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La «république de bananes»?

US-VOTE-TRUMP
Photo AFP

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L'apocalypse, prévue pour la fin de la journée du 3 novembre, n’a pas eu lieu, et tout semble indiquer qu’elle a été reportée. Entre-temps, nous pouvons respirer.

Au moment où j’écris ces lignes, Trump, le mauvais perdant, refuse d’admettre sa défaite, mettant son pays dans tous ses états. Il crie à la fraude, ce président qui refuse de payer ses impôts et qui est lui-même spécialiste en fraudes de toutes sortes. Ce scénario était prévu depuis quelque temps: accuser son adversaire de fraude. Pourquoi n’a-t-on pas exigé alors la présence d’observateurs internationaux pour veiller au bon déroulement des élections dans ce grand pays qui se proclame le défenseur des droits de la personne? Voici les États-Unis réduits à un statut de «république de bananes».

Comme dans toute bonne république de bananes, le président sortant jongle avec différents scénarios, y compris l’appel à l’armée, dont il est toujours le général en chef, ou l’appel à la Cour suprême qu’il contrôle, pour signaler des cas de fraude. Mais encore faut-il qu’il y ait eu fraude. La bête, lorsqu’elle se sent traquée, est encore plus dangereuse et on ne doit pas sous-estimer la capacité illimitée et pernicieuse de manipulation du spécialiste du false news. Déjà, son armée d’avocats et de conseillers est à pied d’œuvre pour soulever chaque pierre, pour contester chaque vote dans les États où il a perdu.

Et il y a de quoi paniquer. Il y a actuellement une douzaine d’enquêtes contre le président Trump, entre autres sur des malversations, des évasions fiscales ou des agressions sexuelles. Jusqu’à maintenant, il s’en est bien tiré. Mais en perdant, il perd son statut d’immunité et pourrait fort bien se trouver devant les tribunaux pour répondre de ses actes. Et se retrouver dans la position de Richard Nixon lors du scandale du Watergate: en prison. À moins que le nouveau président Joe Biden le gracie comme l’avait fait Gerald Ford pour Nixon.

Qu’il perde ou qu'il s’accroche au pouvoir, Trump devra faire face à ses créanciers, au fisc et à la justice. Selon le Financial Times, l’actuel mandataire devra renégocier au cours des quatre prochaines années des prêts immobiliers de 900 millions de dollars. Ses hôtels et immeubles ont été durement affectés par la baisse des activités économiques due à la pandémie. On est loin de pleurer sur ses déboires, mais pour le magnat de l’immobilier, c’est une épine de plus dans sa lente descente sur le plancher des vaches. Car s’il est chassé de la Maison-Blanche, il devra retourner à son ancien métier, commenter les plans d’un futur hôtel ou suggérer la couleur des murs pour en rénover quelques-uns. 

Il n’y a pas de sot métier, mais avouez que lorsqu’on a connu la gloire devant des foules de partisans qui scandent votre nom, le retour à la vie normale est plutôt amer.

Pour toutes ces raisons, le président colérique et orgueilleux va chercher par tous les moyens à s’accrocher au pouvoir. Le show burlesque va durer encore quelque temps, malheureusement. Jusqu’à ce qu’on le retrouve peut-être dans son jet privé, en route pour l’Écosse, où il possède un hôtel de luxe et un terrain de golf. Comme Bébé Doc fuyant Haïti pour se terrer dans son château en France. On n’est pas loin de la république de bananes...

Ceux qui le dépeignaient comme le défenseur des classes populaires avec ses slogans «America First» et ses attaques contre la Chine pour redonner aux États-Unis son lustre d’antan seront confondus. Le président narcissique n’a que faire des gagne-petit.