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Trump le démolisseur

US-VOTE-GEORGIA-PROTEST
Photo AFP

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On a beau avoir la meilleure Constitution sur papier, tout dépend toujours, en politique, de la confiance entre les hommes, les femmes, et du respect de certains « usages », de conventions non écrites.

Or, comme on s’y attendait, Donald Trump a montré hier qu’il n’a confiance qu’en ceux et celles qui disent comme lui. Et qu’il n’a aucun respect pour les usages.

La démocratie américaine a presque 250 ans. La dénonciation trumpiste, sans preuve, d’une prétendue fraude électorale massive, sa fausse distinction entre bulletins de vote illégaux et légaux... tout cela équivaut à une tentative de détruire un vieil édifice patrimonial : la Constitution des États-Unis.

C’est un événement majeur, troublant.

On verra si l’édifice tiendra le coup. Il est solide, certes. Il en a vu d’autres. Ses conventions sont trempées.

De la confiance entre certains acteurs clés et du respect pour les usages, il en reste.

Chute

Possible donc que Trump, en tentant de frapper ce bel édifice soit lui-même en train de s’effondrer.

Il y avait quelque chose d’absurde, de ridicule, de le voir, derrière le lutrin du président des États-Unis, faire des affirmations sans aucun fondement.

Mais c’est une pratique si courante chez lui qu’une partie des Américains – et du globe – semblent s’y être habitués.

Ce que le magnat a affirmé hier a quelque chose de manifestement illogique : les démocrates auraient fraudé un peu partout aux États-Unis, mais auraient été assez stupides pour laisser le contrôle du Sénat aux « rouges ».

Je ne peux croire que plus de 50 % des électeurs américains n’arrivent pas à voir que l’homme déraille.

Certains semblent dire que Trump hier a formulé ses dernières rodomontades. Que c’est la chute finale. Et que chaque contestation judiciaire se butant au mur de la réalité et à l’absence de preuve, l’ultime révolte de Trump ne sera qu’un baroud d’honneur.

Certains acteurs clés du camp rouge ont d’ailleurs commencé à prendre leurs distances : le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, qu’on ne peut soupçonner d’avoir des accointances démocrates, a rappelé au président dès mercredi que ce n’est pas la Maison-Blanche qui détermine le vainqueur de l’élection présidentielle, mais les États fédérés.

Au reste, le vice-président, Mike Pence, a tenu à souligner que chaque vote devrait compter.

Chaos

Il y a un autre scénario, et il est terrible pour les Américains. Et va contre nos intérêts, car les États-Unis sont notre principal marché d’exportation. Que les coups de boutoir de Trump conduisent au chaos, aux perturbations, à l’instabilité politique.

Que les différentes milices de l’univers trumpiste forment leurs bataillons. Et qu’ils tentent d’obtenir par la force ce pour quoi prient compulsivement les pasteurs évangéliques écumants qui entourent et vénèrent Trump : soit ce « fait alternatif » selon lequel la victoire lui serait divinement due.

Depuis deux ans, j’avais pris l’habitude de dire que j’espérais presque que Trump soit réélu. Ma logique : le magnat n’accepterait jamais une défaite. Peut-être vaudrait-il mieux quatre ans de clowneries d’un lame duck qu’une guerre civile larvée infinie déclenchée par un bris de confiance sans précédent, une rupture des usages.

Nous y sommes peut-être. Espérons que l’autre scénario, celui d’une chute qui fait « pouet, pouet », se réalise.