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Un conseiller municipal ne croit pas en l’urgence sanitaire

Il soutient que les règles sanitaires ne sont pas légales

PH-Facebook
Capture d'écran tirée de Facebook André Lafrance dans une vidéo en direct de la Norvège dans laquellle il affirme que porter le masque peut être néfaste.

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Un conseiller municipal de la Montérégie qui soutient que la crise sanitaire de la COVID-19 est une invention indispose sa ville par ses propos qui pourraient porter atteinte à l’honneur et à la dignité de ses fonctions.

En Europe depuis le 18 octobre, l’avocat en droit civil et conseiller municipal de Saint-Bernard-de-Lacolle André Lafrance multiplie les vidéos sur sa page personnelle Facebook. 

Il affirme, entre autres, que le Québec n’est plus une démocratie, que de porter le masque trop longtemps peut être néfaste et il met en doute la dangerosité de la maladie.

Dans une entrevue publiée sur la page YouTube de Daniel Pilon, une figure du mouvement antimasque, il demande même la démission du premier ministre François Legault. 

Éthique

« Ce ne sont pas des paroles qu’un élu devrait tenir. Le gouvernement nous demande [aux maires et conseillers] de sensibiliser la population. [...] D’un point de vue éthique, ça regarde mal. [...] On va parler de ça au conseil », affirme le maire de Saint-Bernard-de-Lacolle, Robert Duteau, visiblement embarrassé lorsque joint par Le Journal.

« Je crois que ça pose un problème pour l’honneur et la dignité de la profession [de conseiller municipal]. C’est se comporter sans retenue. Ça fait partie [d’une loi sur] la déontologie en matière municipale », a affirmé la spécialiste en gestion municipale et professeure à l’Université du Québec à Montréal Danielle Pilette. 

« Quand il dit que le Québec n’est plus une démocratie, il scie la branche sur laquelle il est assis. Il a été élu par la démocratie », poursuit-elle. 

Ses propos Contredits

Le président de l’Association des microbiologistes, Christian L. Jacob, invite à la prudence devant une affirmation de M. Lafrance soutenant que les tests COVID-19 ne sont fiables qu’à 10 %. 

« C’est vrai qu’en début de pandémie les tests d’anticorps et antigéniques étaient plus ou moins fiables, mais pas les nouveaux autorisés par Santé Canada. De plus, le test PCR [utilisé par le réseau de la santé au Québec] est fiable à 90 % », a assuré M. L. Jacob. 

« À ma connaissance, il y a une étude qui a rapporté que les masques N-95 pouvaient entraîner des complications chez les personnes qui souffrent de maladies pulmonaires graves, mais les antimasques ont tendance à la prendre pour dire que le port de tous les masques est nocif pour tout le monde », explique le communicateur scientifique à l’Organisation pour la science et la société de l’Université McGill, Jonathan Jarry. 

Selon lui, les propos de M. Lafrance rejoignent ceux des négationnistes et des complotistes. 

André Lafrance n’a plus donné suite à notre demande d’entrevue lorsqu’on lui a précisé qu’on ne voulait pas aborder la situation de la Suède, qu’il a visitée dernièrement, mais bien ses propos sur le Québec et que nous ne fournirions pas nos questions à l’avance.  

Les affirmations de l’élu  

« Je ne peux plus dire qu’ici [au Québec] on vit dans une démocratie. » 

« Aucune des règles sanitaires au Québec ne sont légales [SIC]. » 

« Qu’on me démontre que cette maladie est dangereuse et je vais me plier comme tous les autres. » 

« La crise sanitaire a été inventée. » 

« Si un cas ne se transpose pas dans un centre hospitalier ou un cercueil, ça ne veut rien dire. On peut avoir 100 millions de personnes infectées, si on a seulement 10 000 personnes qui meurent, ce n’est pas une pandémie. » 

« Les tests COVID, tout le monde le sait, ils sont fiables à 10 % même pas. »

« Les études tendent à déterminer que si un masque est porté sur une trop longue période de temps, il pourrait être néfaste pour vous. » 

M. Lafrance nuance ses propos 

À la suite de la publication de l’article, Le Journal a pu s’entretenir avec André Lafrance qui se trouvait toujours en Suède sur une base personnelle.  

Ce dernier a précisé ses propos dont la majorité sont tirés d’une entrevue qu’il a accordée sur la chaîne YouTube de Daniel Pilon, une figure connue du mouvement antimasque qui se dit chroniqueur et libre penseur.  

«Quand je parle d’absence de démocratie, je me rapporte que certains sont brimés dans leur droit à la liberté d’expression», soutient  M. Lafrance.  

Il cite en exemple le Dr Marc Lacroix qui a été invité par le syndic du Collège des médecins à fermer sa page Facebook  après y avoir partagé des opinions antimasques. «Il y a aussi le PDG du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal [Lawrence Rosenberg] qui a été invité à nuancer ses propos quand il a déclaré que la COVID-19 n’était probablement pas plus dangereuse que la grippe saisonnière», poursuit M. Lafrance.  

Concernant la non-légalité des règles sanitaires, il ajoute qu’il s’agit de son opinion juridique puisque selon lui le gouvernement «n’a pas démontré qu’elles sont ni irrationnelles ni arbitraires et que les moyens choisis sont proportionnés au but visé».  

«Le gouvernement n’a toujours publié aucun document qui explique l’imposition de telles mesures», ajoute M. Lafrance en précisant qu’il a toujours suggéré à ses concitoyens de respecter les directives du gouvernement.  

En ce qui concerne l’aspect inutile du masque, il détaille, en citant le directeur national de la Santé publique, Horacio Arruda, qu’une personne peut s’infecter si elle touche de ses mains son masque pour l’ajuster après l’avoir porté un certain temps.  

Situation au Québec

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