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Pour combler le manque de suppléants

Pour combler le manque de suppléants
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Lors de la rentrée scolaire, Québec lançait sa campagne publicitaire «Je réponds présent» dans l’optique de valoriser la profession d’enseignant.

Ironiquement, peu de temps après, le gouvernement se mettait à la recherche de 800 profs retraités afin de combler le manque de suppléants dans les écoles. 

En mettant en place des incitatifs financiers pour le retour de nos ex-collègues, le ministre de l’Éducation n’hésitait pas à qualifier cette décision de «mesure phare» pour lutter contre la pénurie d'enseignants exacerbée par la pandémie.

Un phare lumineux comme une lampe de poche

Face au peu d’enthousiasme des retraités – quelle surprise –, ce fut au tour des parents d’être sollicités pour faire de la suppléance. 

En Outaouais, ils recevaient un appel à l’aide de la part d’un centre de services scolaire (CSS). Avec un diplôme d’études collégiales, on vous offrait la possibilité de répondre présent. 

Vous croyez que nous avions alors atteint le fond du baril?

Non.

Au mois d’octobre, le CSS de Portneuf recherchait des candidats en vue de combler ses besoins en suppléance, tant au primaire qu’au secondaire. La qualification requise? Un diplôme d’études secondaires.

En passant, un récent diplômé du secondaire a même été embauché pour enseigner une matière à sanction dans une école secondaire en Outaouais.

Est-ce vraiment les seules solutions brillantes pour pallier le manque de suppléants? Est-ce une façon souhaitable de valoriser la profession? 

Je réponds...

Solution 1: payer les suppléants

D’abord, commençons par payer les suppléants au nombre de minutes réellement faites.

Au primaire, un suppléant atteint le maximum de la rémunération possible après 210 minutes de travail par jour. À certains endroits, avec les nouveaux horaires en raison de la COVID, ce chiffre peut être atteint avant l’heure du dîner. 

Au secondaire, les journées comportent habituellement quatre périodes de 75 minutes. Ainsi, un suppléant atteindra le plafond salarial après trois périodes. Pourquoi accepter une quatrième période? 

À mes débuts, nous acceptions de faire de la suppléance pour faire de l’argent, mais surtout dans le but d’acquérir de l’expérience afin de gravir les échelons le plus rapidement possible. La course aux jours prenait toute la place à une époque où le travail était rare. Le mot d’ordre? Toujours dire oui à une demande de suppléance, sous peine de ne plus jamais entendre le téléphone sonner. Nous devions nous faire un nom dans l’espoir d’avoir un contrat. 

Depuis quelques années, avec la rareté du personnel, la situation a changé. Dans un «marché scolaire» où la loi de l’offre et de la demande fait son œuvre, les suppléants ont maintenant le gros bout du bâton (et c’est tant mieux pour eux).  

Bref, la façon de les rémunérer est dépassée. Le système actuel pousse plusieurs bonnes recrues à dire non (ce qui aggrave le problème) ou à travailler dans un CSS l’avant-midi, puis dans un autre l’après-midi (ce qui peut être dommageable pour les élèves).

Solution 2: retenir les jeunes enseignants

Former un finissant en enseignement, c’est un investissement important. 

Selon Martin Maltais, professeur en financement et politiques d’éducation à l'UQAR, le calcul peut paraître complexe, mais disons grossièrement que le gouvernement du Québec investit au moins 10 000$ pour chaque année à laquelle un étudiant s'inscrit à temps plein à l’université. Pour les citoyens, cela représente donc un minimum de 40 000$ (44 000$ avec la bourse du stage 4) pour former un seul enseignant. 

Les universités préparent beaucoup de futurs enseignants. Malheureusement, un trop grand pourcentage de ce personnel qualifié part dans les premières années de pratique. 

Pourquoi ne pas protéger notre investissement?

Si le gouvernement s’intéressait réellement à la question, il y a fort à parier que ça irait beaucoup mieux. 

Mais bon, plutôt que de régler les problèmes sur le terrain, certains visionnaires préfèrent l’option facile: s’attaquer à la formation initiale. 

Les jeunes enseignants désertent la profession? Produisons plus d’enseignants! 

Et si on s’occupait réellement de leur insertion professionnelle? Et si les retraités ou les enseignants près de leur retraite aidaient ces jeunes grâce à un programme de mentorat digne de ce nom? 

Et si on redéfinissait ce qu’est une tâche à temps plein pour un jeune enseignant (pourcentage de la tâche, nombre de préparations, types de préparations, etc.)? 

Je sais que plusieurs s’offusquent du fait qu’un quidam puisse enseigner dans une école. 

En ce qui me concerne, je laisserais tout ce beau monde découvrir notre milieu de travail.

Tant qu'à faire une bonne pub, j'irais interroger ces débutants...