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Élection de Biden: l’UE va devoir s’habituer à vivre sans leadership américain

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L’Union européenne va retrouver un allié et un partenaire avec l’élection de Joe Biden à la présidence des États-Unis, mais les Européens ne doivent pas se bercer d’illusions: Washington ne redeviendra pas le gendarme du monde ni le grand protecteur de l’OTAN, avertissent dirigeants et analystes.

Il va falloir «reconstruire notre partenariat»: le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a résumé l’enjeu samedi dans son message de félicitations.

Le désengagement politique et militaire un peu partout dans le monde a été amorcé par Barack Obama et Joe Biden, lequel était alors son vice-président. Donald Trump a poursuivi le mouvement, plus brutalement, suscitant de fortes tensions avec l’UE, considérée avec hostilité par le président républicain.

Joe Biden peut-il revenir en arrière? L’ancien président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker en doute: «Il ne peut pas changer l’approche washingtonienne des choses internationales», soutient-il.

En outre, en cas de majorité républicaine au Sénat, l’administration de Joe Biden serait un «canard boiteux», déplore Nathalie Tocci, directrice de l’Istituto Affari Internazionali.

«Les États-Unis vont rester repliés sur eux-mêmes», abonde le politologue allemand Markus Kaim. Conséquence: «Les Européens doivent apprendre à vivre sans leadership américain», résume Sébastien Maillard, directeur de l’Institut Jacques Delors.

«Réveil difficile»

Les choses peuvent devenir plus faciles, mais «il ne faut pas attendre un changement radical», met-on en garde dans l’entourage des présidents des institutions européennes.

«Croire à un retour à l’âge d’or fantasmé du lien transatlantique, c’est ignorer l’évolution des États-Unis et du contexte international», avertit également l’eurodéputé français Arnaud Danjean, spécialiste des questions de défense, prédisant «un réveil difficile» après une brève euphorie.

L’UE devra poursuivre et renforcer son «autonomie stratégique» pour son économie et sa sécurité, afin de défendre ses intérêts, insistent de concert diplomates et politologues.

Tout n’est pas sombre: «La relation va devenir plus prévisible et plus constructive sur le commerce, l’OTAN, l’Iran, le Moyen-Orient et la lutte contre le changement climatique — si les États-Unis reviennent dans l’accord de Paris», analyse Mujtaba Rahman, directeur de l’Eurasia Group Europe.

Le futur président américain a assuré vouloir rejoindre l’accord de Paris sur le climat, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et l’accord nucléaire avec l’Iran (JCPOA), reniés par Donald Trump.

Une détente est également attendue dans les relations commerciales, où Washington avait ouvert les hostilités. Une trêve conclue avec la promesse d’un miniaccord commercial ne s’est pas concrétisée.

Vers l’«autonomie stratégique»?

Mais Joe Biden ne reviendra pas sur le pivotement stratégique opéré par Washington vers le Pacifique et la Chine ni sur la volonté d’en finir avec les guerres «sans fin» et de ramener les troupes américaines au pays, parce que c’est populaire aux États-Unis, explique Nicole Koenig, spécialiste des questions de défense pour l’Institut Delors basé à Berlin.

Les décisions unilatérales de Donald Trump et son aversion pour certains dirigeants et membres de l’Alliance atlantique ont créé des tensions et des divisions avec l’OTAN. Son secrétaire général, le Norvégien Jens Stoltenberg, s’est beaucoup dépensé pour «apaiser la bête», souligne un diplomate.

M. Stoltenberg a rapidement salué samedi en Joe Biden «un robuste partisan de l’Alliance».

Pour autant, si l’OTAN appelle à une normalisation, Washington devrait se recentrer sur les intérêts américains, fait valoir Markus Kaim: «Ce sera inconfortable pour les Européens», note-t-il, car les membres de l’OTAN sont divisés entre pro-Européens et pro-atlantistes.

«Les illusions d’autonomie stratégique européenne doivent prendre fin: les Européens ne pourront pas remplacer le rôle crucial de l’Amérique en tant que fournisseur de sécurité», a ainsi affirmé la très atlantiste ministre allemande de la Défense, Annegret Kramp-Karrenbauer, membre de la CDU, le parti d’Angela Merkel, dans une tribune publiée par Politico Europe.

«Nous ne vivrons jamais plus dans le monde d’avant, celui d’une protection et d’une bienveillance systématiques des États-Unis», a répliqué Clément Beaune, le secrétaire d’État français aux Affaires européennes, proche conseiller du président Emmanuel Macron.

Un scénario intermédiaire pourrait s’esquisser: «Joe Biden va proposer une sorte de division géographique du travail, avec plus de responsabilités assumées par les Européens pour la sécurité et la stabilité du voisinage européen, afin de permettre aux États-Unis de s’impliquer davantage en Asie», estime Markus Kaim.

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