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Enseigner le racisme systémique au secondaire?

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J’ai récemment dénoncé une capsule de la section «en classe» du site de Télé-Québec abordant la notion de «racisme systémique». Aux dernières nouvelles, le ministère de l’Éducation n’a jamais inclus dans son programme un tel enseignement, et je crois sincèrement que nous devrions avoir un sérieux débat de société avant de considérer enseigner ce concept dans nos écoles secondaires. 

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La notion de racisme systémique et ses théories connexes, comme le «privilège blanc», la «fragilité blanche», les «microagressions» ou les «mots-armes», posent à mon avis plusieurs risques pour la paix sociale, comme je l’explicitais dans une lettre précédente. Des événements récents, comme la censure de La petite vie, la mise à l’écart d’une professeur de cinéma et l’appel à l’aide de professeurs de droit à l’Université d’Ottawa, le bannissement du livre Nègres blancs d’Amérique et du professeur qui avait osé le mentionner à Concordia, la mise au rancart d’une journaliste de la CBC pour la même raison, les subventions octroyées sur la base de la couleur de peau par Ottawa jusqu’aux appels d’universitaires à «définancer la police», devraient nous inciter à la plus grande prudence.  

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Le racisme systémique est un concept flou et fourre-tout, duquel toutefois on ne pourra tirer qu’une seule conclusion: il y a du racisme. De cette notion, Télé-Québec utilise d’ailleurs une définition bien différente de celle de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Invariablement, cependant, on utilisera les deux mêmes chemins nous menant à la conclusion de racisme. Le premier consiste à dire qu’aussitôt que, subjectivement, on ressent une microagression ou une iniquité, c’est qu’il y a racisme systémique. Toute remise en question de l’existence ou non de racisme sur une base objective revient alors à ignorer les victimes. Le second, c’est d’arguer que lorsqu’il y a une inégalité sociale entre des groupes, triés selon leur couleur de peau, c’est à nouveau forcément une preuve de racisme systémique.

Bref, on simplifie les enjeux et les inégalités, à travers le prisme unique de la couleur de peau. Ce faisant, on passe à côté d’enjeux pourtant centraux; par exemple, la capsule de Télé-Québec semble suggérer que le colonialisme est seulement le fait de personnes blanches soumettant des personnes de couleur. La réalité, c’est qu’une personne blanche peut être, elle aussi, victime du colonialisme d’un autre empire – l’histoire du Québec, vous connaissez?

En mettant dans la tête des gens l’idée qu’il faut les trier par race ou par couleur, on crée des classifications qui non seulement sont simplistes, mais qui viendront potentiellement exacerber la problématique du racisme en ranimant l’identité raciale au détriment de l’identité citoyenne. Nous ne sommes plus des Québécois, nous serions désormais des couleurs de peau, avec des rôles de victimes et de bourreaux préétablis. 

L’intimidation est déterminante dans la manière dont ces théories deviennent des «faits» désormais indiscutables. Certains intellectuels et universitaires ont commencé à organiser un contre-discours devant cette idéologie; c’est notamment le cas de Chomsky, Atwood et al. dans leur lettre sur la justice et le débat ouvert et du livre Théories cyniques: comment les universités expliquent tout par la race, le genre et l’identité – et pourquoi ceci nuit à tout le monde

Le Parti québécois est porteur d’une identité nationale citoyenne et universelle, dans laquelle nous sommes tous Québécois, indépendamment de nos différences individuelles. Notre vision citoyenne implique une lutte contre le racisme que nous assumons complètement, notamment quant au racisme institutionnel contre les Autochtones. Le Canada fait quant à lui la promotion d’une identité raciale et communautaire, en plus de maintenir la Loi sur les Indiens. Nous avons donc des choix à faire. 

Contrairement à ce que prétend Québec solidaire, ce n’est pas aux professeurs de décider quoi enseigner aux enfants: nous avons une Assemblée nationale et un ministère de l’Éducation pour cela. Nous en venons donc à la seule conclusion possible: la capsule sur le racisme systémique doit trouver la place qui lui revient sur le site de Télé-Québec, car elle fait partie du débat public, mais on doit éviter de l’associer au cursus scolaire. Sortons-la donc de la section «en classe» et débattons-en ouvertement. 

Paul St-Pierre Plamondon
Chef du Parti québécois

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