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Accusé de harcèlement, de séquestration et d’agression sexuelle: Salvail dépeint comme un pervers

Trois témoins s’en sont pris à la bonne réputation que l’ancien animateur tente de redorer dans ce procès

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Trois anciens collègues d’Éric Salvail ont dépeint l’animateur déchu comme un pervers qui n’hésitait pas à « dépasser la ligne » avec des commentaires ou des gestes sexuels déplacés, même avec ceux qu’il ne connaissait pas.

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« Il avait toujours son petit jeune qu’il allait gosser. Il tourne autour comme une petite abeille, il passe des petits commentaires, il te regarde dans les yeux, il fait une espèce de drague zéro subtile », a expliqué un ex-collègue de Salvail dans un enregistrement rendu public lundi, au palais de justice de Montréal.

Un autre témoin a pour sa part raconté comment un jour, sans crier gare, Salvail serait venu par-derrière pour lui mettre la main dans les culottes, « très loin, jusqu’à toucher les testicules », pour ensuite lui exhiber ses propres parties génitales, en plein sur les lieux de travail, alors qu’ils étaient seuls. 

« Ce n’est pas vrai qu’il est blanc comme neige, il a un côté exhibitionniste, c’est de la grossière indécence », a renchéri le troisième témoin.

Les trois hommes, qu’il est interdit de nommer sur ordre du tribunal, ont fait ces déclarations aux policiers en mars dernier, mais ce n’est que lundi qu’elles ont été rendues publiques, dans le cadre du procès de l’ex-animateur de 51 ans. 

Témoin 1

Témoin 2

Témoin 3

Les culottes à terre

Salvail est accusé de harcèlement, de séquestration et d’agression sexuelle, relativement à des événements qui remontent à 1993, dans des toilettes à Radio-Canada. À l’époque, tant le populaire animateur et le plaignant, Donald Duguay, travaillaient à la télévision d’État.

« Il a les culottes au sol, il commence à se masturber, avait témoigné M. Duguay. Il se frotte en mimant une action de pénétration entre mes deux fesses. »  

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Salvail avait rétorqué que cette version était « farfelue ».

« Je n’agresse pas les gens dans la vie », avait-il rétorqué à la cour, en précisant qu’il n’était pas ce genre de personne.

Or, en mettant sa réputation en jeu, il a ouvert la porte à ce que la Couronne obtienne la rare autorisation de faire entendre trois nouveaux témoins pour justement s’attaquer à l’image de Salvail. Mais après une entente avec la défense, plutôt que d’être entendus en personne, c’est leurs déclarations aux policiers qui ont été déposées en preuve.

« [Salvail] a renoncé à contre-interroger les témoins », a expliqué la procureure de la Couronne, Me Amélie Rivard.

Un « monstre »

Selon un des témoins, les frasques de Salvail étaient bien connues du milieu, si bien que les gens qui travaillaient autour de lui s’étaient « un peu habitués ».

« J’aurais eu le même comportement avec une femme, c’est sûr que j’aurais perdu mon emploi, a-t-il dit aux policiers. Il avait des façons de faire particulières. Quand il avait une idée en tête, il allait jusqu’au harcèlement. Les gens ne l’ont pas condamné, ils l’ont célébré. Il a fait sa carrière là-dessus... Est-ce qu’on a contribué à créer le monstre, nous qui avons travaillé avec lui ? »

Sauf que si Salvail s’est « frotté » contre l’un des témoins, la réaction de ce dernier l’aurait rapidement refroidi.

  • Écoutez la chronique judiciaire de Nicole Gibeault à QUB radio

« Je me suis reviré et je l’ai poussé violemment en lui disant : “Lâche-moi, gros cr.... de guédaille, ça va faire, je travaille”, a expliqué l’homme. À partir de ce jour-là, il ne m’a plus jamais écœuré. »

Le troisième témoin, celui qui dit s’être fait mettre une main dans les culottes, n’a toutefois pas osé confronter Salvail, préférant « rire de malaise ».

« Je le sentais en contrôle, et je ne voulais pas me le mettre à dos », a-t-il expliqué.

Ces trois témoignages ont mis fin à la preuve au procès de Salvail, si bien que dès mardi, les avocats entameront leurs plaidoiries finales, en commençant par celles de Me Michel Massicotte, qui défend l’accusé. Cette étape devrait durer trois jours au plus. 

Par la suite, le juge Alexandre Dalmau devrait prendre sa décision en délibéré. 

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Ce qu'ils ont dit        

« Éric [Salvail] entre dans le bureau, il le contourne et me saisit par en arrière [...]. Il se frotte contre moi, je sens son souffle dans mon cou. Je me suis reviré et je l’ai poussé violemment. » –Le témoin #1

« Je n’ai rien vu venir, [Salvail] a rentré sa main dans ma culotte [...]. J’ai pogné mes choses pour m’en aller, et là il m’a suivi et il a baissé ses culottes pour exhiber son pénis. J’ai ri de malaise en lui disant : “Éric, juste te rappeler qu’il y a des caméras”. » –Le témoin #2

« Dès que je suis arrivé le premier jour, il était là, tout de suite. Il a fait des allusions en disant : “j’imagine que t’as un beau pénis”. Le monde autour trouvait ça drôle, je me suis demandé : mais qu’est-ce que c’est que cet énergumène-là. » –Le témoin #3