/opinion/faitesladifference
Navigation

J’ai mal à mon français...

Coup d'oeil sur cet article

Les Québécois sont mal à l’aise avec leur langue. Pour différentes raisons, ils ne la parlent pas bien et la malmènent encore plus à l’écrit. De façon générale, ils en souffrent, plus ou moins secrètement. Ils affirment pourtant tenir à leur langue et souhaiter qu’elle soit parlée par le plus grand nombre. Mais ils n’en prennent pas soin et valorisent peu sa qualité.

Plusieurs Québécois sont aujourd’hui incapables d’exprimer leurs idées autrement que dans des phrases mal construites, manquant de clarté et truffées d’anglicismes. Quant à l’orthographe, tant d’usage que grammaticale, là on assiste à un véritable massacre de la langue française.

Il n’est pas étonnant que les Québécois, peu fiers de la maîtrise qu’ils ont de leur langue, hésitent à se porter à sa défense. L’écrivain et réalisateur québécois Paul Legendre ne se trompait pas lorsqu’il affirmait ceci : « Quand on la parle mal, on n’a pas le goût de défendre sa langue. On ne défend pas ce dont on a honte. » L’amélioration de la qualité du français constitue peut-être le plus grand défi à relever pour l’avenir du français au Québec.

Vocabulaire riche

Pas besoin d’être un expert en linguistique pour reconnaître qu’une langue fournit à la fois les mots et des « connecteurs » (cependant, et, ou, bien que, au contraire, parce que, par conséquent, etc.) pour les relier entre eux ou pour passer d’une phrase à une autre afin de donner un fil conducteur à ses idées. C’est à partir de ces mots et connecteurs que chacun peut se représenter la réalité et communiquer avec les autres. Ils sont donc essentiels à la fois pour penser (c’est-à-dire pour explorer ses idées, pour les mettre au point, pour les clarifier, etc.), mais aussi, évidemment, pour exprimer ce qu’ils pensent, autant à l’oral qu’à l’écrit.

Ainsi, d’une part, si notre vocabulaire est riche et si les mots que l’on emploie sont diversifiés, justes et précis (p. ex., ce qui est en vente n’est pas nécessairement en solde), et d’autre part, si on structure bien la présentation de nos idées en employant des connecteurs qui sont appropriés (p. ex., par contre ne signifie pas la même chose que par ailleurs), sans oublier la ponctuation qui convient, on améliore à la fois notre façon de penser et notre façon de communiquer. Pour le plus grand bien de nos idées... Ce que l’on dit et écrit devient alors plus clair et plus facile à comprendre, autant pour nous-mêmes que pour ceux qui nous écoutent ou nous lisent. 

Il faut aimer notre langue

Sans chercher à distribuer les blâmes, il faut reconnaître qu’il y a un problème et que la plus grande menace qui pèse probablement sur l’avenir du français au Québec vient de sa mauvaise qualité. Si nous voulons que le français vive ou se répande davantage au Québec, il faut l’aimer ou le respecter encore plus. En d’autres mots, il faut mieux le parler et l’écrire, sans rejeter les expressions savoureuses et les façons colorées de dire les choses qui caractérisent la parlure québécoise. Elle le mérite bien. 

-Pierre Cossette
Professeur retraité
ESG UQAM

Votre opinion
nous intéresse.

Vous avez une opinion à partager ? Un texte entre 300 et 600 mots que vous aimeriez nous soumettre ?