/sports/hockey/canadien
Navigation

«J’ai foiré» – Nikita Scherbak

«J’ai foiré» – Nikita Scherbak
Photo d'archives Agence QMI, PIerre-Paul Poulin

Coup d'oeil sur cet article

«Il possède des habiletés incroyables et un sens du hockey hors pair. Il a beaucoup de flair et on projette qu’il pourra jouer sur l'un des deux premiers trios. Il a énormément de talent, beaucoup de caractère et une bonne personnalité. Il joue un style davantage nord-américain.»

«On aime ce qu’on a vu de lui sur la patinoire. Toutes les informations qu’on a accumulées lors de la saison soutiennent qu’il est un très bon coéquipier. Ses entraîneurs l’ont adoré et il a une superbe personnalité. C’est un jeune homme passionné qui veut jouer à Montréal.»

Ces paroles étaient celles du directeur du recrutement du Canadien, Trevor Timmins, quelques minutes après la sélection de l’attaquant russe Nikita Scherbak en première ronde (26e au total) du repêchage de 2014.

À l’époque, l’enthousiasme de Timmins pouvait s’expliquer. Son nouvel espoir venait de connaître une excellente campagne dans la Ligue junior de l’Ouest, où il avait présenté une fiche offensive de 82 points en 65 matchs. Ce n’était que cinq points de moins qu’un certain Brayden Point (qui avait lui aussi 18 ans cette année-là).

Sauf que six ans plus tard, le scénario imaginé par Timmins est loin de s’être concrétisé. Très loin même.

Après trois ans dans l’organisation du CH et ayant seulement disputé 29 parties avec le grand club lors de cette période, Scherbak a été placé au ballottage par l’équipe en 2018. Il n’aura inscrit que cinq buts et deux aides dans l’uniforme bleu, blanc et rouge. Des statistiques qui sont loin d’être celles d’un ailier du top 6...

Dans le cadre d’un généreux entretien avec TVASports.ca, Nikita Scherbak a accepté de revenir sur son tumultueux passage à Montréal. Faisant preuve d’une belle humilité, l’ancien numéro 38 du CH a pris le blâme. À 100%. Et parole du jeune homme, la fin de son association avec le Tricolore lui a fait beaucoup plus mal qu’on pourrait le croire...

«Je ne m’attendais pas du tout à ça!»

Nikita Scherbak se rappelle très bien la journée du 28 juin 2014. C’est ce jour-là qu’il est devenu un Canadien de Montréal.

«Comment l’oublier?» lance d’abord le sympathique patineur.

«J’étais complètement sous le choc. Je ne m’attendais pas du tout à être repêché en première ronde. Je l’espérais, mais je n’y croyais pas tant, pour être honnête. Il y a tellement de bons joueurs disponibles et si peu de chaises en première ronde... J’étais vraiment surpris d’entendre mon nom retentir ce jour-là.

«J’avais rencontré Marc Bergevin et Trevor Timmins dans une chambre d’hôtel quelques jours avant la séance de sélection, mais rien ne me laissait croire que j’allais finalement être leur choix.»

«Être repêché par Montréal, une équipe à l’histoire si riche, était inimaginable. J’étais littéralement sans voix. Je repense souvent à cette journée et cela me fait sourire.»

Questionné à savoir s’il avait eu, dans les journées suivant le repêchage, des discussions avec les dirigeants du CH concernant son jeu et les attentes à son endroit, Scherbak répond ceci.

«Ils ne m’ont pas vraiment fait part de leurs attentes. Mais ils m’ont repêché pour une raison. Je suis un hockeyeur habile qui pouvait amener une bonne dose de talent à l’équipe. C’est ce qu’ils croyaient à ce moment.»

«J’ai eu ma chance»

Transparent, Nikita Scherbak avoue avoir souvent réfléchi aux raisons ayant mené à son départ de Montréal.

Utilisé de façon tantôt régulière, tantôt sporadique, l’ailier droit n’a finalement jamais trouvé sa niche au sein du groupe d’attaquants de la Sainte-Flanelle.

Considère-t-il avoir eu une véritable chance de se faire valoir?

«Absolument. J’ai eu ma chance. Les gens espéraient en voir plus de ma part et vous savez quoi? Moi aussi! Je n’ai pas été assez constant pour déloger quelqu’un. J’aimerais réellement revenir en arrière et changer la façon dont j’ai abordé ce chapitre de ma vie, mais je ne peux pas.»

«Je ne veux pas me cacher et mettre la faute sur quelqu’un d’autre. J’ai foiré et cela ne concerne personne d’autre que moi. J’aurais dû en donner plus. C’est sûr que tous les partisans à Montréal auraient souhaité que je devienne un David Pastrnak. Mais il y a tellement de facteurs à prendre en compte lorsqu’on examine une carrière...»

Mal cité?

En juillet 2019, Scherbak avait énormément fait jaser pour des propos très durs qu’il avait tenus à l’endroit de l'organisation du Canadien dans le cadre d’un entretien avec le média russe Sport 24.

Dans un article qui avait été repris un peu partout à Montréal, on pouvait lire que le jeune homme semblait très amer de son association avec le Tricolore. Il y critiquait notamment l’attitude qu’avaient eu Michel Therrien et Marc Bergevin à son endroit.

Or, il semble que Scherbak n’y soit pas allé de commentaires aussi crus que ceux ayant été publiés il y a un an.

«Cette entrevue est souvent revenue me hanter, pour être honnête. Je crois que mes propos ont été exagérés dans une certaine mesure. Oui, il y a certaines choses qui ont été dites. Je ne m’en cache pas. Mais j’ai parlé sous le coup de l’émotion et je regrette aussi plusieurs de mes propos.»

«Aujourd’hui, au moment où je te parle, je tiens absolument à te dire que je place encore le Canadien au sommet des équipes les plus prestigieuses de la LNH. Et de loin. Les joueurs et les familles sont excessivement bien traités.»

Le Russe affirme d’ailleurs que sa relation avec Marc Bergevin a toujours été bonne.

«Nous nous sommes toujours bien entendus. J’ai toujours été honnête avec lui et je crois qu’il l’a toujours été avec moi. J’ai été bien traité par Marc. Du premier au dernier jour. Faire partie de cette équipe a été un véritable honneur.»

Des temps très durs

Le 2 décembre 2018, Scherbak, mis au ballottage quelques jours plus tôt par le CH, était réclamé par les Kings de Los Angeles. S’il raconte avoir été flatté par cette marque de confiance de la formation californienne, le Russe avoue également qu’il a mis beaucoup de temps à accepter son échec avec le Tricolore.

«J’ai traversé une période très difficile après mon passage à Montréal. C’est une organisation tellement fantastique... Les gens te reconnaissent dans la rue, puis tu débarques à Los Angeles où personne ne sait qui tu es. C’était très différent.»

L’attaquant avait malgré tout bien entamé son séjour à LA, alors qu’il avait marqué sur son premier lancer dans l’uniforme noir et blanc. Mais les choses se sont dégradées par la suite, si bien qu’il n’a pas noirci la feuille de pointage lors des sept affrontements suivants.

«Après un bon premier match avec les Kings, tout a basculé. J’ai été envoyé dans la Ligue américaine. À ce moment-là, j’étais vraiment épuisé mentalement. J’ai alors pris la décision de quitter pour la KHL. J’avais reçu une bonne offre et l’opportunité de jouer avec une bonne équipe se présentait.»

Mais son séjour en Russie ne s’est pas passé comme prévu.

L’Avangard d’Omsk a placé le nom de Scherbak au ballottage quelques semaines après le début de leur association, puis le patineur s’est engagé auprès du Traktor de Tcheliabinsk. Mais Scherbak n’a pas cru bon d'accepter l’offre qualificative du club à la fin de la dernière campagne. Il est ainsi sans contrat à l’heure actuelle.

La vie continue...

Nikita Scherbak, c’est assez évident, n’est pas très fier de ses dernières années dans le monde du hockey professionnel. Ça ne l’empêche toutefois pas de s’accomplir sur d’autres plans.

Tout récemment, sa copine, qui est québécoise, a donné naissance à leur premier enfant (un petit garçon). Le couple est justement installé dans une résidence de Montréal depuis quelques mois et s’y plaît énormément. Voilà une autre preuve de l’attachement de Scherbak envers la métropole.

«Être papa, c’est incroyable! Je suis énormément reconnaissant envers la vie de me permettre de vivre pareille aventure. Pouvoir élever son enfant, c’est assurément l’un des plus beaux mandats au monde! Pour l’instant, je suis très heureux de pouvoir passer du temps avec les gens que j’aime.»

Le jeune papa est comblé, mais ne se tourne pas les pouces pour autant.

«J’ai un gymnase à la maison et je dois te confier que je suis présentement dans la meilleure forme de ma vie.»

Scherbak confie du même souffle qu’il entretient l’objectif de revenir dans la Ligue nationale de hockey (LNH) la saison prochaine. Son agent est d’ailleurs très actif présentement.

«Il est actuellement en contact avec différentes formations de la LNH et les discussions sont bien entamées. Jouer dans la LNH demeure un rêve pour moi et ce sera toujours le cas. Il y a plusieurs ligues à travers le monde, mais la Ligue nationale de hockey est la meilleure et c’est là que je veux jouer. Je crois être en mesure de le faire sur une base régulière.»