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Internet en région : les citoyens pris en otage

Lettre à monsieur François Legault, Premier ministre du Québec et à monsieur Pierre Fitzgibbon, Ministre de l’Économie et de l’Innovation

hydro
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Respectivement présidente et vice-président du Comité Internet haute vitesse de Saint-Adolphe-d’Howard  

De nombreuses lettres d’opinion ont été écrites ces derniers temps pour dénoncer la « grande noirceur numérique » dans laquelle sont plongées les régions. Le constat est toujours le même : un accès fiable et performant à Internet est vital pour le développement social, culturel et économique des régions. 

Saint-Adolphe-d’Howard, petite ville des Laurentides à une heure de Montréal, souffre de graves lacunes en ce qui concerne l’accès à Internet. Le problème existait bien avant la pandémie et il a été exacerbé par la pandémie. Des jeunes n’ont pu ou ne peuvent « aller à l’école », les télétravailleurs ne peuvent « Zoomer », les ados ne peuvent se connecter avec leurs amis, les personnes seules restent bien seules, etc. En lien avec la pandémie, les problèmes de santé mentale se multiplient, causant stress, détresse et tensions chez les citoyens. Même si disponible en théorie, l’accès à Internet à Saint-Adolphe est très inégal – voire inexistant – en fonction de la topographie des lieux et très variable en fonction des conditions météorologiques et du moment de la journée. Qui plus est, pour une qualité d’accès faible ou moyenne, les coûts d’abonnement sont parfois excessifs, et pour certains ont considérablement augmentés durant la pandémie. 

Des résidents de Saint-Adolphe-D’Howard doivent se promener avec leur ordinateur dans leur voiture pour trouver du réseau.
Photo Courtoise
Des résidents de Saint-Adolphe-D’Howard doivent se promener avec leur ordinateur dans leur voiture pour trouver du réseau.

Bien que Bell s’en défende, le message est récurrent : ses processus internes sont la source de délais interminables dans la préparation des infrastructures nécessaires au déploiement d’Internet (« les poteaux »), se mesurant en mois, voire en années. Bell reconnait le problème et s’est engagée à simplifier l’accès à ses infrastructures. Mais peut-on s’y fier? La table de coordination mise en place par le gouvernement en mai dernier a pour mandat de soutenir le déploiement des projets qui offrent aux entreprises et aux citoyens situés en milieu rural un service Internet haut débit. Comprendre : régler la question des poteaux. Assis à table, Bell, Telus, Télébec et Hydro-Québec. À ce jour, peu de choses ont émané de ce comité. Que s’y passe-t-il? Les problèmes persistent, des groupes de citoyens se forment... et d’autres lettres s’écrivent. 

Tous conviennent du caractère essentiel d’Internet pour le développement de nos régions. Les citoyens « ordinaires » sont cependant totalement impuissants dans leur incapacité à faire avancer les choses. Aucune solution « maison » possible pour se doter d’Internet. D’une annonce ou d’une promesse à l’autre, rien ne bouge (ou si peu). Les citoyens sont pris en otage. 

Monsieur Legault, monsieur Fitzgibbon, vous avez été élus en promettant de connecter tout le Québec avant la fin de votre mandat en 2022. Le temps file. À défaut de services Internet convenables, il est facile d’imaginer ce qui va arriver : les régions vont continuer à se vider et donc à s’appauvrir. Les communautés locales sont exaspérées... mais restent disposées à travailler avec les décideurs pour qu’enfin on règle la question. Au-delà des promesses et des discours, c’est de volonté politique qu’il s’agit. Nous vous faisons encore confiance.

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