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Les Américains l’ont échappé belle

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Les États-Unis ont évité de peu une réélection de Donald Trump, qui aurait entraîné ce pays encore plus loin vers le populisme autoritaire. Il ne lui manquait que la compétence.

Depuis samedi, ceux qui croient à la démocratie libérale poussent un soupir de soulagement. L’électorat a montré la porte à Donald Trump. 

Cela n’empêche pas que 70 millions d’Américains ont cautionné le populisme autoritaire qu’il représentait et il s’en est fallu de peu pour que les États-Unis fassent un immense pas en arrière dans la poursuite des idéaux de leurs fondateurs.

Populisme autoritaire

Le penchant autoritaire de Donald Trump a toujours été évident et il l’est encore aujourd’hui dans son refus obstiné de concéder sa défaite.

Dans ses pires manifestations, le populisme est une idéologie qui cherche à justifier un régime autoritaire par la prétention que lui seul représente le « peuple véritable ». Trump incarnait cette vision en niant la légitimité de toute opposition et en s’efforçant de faire taire ses critiques. 

C’est tout le contraire de l’idéal américain, hérité de James Madison, d’une démocratie pluraliste où la politique ne vise pas l’imposition de la volonté du plus fort, mais la recherche d’un équilibre.

Quand tous les équilibres sont ébranlés, le populisme autoritaire offre les certitudes qui font défaut au pluralisme et donne aux laissés pour compte un pouvoir symbolique s’ils jettent leur dévolu sur un leader « fort » qui prétend les représenter. 

Il aurait pu réussir

Donald Trump avait beaucoup d’atouts pour transformer à son image la démocratie américaine.

Sa célébrité, le mythe de son image d’homme d’affaires à succès, son absence de scrupules à défendre exclusivement ses partisans et son contrôle absolu sur le Parti républicain sont autant de forces qui auraient pu lui permettre de prévaloir. 

Aussi, en transgressant systématiquement les normes de la présidence, il a fini par faire accepter son comportement comme normal par tous ceux qui craignaient de perdre l’appui de ses fidèles partisans et à normaliser le virage autoritaire dans lequel il entraînait inexorablement son pays.

L’ingrédient manquant

Ce qui aura manqué à Donald Trump, c’est la compétence. Donald Trump ne savait pas ce qu’il faisait à son poste et il n’avait ni la discipline ni les aptitudes pour apprendre. 

La pandémie a été l’exemple le plus tragique de son inaptitude à déployer les instruments du pouvoir. Son incapacité ne serait-ce qu’à feindre l’empathie pour les millions de victimes de la COVID-19 aura été l’un des exemples les plus patents de son incompétence.

Ailleurs, les leaders qui ont eu le flair politique de prendre cette crise au sérieux et de faire un effort honnête pour la confronter ont été récompensés par l’opinion publique. Dans certains cas, leurs électeurs les ont plébiscités avec enthousiasme.

Donald Trump a failli lamentablement, mais il a quand même presque été réélu. On peine à imaginer jusqu’où un leader avec tous ses atouts, l’appui inconditionnel d’un grand parti et avec en prime la compétence, aurait pu – ou pourrait un jour – mener les États-Unis dans la voie vers l’autoritarisme.