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Peu de rattrapage et moins de récupération pour des élèves

Des profs ne voient toujours pas d’augmentation de services promis pour les élèves en difficulté

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Plusieurs semaines après la rentrée, les mesures de rattrapage promises par Québec pour venir en aide aux élèves en difficulté brillent toujours par leur absence, dénoncent des enseignants.

Au cours des dernières semaines, plusieurs ont raconté au Journal, sans vouloir être identifiés par crainte de représailles, avoir moins de temps à consacrer à des périodes de récupération pour leurs élèves vulnérables puisqu’ils doivent passer plus de temps à faire de la surveillance dans les corridors ou la cour de récréation. 

Une enseignante de sixième année de la Rive-Nord de Montréal, que nous appellerons Josée, avait l’habitude de passer une heure chaque semaine à faire de la récupération avec ses élèves le midi. 

Cette année, elle n’a plus aucune période à leur offrir puisqu’elle doit consacrer ce temps à faire de la surveillance, en raison des mesures sanitaires. 

«Le nombre de minutes de surveillance a explosé. Nous n'avons même plus le temps dans notre horaire pour pouvoir y placer de la récupération, alors que nos élèves en difficulté ont encore plus besoin d'en faire», déplore-t-elle. 

Une situation répandue

Les résultats d’un sondage réalisé au début octobre auprès de 1500 profs affiliés à la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), obtenus par Le Journal, indiquent que le phénomène est loin d’être isolé. 

Le tiers des répondants ont affirmé que le temps consacré à la récupération cette année avait diminué ou que leur école avait décidé de suspendre ce service, un phénomène qui prend de l’ampleur au secondaire. 

Parmi les enseignants interrogés, 44% affirment par ailleurs que les services pour les élèves en difficulté n’ont pas été bonifiés, et 36% affirment même qu’ils ont diminué comparativement à l’an passé. 

Seuls 5% des profs indiquent que le nombre d’heures a augmenté, malgré les 20 M$ supplémentaires annoncés par Québec pour embaucher davantage de personnel afin d’aider les élèves vulnérables. 

Plus de 75% des enseignants n’ont jamais entendu parler de ce financement additionnel dans leur école. 

«C’est extrêmement préoccupant, lance Nathalie Morel, vice-présidente de la FAE. Tout est en place pour que les élèves les plus vulnérables le soient encore plus.» 

Des professionnels doivent aussi donner un coup de main pour assurer le respect des mesures sanitaires dans les écoles alors que la pénurie est aussi bien réelle dans leurs rangs, avance Mme Morel comme piste d’explication. 

Le manque de services contribue à alimenter la détresse des enseignants, déjà surchargés en raison de la pandémie, ajoute la vice-présidente de la FAE. 

«C’est difficile quand on voit des élèves qu’on est en train d’échapper», laisse-t-elle tomber. 

Même son de cloche de la part de Josée, qui estime perdre environ 30 minutes de temps d’enseignement chaque jour, en raison des nouvelles mesures sanitaires. 

À géométrie variable

À l’Association des Orthopédagogues du Québec, on affirme que les besoins des élèves en matière de rattrapage sont encore très grands et que les services offerts varient beaucoup d’une école à l’autre.  

«C’est vraiment à géométrie variable», affirme sa présidente, Isabelle Gadbois. 

Interrogés à ce sujet récemment, 90% des membres de l’Association ont indiqué qu’il y avait plus de mesures de rattrapage que l’an dernier dans leur école, mais 60% ont indiqué qu’il n’y aura pas d’ajout d’effectif dans leur milieu cette année pour répondre aux besoins des élèves à besoins particuliers. 

Extraits du sondage de la Fédération autonome de l’enseignement   

Comment qualifieriez-vous la quantité des services complémentaires offerts aux élèves dans votre établissement depuis le début de l’année scolaire?  

  • Le nombre d’heures est comparable à celui qui a été offert à pareille date l’an dernier: 44%   
  • Le nombre d’heures a diminué: 36%   
  • Le nombre d’heures a augmenté: 5%   
  • Je ne le sais pas: 15%     

Par rapport à votre tâche habituelle, le temps que vous consacrez pour les périodes de récupération a:  

  • Augmenté: 17%   
  • Diminué: 23%   
  • Est resté sensiblement le même: 23%   
  • Mon école a décidé de suspendre les périodes de récupération pour l’instant: 11%   
  • Ne s’applique pas/Ne peux pas répondre: 25%     

Commentaires des enseignants qui ont répondu au sondage de la FAE

«Les élèves en difficulté n'ont pas plus de service d'orthopédagogie et certains élèves qui devraient en bénéficier ne peuvent pas, car le groupe est complet.» 

« À mon école, en 6e, nous n'allons pas recevoir de soutien supplémentaire [orthopédagogie] pour nos élèves, alors que les besoins sont immenses. Ma direction privilégie les petits. [...] C'est déplorable. Je ne sais plus où donner de la tête.» 

«Les élèves ont de grands retards pédagogiques à rattraper. Plusieurs élèves s'absentent pour 10-14 jours, car ils ont des symptômes. Comment reprendre les apprentissages manqués?» 

Source: sondage réalisé par la Fédération autonome de l’enseignement auprès d’environ 1500 répondants