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L’UPAC et Lafrenière avaient perdu la confiance des procureurs

Le nouveau commissaire révèle les tensions qu’il a constatées à son arrivée en 2018

UPAC Frédéric Gaudreau
Photo d’archives En février dernier, Frédéric Gaudreau assistait à une session en commission parlementaire dans le cadre du projet de loi sur la nomination des officiers à l’Assemblée nationale.

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L’équipe de l’ex-commissaire de l’UPAC Robert Lafrenière avait perdu la confiance des procureurs du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), a déclaré hier le nouveau dirigeant du corps policier, Frédérick Gaudreau.

• À lire aussi: L’UPAC défend le travail de ses policiers dans l’enquête contre Normandeau

En bouclant une opération de relations publiques entourant la présentation de son bilan annuel, M. Gaudreau a levé partiellement le voile sur la situation qu’il a trouvée à l’Unité permanente anticorruption (UPAC) lorsqu’il y a été nommé, il y a deux ans.

Les communications entre enquêteurs de l’UPAC et procureurs du DPCP se faisaient uniquement par lettre même pour des sujets qui auraient normalement pu se régler par téléphone.

« Quand je suis arrivé à l’UPAC j’ai vu clairement un clivage, une espèce de sentiment de non confiance qui était perceptible », a-t-il dit dans le cadre d’un échange avec des journalistes.

D’abord commissaire associé, à partir de juin 2018, M. Gaudreau a assuré l’intérim après le départ de M. Lafrenière, quatre mois plus tard. Il a ensuite été nommé commissaire en 2019.

Selon lui, les relations entre l’UPAC et le DPCP ont commencé à se rétablir après le départ de tous les gestionnaires qui faisaient partie de l’équipe de de M. Lafrenière.

« Les relations se sont grandement améliorées », a-t-il dit.

LES FUITES

M. Gaudreau a expliqué que le climat s’est détendu après le transfert au Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) d’une enquête sur des fuites dans les médias de renseignements provenant de l’UPAC.

« Ils ont vu que l’équipe en place prenait ça au sérieux et ne voulait pas donner cette impression de contrôler l’enquête », a-t-il expliqué.

Avant que le BEI se charge du dossier des fuites, M. Lafrenière avait confié à des enquêteurs de l’UPAC le mandat d’enquêter sur leurs propres collègues.

M. Gaudreau est demeuré discret sur les raisons qui ont miné la confiance des procureurs du DPCP, dont le rôle est de conseiller les policiers dans leurs enquêtes.

« Je peux comprendre pourquoi ils étaient si réticents à avoir des communications franches et transparentes avec nous », a-t-il dit.

INCONDUITES

Le commissaire s’est contenté de pointer vers un jugement de la Cour du Québec ordonnant, en septembre, l’arrêt des procédures dans le dossier des ex-ministres Nathalie Normandeau et Marc-Yvan Côté. Ils étaient jusque-là accusés d’abus de confiance et d’actes de fraude. Dans une décision où plusieurs passages sont caviardés, le juge André Perreault a évoqué des « inconduites policières ».

M. Gaudreau a affirmé que les faits qui ont miné la confiance du DPCP ont été transmis au BEI. « C’est à eux de faire la lumière là-dessus, a-t-il dit. Ce que j’espère c’est qu’on puisse savoir ce qui a achoppé là-dedans. »

CE QU’IL AVAIT À DIRE À PROPOS DE:  

L’enquête sur Normandeau

La preuve qui a mené aux accusations contre les ex-ministres Nathalie Normandeau et Marc-Yvan Côté avait été recueillie avec rigueur, affirme le commissaire à la lutte à la corruption Frédérick Gaudreau.

Depuis son arrivée à l’UPAC M. Gaudreau a fait le ménage dans les dossiers d’enquête. Cela a mené à la fermeture de certains. Questionné sur le travail dans les enquêtes Joug et Lierre, touchant Mme Normandeau, M. Côté et quatre autres personnes, il a défendu le travail des enquêteurs. « Ce dossier d’enquête passait le test de la rigueur », a-t-il dit.

Selon le commissaire, l’arrêt des procédures en raisons de trop longs délais est attribuable à des problèmes dans une enquête sur des fuites dans les médias de renseignement touchant notamment Joug et Lierre.


L’enquête Machurer

L’enquête Mâchurer, dont les cibles sont l’ex-premier ministre Jean Charest et son collecteur de fonds Marc Bibeau, est toujours en cours.

Des centaines de témoins ont été interrogés par les enquêteurs depuis 2014, a rappelé M. Gaudreau. Il est conscient que la population attend depuis longtemps une conclusion, quelle qu’elle soit.

« Je suis conscient que les gens soient tannés d’en entendre parler et que ça n’a pas l’air d’avancer », a-t-il dit.

Les effectifs mobilisés par Mâchurer varient selon les besoins. « Ça peut être deux personnes une journée et dix le lendemain », dit-il.


La baisse du nombre de signalements

Le rapport annuel de l’UPAC démontre que le nombre de signalements reçus par le corps policier continue de diminuer constamment. Ils sont passés de 1141 en 2016-17 à 396 en 2019-2020, selon le plus récent rapport annuel.

M. Gaudreau a reconnu que la raison exacte de cette diminution n’est pas claire. Il évoque la possibilité que les citoyens peuvent maintenant faire des dénonciations auprès d’autres organismes.

« Il y a peut-être aussi le fait qu’on a une crise de confiance », a-t-il dit.


Confiance

L’UPAC est consciente que la confiance de la population s’est effritée envers son travail après l’échec de certains procès et enquêtes.

M. Gaudreau a dévoilé un sondage montrant que seulement 55 pour cent des répondants font assez ou très confiance au corps policiers.

Selon le commissaire, l’UPAC a « une côte à remonter ».