche, augmenter les tests, s’assurer qu’on a la bonne application de traçage», alors que celle lancée par le gouvernement accumule les couacs, ajoute Faraj, soulignant que la restauration et les bars font partie des secteurs les plus durement touchés par les retombées de la pandémie.

Son patron, Andrea Rasca, le fondateur du Mercato, ne décolère pas: «Nous étions prêts pour le premier confinement, on sera prêts pour le deuxième mais, d’après lui, «le gouvernement a perdu la main complètement. Rien n’est décidé (pour les entreprises) à part une prolongation du système de chômage partiel» qui indemnise les employés.

Et, selon lui, les mesures prises par le gouvernement de Boris Johnson ne marchent pas: «Si on a un deuxième confinement, ça veut bien dire que ce qu’ils ont fait ne suffit pas».

Optimiste, il souligne toutefois que les ventes de Mercato Napolitano ont bondi après le premier déconfinement, dépassant le chiffre d’affaires d’avant la pandémie, même si les trois mois et demi de fermeture de fin mars à début juillet ont laissé un trou dans la trésorerie. Mais, optimiste pour l’avenir, il rappelle qu’un entrepreneur doit «parfois investir de l’argent» et que c’est ce que lui et ses associés ont fait pour renflouer les caisses.

Coiffure

Le salon Visage, dans le quartier résidentiel de Belsize Park, ne désemplit pas depuis l’annonce du confinement numéro deux samedi. Les clients sont échaudés par les trois mois passés avec des cheveux hirsutes ou avec des racines disgracieuses au printemps, et les coiffeurs, masqués, font des journées longues. Mais tout s’arrête jeudi et Estella Cicek, la copropriétaire du salon, est anxieuse.

«Personnellement, je pense que ça aurait dû avoir lieu plus tôt». Un confinement «court-circuit» de deux semaines pendant les vacances de la Toussaint ou avant, comme le suggéraient certains experts scientifiques, «aurait été un peu plus supportable», explique-t-elle à l’AFP. «Maintenant, nous devons fermer nos portes pour au moins un mois», en pleine période des Fêtes, cruciales pour les salons de coiffure et pour nombre de commerces, ajoute-t-elle.

Elle se souvient qu’avant le premier confinement, les clients commençaient à avoir peur du virus et que «le salon était très calme. Nous étions presque soulagés quand ils nous ont dit de fermer», car la société a pu mettre ses salariés en chômage partiel et bénéficier d’aides du gouvernement.

«Mais ce confinement, nous sommes déçus et inquiets parce qu’on ne sait pas combien de temps ça va durer», même si le premier ministre Boris Johnson assure qu’il sera levé le 2 décembre.

Boîtes de nuit

Depuis mars, Printworks, haut lieu de la nuit londonienne, est redevenu un immense entrepôt vide. Début septembre, la situation devenait déjà critique pour ce club qui, d’ordinaire, accueille jusqu’à 4000 fêtards par nuit, alors que les établissements de tout le secteur n’ont jamais pu rouvrir depuis le premier confinement. Six semaines après, Simeon Aldred, le cofondateur, essaie de ne pas verser dans le désespoir. Il a dû licencier 350 employés, alors que s’il avait pu prévoir que le système de chômage partiel serait prolongé pour le nouveau confinement, il en aurait peut-être conservé plus, enrage-t-il.

Il ne décolère par contre les autorités qui lui ont refusé des aides octroyées à d’autres night-clubs, comme le Ministry of Sounds, d’un des vétérans de la scène londonienne.

«Pour l’économie des lieux nocturnes, (...) changer tout le temps les choses est un environnement impossible», poursuit l’entrepreneur à la barbe rousse et à l’imposante carrure.

S’il s’attend à des faillites en série dans les semaines à venir parmi ses concurrents, il veut croire que Printworks survivra à la pandémie, tout comme les autres lieux de son groupe, notamment grâce au soutien de leur propriétaire immobilier, British Land. «On est des battants, nous avons bâti tout ça à partir de rien», conclut-il.