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Paul Casey s’éclate

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AUGUSTA | On attendait un concert de gros canons dans le haut du tableau principal à l’ouverture de cette unique 84e édition du Tournoi des Maîtres, jeudi. C’est plutôt Paul Casey qui a mis le feu aux poudres en s’emparant provisoirement du trône vert. 

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Les Justin Thomas, Jon Rahm et Tiger Woods sont dans le portrait, non loin du sommet, mais l’Anglais a pris le plateau par surprise. 

La noirceur a toutefois freiné la cadence de Thomas qui roulait à fond de train et qui grimpait dangereusement au tableau lorsque les officiels ont suspendu le jeu sur le coup de 17 h 30. Ainsi, 44 des 92 golfeurs n’ont pu compléter leur ronde. Certains n’avaient pas terminé leur premier neuf. 

Fort de bonnes performances dans les deux plus récents tournois du Grand Chelem en août et septembre, Casey a poursuivi sur sa lancée. Une impressionnante ronde de 65 (-7) lui confère une priorité de deux coups sur Webb Simpson, Xander Schauffele et Justin Thomas. Huit golfeurs suivent à -4, dont les champions Adam Scott, Patrick Reed et le tenant du titre Tiger Woods. 

Toujours à la recherche d’une première conquête majeure et comptant trois top 5 à ses cinq dernières présences au Masters, Casey a chassé ses démons d’Augusta. L’an dernier, il avait amorcé le tournoi avec une abominable carte de 81 (+9). 

Dire qu’à son réveil jeudi matin, il voyait mal comment il pourrait se débrouiller dans les fortes averses. Celles-ci ont d’ailleurs forcé la suspension du jeu durant près de trois heures en matinée.

« Pour être honnête, cette pause a joué en ma faveur et j’en ai tiré avantage, a reconnu celui qui a pris le départ au 10e tertre et rapidement négocié le fameux Amen Corner. J’en suis sorti indemne et tout a commencé au 13e trou. »

En effet, Casey a pesé sur l’accélérateur en enchaînant les oiselets et réussissant au passage un aigle.

« J’ai fait les bonnes choses aux bons moments. On peut rarement quitter ce parcours en se disant qu’on aurait pu retrancher deux ou trois autres coups. C’est ce que je ressens. J’en suis très satisfait. »

Tiger rugit

Incapable de rassembler chaque petite pièce de son jeu depuis le début de l’année, l’air de l’Augusta National a revivifié Tiger Woods. À la défense de son titre, il ne fallait pas le compter pour battu. 

Pour la première fois en 10, il a ramené une carte initiale d’un championnat majeur sans boguey. Marquée de quatre oiselets, cette ronde de 68 (-4) est d’ailleurs sa meilleure depuis 2010, édition à laquelle il avait ensuite pris le quatrième rang.

« J’ai réussi à démarrer rapidement, ce qui est une bonne chose puisque plusieurs ont fait pareil. Tout le monde semble jouer sous la normale. Dans ces conditions, il le faut et on doit être agressif. Il n’y a aucune raison de ne pas cibler directement les fanions. » 

Tout sourire, le Tigre a également souligné ses grandes connaissances de son terrain de jeu de prédilection. 

Différences

Les joueurs ont dû s’adapter aux conditions du parcours en novembre en plus de la quiétude de l’endroit sans l’effervescence et les rugissements des spectateurs. Depuis le début de la semaine, les questions sont nombreuses à cet égard.

Les averses des derniers jours ont entre autres contribué à modifier l’expérience automnale. L’herbe haute est par ailleurs plus épaisse qu’à l’habitude puisqu’il a été impossible de la tondre. Et on a observé plusieurs balles incrustées dans les allées ou autour des verts.

Selon les propos des golfeurs, le National était à risque jeudi en raison de sa tendreté. Il était possible de jouer aux dards avec les fanions. Casey figure évidemment dans ce lot avec ses cinq moineaux et son aigle. 

« Ce n’est pas uniquement la tendreté des verts, c’est aussi la présence du bermuda grass qui crée un effet différent. Les surfaces sont plus réceptives, ce qui nous permet d’être plus agressifs. Les roulés sont aussi plus lents », a expliqué le meneur.

Depuis son arrivée à Augusta lundi, Casey tente toujours de s’habituer au gazon fourni de bermuda qui ne domine pas autant au printemps. 

« C’est un défi différent. Pour ceux qui sont habitués à jouer ici, c’est une adaptation intéressante, a indiqué celui qui participe à son 14e Masters. Quant à ceux qui en sont à leur première présence et qui reviendront en avril, ils éprouveront des problèmes. Ce parcours reste très difficile. L’édition d’avril est différente. Ça pourrait être comique à regarder dans cinq mois. »


La première ronde reprend à 7 h 30 vendredi matin. La seconde prendra son envol vers 9 h 35 si tout se déroule sans délai.

Mike Weir mène les Canadiens 

Un vieux routier et champion de l’édition 2003 mène la jeune délégation canadienne au Tournoi des Maîtres. 

Même si la première ronde n’est pas tout à fait terminée, Mike Weir a ramené la meilleure carte, jeudi. Le gaucher de 50 ans a brisé la normale avec un score de 71 (-1). 

Il s’agit de sa meilleure ronde depuis celle d’ouverture en 2010, lui qui n’a pas résisté au couperet depuis 2014. 

Avant la tombée du jour, Nick Taylor se trouvait à égalité avec la normale. 

Ayant démarré en matinée, Corey Conners et Adam Hadwin ont été embêtés par la pluie et les conditions détrempées. Ils n’ont pu faire mieux qu’un score de 74 (+2) chacun. 

Dans le cas de Hadwin, c’est quasi un miracle selon ses propos.

« C’était affreux. La seule chose qui m’a sauvé, ce sont mes coups de départ. Je me plaçais en bonne position. Ensuite, mes coups de fer étaient terribles. Je crois ne pas en avoir frappé un seul correctement de la journée. C’est décevant, car on pouvait attaquer le parcours. Je n’ai jamais été aussi perdu avec mon jeu de fers. »

Après sa ronde, Hadwin s’est aussitôt dirigé vers le champ d’exercices.

Souvenirs de deux légendes 

La règle veut que les histoires racontées au souper des champions restent dans la salle de réception en la quittant le mardi soir.  

Rien n’empêche toutefois de raconter des anecdotes, surtout 32 ans plus tard. Les menus n’émoustillent pas toujours les papilles gustatives. Le souper en l’honneur de Sandy Lyle en 1989 n’a certainement pas fait l’unanimité. 

Le champion écossais de 1988 avait entre autres choisi un plat traditionnel de son patelin, le haggis ou la panse de brebis farcie. 

« C’était tellement mauvais. Les gars qui en avaient mangé l’avaient ensuite vomi », s’est rappelé Gary Player en grimaçant.

Son vieux complice à ses côtés, Jack Nicklaus, a tenté de le calmer. Il n’en fallait pas plus pour allumer l’homme de 85 ans qui l’a mis au défi d’en prendre une bouchée.

« Je ne connais pas le goût, car je ne l’avais pas essayé, a rétorqué le Golden Bear, amusé. Peu importe ce qu’il y a dans l’assiette, que tu aimes ou pas, tu le manges. C’est le menu du champion. »

On devrait donc savoir dans plusieurs années si celui de Woods, mardi, a vraiment plu aux convives.