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Les républicains et le jeu dangereux de Trump

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Plus d’une semaine après l’élection, Donald Trump refuse d’admettre sa défaite et les républicains n’osent pas le contrarier. Pourquoi?

Samedi, quand la victoire de Joe Biden est devenue évidente, on se serait attendu à ce que le président sortant lui concède la victoire, mais Donald Trump se moque des conventions. 

Comme promis, il s’obstinera à épuiser tous ses recours légaux dans l’espoir de renverser le résultat.

Cette stratégie est vouée à l’échec. Alors comment se fait-il que les républicains hésitent tant à lui recommander une sortie honorable?

Ménager la bête

Bien sûr, ceci supposerait que Donald Trump ait un sens de l’honneur, mais il n’en a pas. Il est physiologiquement incapable d’admettre gracieusement la défaite. 

Depuis l’élection, Trump ne décolère pas et personne ne peut lui faire entendre raison. Plusieurs républicains s’abstiennent de le contrarier en public pour lui donner, disent-ils, le temps d’absorber la réalité ; comme si son incapacité pathologique d’accepter l’échec constituait une excuse valable pour son comportement antidémocratique. Évidemment, la colère qui préoccupe les républicains est moins celle du président que celle de ses partisans inconditionnels, qui croient mordicus à la fiction d’une victoire volée par des fraudes électorales à grande échelle.

Des intérêts politiques clairs

À brève échéance, l’énergie que la colère de Trump génère parmi ses partisans est jugée indispensable à la mobilisation maximale de l’électorat républicain pour le deuxième tour des élections sénatoriales en Géorgie.

Les républicains savent pertinemment que la présidence leur a échappé, mais rien n’est plus important pour eux que de remporter ces deux sièges pour maintenir leur majorité au Sénat et ils savent que les trumpistes purs et durs vont leur fausser compagnie s’ils se placent en travers de la route de Trump. À plus long terme, aucun républicain ne veut faire face à sa base partisane après avoir été exposé aux tweets assassins et aux récriminations revanchardes que Trump leur réserve s’ils l’abandonnent publiquement à son sort inéluctable.

Crise constitutionnelle 

Les républicains accordent certes très peu de chances à Trump dans sa tentative désespérée d’opérer une sorte de coup d’État postélectoral, mais ils pourraient avoir intérêt à le laisser poursuivre sa lubie.

D’abord, l’instabilité que générera une telle crise constitutionnelle compliquera le défi de Joe Biden pour panser les plaies des divisions et des confrontations entretenues par son prédécesseur pendant quatre ans. Si cette crise aboutit à la Cour suprême, celle-ci n’aura sans doute d’autre choix que de rejeter les poursuites frivoles que Donald Trump est en train de concocter. Cela donnerait à la Cour l’occasion de se donner un vernis d’indépendance qui ferait bien l’affaire du leader du Sénat Mitch McConnell, qui a tout fait pour «paqueter» la Cour d’une majorité bétonnée de six juges républicains conservateurs sur neuf. En s’obstinant, Donald Trump joue un jeu dangereux. Il n’empêchera pas Joe Biden d’accéder à la présidence le 20 janvier, mais il continuera à faire des dommages d’ici là.