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Entrevue avec Régis Labeaume: «Je suis absolument remplaçable»

Le maire de Québec évoque qu’il pourrait ne pas se présenter aux élections dans un an

Le maire Régis Labeaume a accordé, vendredi, une longue entrevue au <em>Journal</em> à un an jour pour jour du prochain scrutin municipal.
Photo Didier Debusschère Le maire Régis Labeaume a accordé, vendredi, une longue entrevue au Journal à un an jour pour jour du prochain scrutin municipal.

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Pour la première fois depuis qu’il est à la tête de la Ville de Québec, Régis Labeaume a ouvert la porte à la possibilité de ne pas se porter candidat à la mairie dans un an. 

«Je suis absolument remplaçable. Les cimetières sont pleins de gens irremplaçables. Si je m’en vais, ça (Équipe Labeaume) ne se désintégrera pas», a assuré vendredi celui qui dirige la municipalité depuis presque 13 ans, dans une longue entrevue au Journal.

Le maire a mentionné qu’il ne prendra aucune décision avant la période des Fêtes. Il ne s’est toutefois pas donné de date butoir pour annoncer s’il sollicitera ou non un cinquième mandat. 

«Toute l’organisation (d’Équipe Labeaume) est en cours : les communications, le programme... La thématique est choisie. Les jeunes prennent ça en main. Tout est parti avec deux hypothèses : une hypothèse “Labeaume se présente” et une hypothèse “c’est quelqu’un d’autre qui est chef d’Équipe Labeaume puis qui est appuyé par Labeaume”», a-t-il ajouté.

Le maire Régis Labeaume a accordé, vendredi, une longue entrevue au <em>Journal</em> à un an jour pour jour du prochain scrutin municipal.
Photo Didier Debusschère

«Le goût du changement»

D’après lui, «les gens sont à la veille d’avoir le goût du changement. Les gens se lassent des politiciens et les politiciens se lassent de la politique aussi. On a peut-être besoin d’un changement de ton. À un moment donné, ça va arriver. Je ne sais pas si c’est maintenant ou plus tard.» 

Le maire a soigneusement évité d’avancer publiquement des noms pour d’éventuels successeurs. Il a toutefois convenu qu’il discute actuellement avec de potentiels candidats à la mairie et aux postes de conseillers municipaux. 

Le 31 août dernier, lorsqu’il a été question de son avenir politique, Régis Labeaume a avancé «qu’Olga Farman, Julie Lemieux et Dominique Brown ont tout ce qu’il faut pour être maire de Québec, s’ils le décidaient un jour».

Le maire Régis Labeaume a accordé, vendredi, une longue entrevue au <em>Journal</em> à un an jour pour jour du prochain scrutin municipal.
Photo Didier Debusschère

Chose certaine, Équipe Labeaume devra changer de nom si jamais sa figure emblématique décidait de passer le flambeau. «Mais tout le monde qui est là, à part ceux qui arrêtent de faire de la politique, reste», a insisté le maire.

D’après M. Labeaume, «si je m’en vais, l’équipe va rester. Je sais qui s’en va puis qui reste [...] C’est quelques-uns (qui partent) et ça nous permet en même temps de nous renouveler. C’est bien parfait.»

La parité hommes-femmes et le rajeunissement des troupes demeurent importants à ses yeux.

Ses motivations 

Interrogé à savoir ce qui motivera sa décision, Régis Labeaume, qui s’est récemment battu contre un cancer de la prostate, a spontanément évoqué son état de santé. 

«Ça s’améliore de mois en mois, a-t-il avancé. Là, ça va bien. Mais dans un an, je vais être rendu comment? La COVID n’est pas un moment pour prendre des décisions. Je veux avoir les idées bien claires et je veux prendre une décision lucidement.»

Le maire Régis Labeaume a accordé, vendredi, une longue entrevue au <em>Journal</em> à un an jour pour jour du prochain scrutin municipal.
Photo Didier Debusschère

Son autre motivation est de s’assurer que le projet de réseau structurant de transport soit bien avancé.

«Je ne peux pas m’en aller tant que ce n’est pas réglé. Si je pars, il faut que j’aie le sentiment très sûr que “there is no way out” (“il n’y a plus de retour en arrière possible”). Je n’ai pas ce sentiment en ce moment.» 

D’après lui, «il y a un problème : eux autres (le gouvernement du Québec) (c’est) le troisième lien. Et moi, le tramway. Moi, je suis prêt.»

Barrer la porte aux «patroneux»

Dans la même veine, le maire a dit vouloir barrer la porte aux «patroneux de Québec qui se cherchent un candidat comme ils en ont cherché un la dernière fois. Ils voient les 3 milliards $ de contrats.» 

Invité à préciser sa pensée, il a soutenu «que les patroneux sont ceux qui font du patronage. Ils amènent de la corruption. Dans les Villes, il y a toujours une gang qui cherche à avoir un candidat sous influence pour avoir les deux mains dans le plat de bonbons. C’est du monde qui veut distribuer des contrats. Ça, ça amène de la corruption dans une Ville. La Ville de Québec est propre. Elle est immaculée.»  

En rafale  

Le maire Régis Labeaume a accordé, vendredi, une longue entrevue au <em>Journal</em> à un an jour pour jour du prochain scrutin municipal.
Photo Didier Debusschère

Liberté de parole 

Même s’il a évoqué la possibilité de ne pas se présenter en 2021, Régis Labeaume ne croit pas que son rapport de force politique face aux gouvernements supérieurs va baisser. «S’ils ont le goût, qu’ils s’essayent, a-t-il mis au défi. Admettons que je décide de m’en aller, je vais être encore plus libre. Je n’aurais même pas le souci de me faire réélire. Ça va être l’enfer pour les autres. Les gouvernements qui voudraient profiter de ça vont vivre l’enfer.»


Sur les élections américaines

Soulagé de constater que Joe Biden est en voie de remporter l’élection présidentielle aux États-Unis, Régis Labeaume s’inquiète néanmoins de la situation politique chez nos voisins du Sud. 

«Le racisme existe encore profondément dans la politique américaine, a-t-il fait remarquer. La nouvelle, c’est pas que Biden va être élu. C’est qu’il y en a un [électeur] sur deux qui a voté pour Trump. Ça me sidère.» 


La dette continuera de baisser 

Malgré la situation pandémique, le maire affirme que la dette de la Ville de Québec va continuer de baisser dans le prochain budget.

Il dit être très fier de respecter son cadre financier depuis une dizaine d’années.

«Ce qu’on a fait il y a 10-11 ans, c’est le meilleur coup de ma vie. Ça marche. On s’est fait des réserves comme des écureuils. Les finances de la Ville vont très bien», s’est-il félicité.  


Flèche au ministère de la Culture 

Lors de la campagne électorale de 2017, Équipe Labeaume a promis de ramener 500 résidents permanents dans le Vieux-Québec. Cet objectif n’a pas été atteint. Le maire rejette entièrement le blâme sur le ministère de la Culture.

«Ça ne marche pas avec la Culture. On ne sait plus quoi faire. Il faudrait que je sorte et que je pète un plomb», s’est-il exclamé. D’après lui, «on a des projets [immobiliers] où les promoteurs sont respectueux [du patrimoine]. Mais il n’y en a pas un qui passe à la Culture.» 


Le rapport du BAPE 

Alors que le gouvernement a reçu cette semaine un rapport de 478 pages du BAPE sur le tramway, le maire se demande si les commissaires «se sont occupés du projet ou s’ils ont décidé de s’éjarrer. Ont-ils essayé de devenir des spécialistes en aménagement du territoire? Le mandat leur donne la possibilité d’aller large».

Régis Labeaume a tenu à rappeler que des groupes environnementaux ne voyaient pas la nécessité de tenir un BAPE, car «c’est évident [que ce projet] est une amélioration en matière de développement durable».


COVID-19 et attaque de l’Halloween

Le maire tente de concocter un programme pour la période des Fêtes en ces temps difficiles de COVID-19. «On a trois projets en cours», a-t-il révélé en avouant ne pas savoir si la situation sanitaire permettra de les mener à terme. Chose certaine, M. Labeaume pense que l’attaque de la semaine dernière rend «encore plus pertinent ce qu’on fait. Le besoin est encore plus manifeste. Il y a de la tristesse à Québec. Il y a quelqu’un qui a violé le Vieux-Québec».