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Université du futur : Une réflexion collective fructueuse

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L’exercice collectif de réflexion sur l’Université québécoise du futur, tenu sous l’égide du Scientifique en chef du Québec, M. Rémi Quirion, prend fin cette semaine.  

Les séances délibératives ont permis des échanges fructueux entre la soixantaine de représentantes et représentants du milieu universitaire qui y participaient. Que devrait-on retenir à l’issue de ces travaux dont on attend qu’ils alimentent un corpus de recommandations destiné à la nouvelle ministre de l’Enseignement supérieur? La question est lourde de conséquences. L'avenir de nos universités ne concerne pas seulement les milliers de personnes qui y étudient, qui y travaillent ou les campus qui les accueillent, mais aussi le devenir de la société québécoise. 

Travailler ensemble pour aller plus loin

De fait, une idée a transcendé l'ensemble des discussions jusqu’à présent. Il est possible « d’aller plus loin », mais, surtout, il importe de le faire collectivement, en favorisant l’inclusion et en misant sur la liberté universitaire. Dit autrement, il faut unir nos forces et reconnaître que nous gagnons à travailler ensemble, plutôt que de continuellement chercher à tirer la couverture de son côté, par exemple à cause d'un modèle de financement qui favorise la compétition. L’université du futur doit s’attaquer de front aux iniquités et aux disparités qui nuisent à la cohérence de même qu’au bon fonctionnement des universités québécoises et qui minent, ultimement, le potentiel de citoyennes et citoyens en quête de savoirs. À l’instar du Bureau de coopération interuniversitaire (BCI), nous reconnaissons l’extraordinaire richesse qui émane de cette « pluralité d’universités du futur » dont est doté le Québec, mais nous souhaitons du même coup qu’elle exprime plus concrètement les valeurs de collaboration et de complémentarité qui existent en son sein.

Une reconnaissance professionnelle insuffisante

Parmi les chargées et les chargés de cours, professionnelles et professionnels de recherche et responsables de formation pratique que nous représentons, une majorité est d’avis qu'il y a lieu de pousser la collégialité interinstitutionnelle, mais qu'il convient aussi de mobiliser les forces déjà présentes à l'intérieur même des universités. Par exemple, plusieurs chargés de cours détiennent une expertise de pointe dans leur domaine et des capacités évidentes en recherche. D’autres, encore, profitent d’un regard unique du fait de leur position à l’intersection des milieux universitaires et professionnels. Pourtant, par manque d’ambition institutionnelle, leur intégration aux groupes de recherche est rarissime et leur contribution aux efforts de décloisonnement entre savoirs et société, largement sous-utilisée. Dans une consultation menée par la Fédération le mois dernier, seuls 45 % des chargées et chargés de cours affirmaient bénéficier d’une reconnaissance professionnelle et institutionnelle adéquate.

Instabilité d’emploi et précarité professionnelle

Autre exemple, la très grande majorité des professionnelles et professionnels de recherche qui soutiennent des activités scientifiques névralgiques pour le Québec ne bénéficient actuellement d’aucune stabilité d'emploi. Certains voient même leurs contrats se renouveler mensuellement. Notre consultation a révélé que 56 % d’entre eux vivent dans une situation de précarité professionnelle. Leur précieuse expertise, souvent acquise après des décennies de pratique durant lesquelles ils ont vu se succéder les chercheurs – et défiler les étudiants –, est mise à mal, et, ce faisant, c’est tout le secteur de la recherche québécoise qui perd au change. Ces emplois devraient pourtant être porteurs d’avenir en plus d’offrir une voie de continuité hautement convoitée pour ceux et celles qui souhaitent mettre à profit leurs connaissances et poursuivre leur carrière dans le milieu universitaire. Il est tout simplement choquant de constater qu’à peine 33 % de ces professionnelles et professionnels de recherche affirment être satisfaits de leurs perspectives de carrière.

Passer de la parole aux actes

Le Québec a besoin de ses universités. Afin de répondre aux défis qui se profilent à l’horizon, l’université du futur devra passer de la parole aux actes, esquisser les contours d’une concertation répondant plus fidèlement à nos aspirations collectives et mettre les membres de sa communauté, ses principaux artisans, au cœur de son projet.

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Vincent Beaucher

Président de la Fédération de la recherche et de l’enseignement universitaire du Québec (FREUQ-CSQ)

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