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Un Québécois veille au bien des Falcons

Martin Lauzon est responsable du protocole de protection contre la COVID-19 à Atlanta

Martin Lauzon
Photo courtoisie En janvier 2017, Martin Lauzon est venu bien près de savourer la gloire ultime au Super Bowl 51. S’il était tout sourire à deux jours de l’événement lors d’un entretien avec Le Journal, à Houston, la défaite face aux Patriots lui a ensuite brisé le cœur.

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Toutes les nuits, quand Martin Lauzon ouvre l’œil bien avant le lever du soleil, le poids d’une équipe de football en entier pèse sur ses épaules. À sa 11e saison avec les Falcons d’Atlanta, le quinquagénaire de Beloeil doit veiller au grain pour éviter que la COVID-19 ne s’invite dans l’équipe.

Son nouveau chapeau d’officier de contrôle des infections, qui s’ajoute à son boulot déjà prenant de directeur de la médecine sportive, maintient constamment ce rare Québécois dans la NFL sur le qui-vive.

Celui que tous chez les Falcons ont rebaptisé Marty a hérité de la mise en place et de l’application du protocole de protection contre le coronavirus. 

Tout en assurant la mise en place et le respect du protocole de protection contre la COVID-19, Martin Lauzon doit continuer de soigner les joueurs et de travailler à leur réadaptation. Sur cette séquence, derrière le receveur Russell Gage, il est intervenu avec son équipe médicale.
Photo AFP
Tout en assurant la mise en place et le respect du protocole de protection contre la COVID-19, Martin Lauzon doit continuer de soigner les joueurs et de travailler à leur réadaptation. Sur cette séquence, derrière le receveur Russell Gage, il est intervenu avec son équipe médicale.

Le succès de l’opération chez les Falcons passe par lui. La NFL, qui tient évidemment à ce que sa saison ne soit pas chamboulée, compte sur de tels officiers dans ses 32 marchés. De par ses 22 ans d’expérience dans la ligue, celui qui a travaillé au préalable pour les Browns de Cleveland siège également au comité de traitement de la COVID-19 et du retour au football, depuis mars. Un triple défi stimulant, mais qui a de quoi procurer quelques rides prématurées !

« Être officier de contrôle des infections, c’est une job à temps plein... sauf que j’ai mon autre job à temps plein en même temps comme directeur de la médecine sportive ! Disons que je dors moins qu’avant », lance Lauzon dans un grand éclat de rire, lors d’un entretien téléphonique avec Le Journal.

Longues heures

Chaque jour, autour de 4 h dans la nuit, Lauzon reçoit les résultats de tests des joueurs, entraîneurs et membres du personnel via une application. Il doit rapidement procéder à l’analyse des résultats.

« C’est une gymnastique intéressante avec tous les tests et les protocoles. C’est beaucoup de stress parce que tu as le bien de l’équipe entre les mains. La responsabilité est énorme. Je dois gérer ça sans négliger le moindre aspect de mon travail de tous les jours en médecine sportive. Au moins, c’est le travail de toute une équipe et je me sens bien épaulé. Chacun prend son rôle au sérieux », témoigne celui qui a fait son chemin de la Machine de Montréal en passant par Ottawa et deux programmes de la NCAA (USC et UCLA) jusqu’à la NFL.

En mode alerte

Une alerte est évidemment émise immédiatement dans la nuit s’il y a un ou plusieurs résultats positifs. C’est ce qui s’est produit le 15 octobre, une journée qui est vite devenue frénétique avec quatre résultats positifs. 

Dans ce contexte, Lauzon doit s’assurer d’étudier le plus vite possible le suivi des contacts pour déterminer quels autres membres de l’équipe peuvent être considérés comme à risque.

Tous doivent en effet porter un bracelet à puce qui permet de retracer quelles personnes ont été en contact prolongé avec un joueur ou un entraîneur infecté. Pendant que les tests sont de nouveau analysés en laboratoire, d’autres tests rapides doivent être passés. Les joueurs touchés et leurs contacts rapprochés doivent aussi répondre à une série de questions.

En cette journée du 15 octobre, il a été déterminé que 18 autres joueurs devaient être considérés comme à risque, en plus des quatre cas positifs. Les Falcons ont dû fermer temporairement leurs installations. « Avec mon avis et celui des médecins de mon équipe, il faut prendre les bonnes décisions pour l’organisation. Il faut vite communiquer tous les détails à la ligue. Tu passes ta journée à parler avec les 22 joueurs.

« À la fin de la journée, on a compris que trois des quatre tests positifs étaient des faux positifs. Ça nous a aidés, mais on n’a pas regretté d’avoir été proactifs et de fermer nos installations. C’est ce que l’équipe et la ligue souhaitent », raconte Lauzon.

Martin Lauzon doit s’assurer, comme tous les joueurs et entraîneurs, de porter le masque à l’intérieur comme à l’extérieur des installations de l’équipe.
Photo courtoisie
Martin Lauzon doit s’assurer, comme tous les joueurs et entraîneurs, de porter le masque à l’intérieur comme à l’extérieur des installations de l’équipe.

Bonne relation

Toutes les mesures sanitaires représentent un nouveau monde que le Québécois a dû apprivoiser et il doit s’assurer que tous adhèrent au plan. C’est là une tâche qui l’amène inévitablement à jouer à la police à l’occasion, mais les Falcons n’ont pas eu à se faire prier.

« On fait des rappels, mais tout le monde comprend. Si les joueurs ne jouent pas, ils ne sont pas payés. Les joueurs savent qu’on fait ça pour le bien de l’équipe et de leur famille. J’ai gardé une bonne relation avec eux. 

« Ils sont peut-être jeunes et invincibles dans leur tête, mais ils peuvent avoir le virus. On n’est pas dans une bulle comme la LNH, mais tout le monde fait un bon travail. À peu près chaque équipe va avoir des cas, mais le but est d’empêcher toute éclosion. C’est le nerf de la guerre. » 

Une préparation de longue haleine 

La vie professionnelle de Martin Lauzon n’est pas un tourbillon seulement depuis que la saison a commencé. Son métier a complètement basculé dès que la pandémie a frappé.

« On ne s’attendait pas à vivre ça. Quand tout a commencé à fermer en mars, on a formé nombre de comités et sous-comités dans la NFL. Il a fallu déterminer plein de choses. Non seulement comment tester, mais comment faire les traitements, comment tenir un entraînement, un match, comment espacer tout le monde, comment les joueurs peuvent continuer de lever des poids au gymnase. » 

« Tout le monde parle de distanciation sociale, mais au football, c’est difficile à appliquer. Ce n’était pas ma première expérience dans un comité de la ligue, mais c’est extraordinaire de penser à combien de temps ça a demandé cette année de siéger à ces comités et combien de temps ça aura pris pour mettre toutes les étapes en place », résume-t-il.

Martin Lauzon
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Des experts de par le monde

Pour planifier toutes les mesures à appliquer entre mars et juillet, différents intervenants du milieu sportif ont dû être consultés et pas seulement au sein des ligues nord-américaines majeures. Des experts de partout sur la planète ont été ciblés.

« En février, je n’avais encore jamais fait de meeting zoom. En avril, j’en avais au moins 12 par jour ! » s’exclame l’homme de 50 ans, qui s’est familiarisé avec sa nouvelle réalité virtuelle.

Sur le plan des connaissances, celui qui s’évertue depuis une vingtaine d’années à guérir les nombreux bobos des joueurs n’a eu d’autre choix que d’enrichir son éventail de connaissances. 

« On ne pouvait pas envisager à quel point tout ça allait gruger de notre temps tous les jours. Il faut que tu sois très organisé entre le protocole sanitaire, les tests, la médecine sportive et les comités avec la NFL. » 

« Au printemps, on se disait que ça s’organiserait assez bien. On se doutait que ce serait gros, mais peut-être pas autant. Ça fait une quinzaine de semaines, en incluant le camp d’entraînement, qu’on est là-dedans au quotidien et ça demande à tout le monde une flexibilité incroyable », explique-t-il.

Dans ce contexte, Martin Lauzon ne peut que se réjouir de voir chacun mettre la main à la pâte.

« Ça va du responsable de la cafétéria qui s’assure que tout le monde respecte la distanciation aux coordonnateurs à la sécurité qui vérifient que tous portent le masque. Beaucoup de décisions me reviennent, mais tout le monde apporte sa contribution pour aider. On veut tous prendre soin de nous et de nos familles. » 


Un papa avant tout

Si sa carte d’affaires déborde de grands titres professionnels en cette période trouble, Martin Lauzon attache plus d’importance que tout à un autre rôle, celui de père de ses deux enfants. « Il a fallu s’ajuster. C’est un sacrifice familial, mais il faut que je m’assure de passer suffisamment de temps avec les enfants. Je m’organise pour les voir. Les journées où le temps manque, j’ai su m’adapter à eux et je m’organise pour les voir au moins par Facetime. Être père, ça reste l’élément le plus important dans ma vie. J’essaie toujours d’être impliqué et présent », souligne-t-il fièrement.

Départs douloureux

Cette saison, les Falcons connaissent passablement d’ennuis sur le terrain, avec une fiche de deux victoires contre six revers. Ce rendement décevant a mené à la sortie expéditive de l’entraîneur-chef Dan Quinn et du directeur général Thomas Dimitroff, deux hommes qui sont devenus bien plus que des confrères de travail pour Lauzon. « Tu respectes au plus haut point ces gens en tant que patrons, mais tu en viens aussi à développer des amitiés. Je peux dire de ces deux gars-là qu’ils étaient vraiment des amis. À la longue, on a développé un langage commun, une symbiose dans notre façon de travailler ensemble. Sur le plan personnel, je connais les gars, mais aussi leur épouse et leurs enfants. C’est ce qui rend la chose encore plus dure à accepter, mais il faut comprendre que c’est la nature de la business. »

Cicatrice du Super Bowl

Comment parler à Martin Lauzon sans revenir sur l’un des moments les plus difficiles de sa carrière ? En février 2017, les Falcons voguaient vers une retentissante victoire au Super Bowl 51, avec une avance de 28-3 au troisième quart face aux Patriots. Puis, tout s’est effondré et ils ont dû s’avouer vaincus 34-28 en prolongation. « C’est sûr que c’est dur à oublier, je ne peux pas mentir », confie-t-il près de quatre ans plus tard, dans un long soupir. Tu peux juste contrôler ce que tu peux contrôler. C’est sûr que c’est LA game, mais bien des équipes doivent passer par là. Que tu perdes comme ça ou par 50 points, quand tu perds, ça fait mal. »