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Gueule de bois démocrate

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Samedi soir, Joe Biden s’est amené sur la scène au pas de course. Le vétéran de la politique américaine avait toutes les raisons de se réjouir. Après avoir gravi lentement tous les échelons, il réalisait enfin un vieux rêve.

Non seulement l’homme honorait la promesse faite à son défunt fils Beau, mais il était précédé au micro par la première femme à accéder à la vice-présidence. Une femme de couleur dont le triomphe est perçu comme la promesse de jours meilleurs pour les femmes et les jeunes filles issues des minorités.

Opposition républicaine

Après l’euphorie des festivités du samedi et les nombreuses manifestations de joie dans les rues de plusieurs grandes villes américaines, la dure réalité s’est imposée rapidement. Déjà, l’obstination du président sortant le prive d’informations importantes et du budget pour préparer une transition dans les meilleures conditions.

En dépit de l’obstruction de Donald Trump, Joe Biden peut malgré tout annoncer ses couleurs en publicisant plusieurs initiatives. La formation de son cabinet et l’étude des nominations à des postes clés en politique intérieure et en politique étrangère se retrouvent également à l’agenda.

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Ce travail à l’interne s’effectue cependant à l’ombre de la résistance républicaine. Toutes les nominations de l’administration Biden doivent être approuvées par le Sénat. Au moment où je rédige ce texte, cinquante sénateurs républicains ont déjà été élus. Il ne reste plus que deux courses, toutes deux en Géorgie, qui connaîtront leur dénouement au début janvier.

Le président Biden risque donc de se retrouver avec une opposition républicaine farouche au Sénat. Mitch McConnell, le meneur républicain de la chambre haute, est un adversaire redoutable et un fin stratège. Les deux hommes se connaissent depuis longtemps et le nouveau président sait qu’on ne lui fera pas de cadeau.

Division chez les démocrates

Non seulement l’opposition au Sénat réduit la marge de manœuvre de Biden, mais il doit déjà gérer la grogne qui sévit dans sa propre formation politique.

Modérés et progressistes ont serré les coudes pendant toute la durée de la campagne présidentielle. Pour une rare fois, les démocrates ont joué en équipe, mais cette belle unité de façade se fissure déjà.

Plusieurs vedettes progressistes espèrent se retrouver au sein du cabinet tout en obtenant plus de responsabilités à la Chambre des représentants. On exerce ouvertement des pressions sur Joe Biden pour qu’il propose des mesures audacieuses.

Les éléments les plus progressistes risquent d’être déçus et de s’impatienter. Déjà ils se querellent avec les éléments plus modérés chez les démocrates de la Chambre. Chaque camp pointe l’autre du doigt pour expliquer la perte de quelques sièges.

Voilà donc le contexte dans lequel Joe Biden devra se démarquer. Non seulement il doit se rapprocher des alliés sur la scène internationale, gérer la pandémie, relancer l’économie et tenter de rassembler ses concitoyens, mais il doit y parvenir en confrontant une opposition républicaine féroce et les divisions au sein de son propre camp.