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La distribution du vaccin, tout un casse-tête

Le vaccin développé par l’américaine Pfizer et l’allemande BioNTech doit être conservé à moins 75 degrés

GEN - MÉLANIE BEAUDOIN, PDG DE BIOGIVRE
Photo Martin Alarie Mélanie Beaudoin est la fondatrice et présidente de Biogivre, une entreprise de Drummondville qui produit de la glace sèche à -78,5 degrés. Elle dit avoir reçu récemment des appels de pharmaceutiques et être parfaitement capable de répondre à la demande.

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Alors que l’armée américaine se prépare à distribuer le vaccin contre la COVID-19 de Pfizer, le Québec est sur un pied de guerre pour livrer ses millions de doses à des températures polaires.

Hier, le premier ministre du Canada Justin Trudeau, a prévenu que les vaccins comme celui de Pfizer, qui doit être conservé à -75 degrés Celcius, devront être manipulés avec soin, ce qui posera d’énormes défis. 

Manutention, transport, logistique : la chaîne québécoise risque d’être mise à rude épreuve quand viendra le temps de fournir les précieuses doses.

« La distribution va amener quelques complexités logistiques qui vont devoir être assurées, mais nous sommes en train de travailler avec les provinces », a expliqué Justin Trudeau.

Hier, l’annonce d’un vaccin développé par Pfizer et BioNTech, « efficace » à plus de 90 % pour prévenir les infections à la COVID-19, a suscité beaucoup d’espoir, même si on est encore loin de la coupe aux lèvres.

Aux États-Unis, l’armée américaine s’est associée avec des compagnies de livraison comme FedEx pour expédier les vaccins en moins de 24 heures quand le signal sera lancé par les autorités fédérales.

Des entreprises comme Stirling Ultracold, qui ont développé des technologies pour garder les doses à des températures polaires sont sur un pied d’alerte.

« Nous ne pouvons pas confirmer que nous travaillons avec quiconque au Québec directement, mais nous avons beaucoup travaillé avec UPS et des entreprises logistiques tierces qui pourraient couvrir cette région », a indiqué Shea Vincent, directeur sénior du marketing.

Glace sèche
Photo Martin Alarie
Glace sèche

LE DÉFI DE L’ENTREPOSAGE

Au Québec, de gros joueurs dans l’entreposage réfrigéré pour le secteur alimentaire comme Congebec sont ouverts à l’idée d’aider les gouvernements. 

Toutefois, il existe très peu d’installations dans cette industrie pouvant atteindre moins 75 degrés Celcius. 

À titre d’information, le vaccin de Moderna exige, quant à lui, une température d’environ moins 20 °C.  

  • Écoutez les explications de la Dre Caroline Quach, microbiologiste et infectiologue au CHU de Sainte-Justine, sur QUB radio:

« Pour le vaccin de Pfizer, cela demande des températures que personne n’offre. [...] Je ne connais personne qui offre cela dans mon industrie à part en très petite quantité », note le PDG, Nicholas-P. Pedneault. « J’ai au-dessus de 60 millions de pieds cubes de congélateurs. Je peux faire plein de choses pour aider le gouvernement, mais à cette température, je ne peux rien faire ».

Le président d’Entrepôt Frigorifique Deslauriers, Yves Deslauriers, a également souligné au Journal qu’il pourrait être difficile de trouver des installations adéquates dans le secteur alimentaire pour le vaccin de Pfizer et BioNTech.  

En fin de journée, hier, le ministère de la Santé a pour sa part assuré disposer des installations nécessaires pour entreposer les vaccins. 

« Nous serons prêts pour les premières livraisons », a répondu la porte-parole, Marie-Claude Lacasse. « Nous avons déjà par le passé organisé d’autres campagnes de vaccination massives. Par exemple contre la H1N1 en 2009 », a-t-elle poursuivi, ajoutant que la vaccination pourrait se faire par étapes ce qui limiterait les besoins en entreposage.

Du côté des entreprises de transport de marchandises réfrigérées, TFI International analyse présentement la possibilité de participer à l’aventure. La direction confirme avoir eu des discussions avec le gouvernement fédéral.

« On veut vraiment faire notre part pour le transport des vaccins. Nous regardons ce que nous pouvons faire. Il faut regarder pour l’équipement réfrigéré. Nous sommes en étude », a confié la vice-présidente, marketing et communications, Johanne Dean.

D’autres entreprises de transport de marchandises à qui Le Journal a parlé n’étaient toutefois pas chaudes hier à l’idée.

« Une moelle de bœuf, si ça varie de deux degrés dans le milieu de la boîte, ça ne variera pas, mais un vaccin, c’est comme des pâtisseries, si elles sont gelées, une variation de trois ou quatre degrés, ça fait une grosse différence », a partagé Luc Lavoie, contrôleur de Transport Dumoulin Frigorifique.

GLACE SÈCHE

À Drummondville, dans le Centre-du-Québec, la PME québécoise de glace sèche Biogivre, qui tient tête ici au géant américain Praxair, dit avoir reçu des coups de fil des pharmaceutiques ces dernières semaines.

« On peut fournir la glace sèche à -78,5 °C pour que les vaccins puissent être livrés à la bonne température. On est capable de produire à fond », a assuré Mélanie Beaudoin, fondatrice et présidente de Biogivre.

–Avec la collaboration de Sylvain Larocque et Émilie Bergeron


Air Canada pourrait également participer à l’effort collectif en transportant des vaccins. Des entreprises comme UPS, FedEx et Purolator espèrent aussi décrocher un contrat fédéral, le 23 novembre prochain.

Les quatre principaux défis de la livraison du vaccin   

  • Température   
  • Transport  
  • Quantité  
  • Rapidité  
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