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La réalité a changé

Le ministre québécois des Finances, Eric Girard
Photo Stevens LeBlanc Le ministre québécois des Finances, Eric Girard

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Il y a un monde de différence entre la mise à jour économique présentée hier par le ministre québécois des Finances et le budget qu’il avait déposé en mars. Le Québec était dans sa meilleure santé financière depuis plus d’un demi-siècle. Nous avons aujourd’hui le pire déficit de notre histoire.

L’exercice d’hier constitue quand même un douloureux rappel de la faiblesse du budget déposé en mars dernier. Alors que la pandémie était à nos portes, quelques jours à peine avant les premières fermetures, le budget ne mentionnait même pas l’existence des risques de la COVID-19. Courte vue.

Quoi qu’il en soit, le déficit du Québec atteint maintenant 15 milliards. On prévoit un autre 15 milliards dans le trou pour les deux années suivantes. De quoi revoir ses plans. 

Incertitude

Les prochains mois comportent encore une bonne part d’incertitude. 

Malgré les nouvelles encourageantes concernant les vaccins, nous sommes toujours happés par une deuxième vague de la pandémie dont nous ne voyons pas la fin. Et les experts parlent déjà d’une troisième vague !

Le portrait financier présenté hier remet en question toute la négociation avec les employés de l’État. 

Le gouvernement Legault avait déposé une offre prévoyant des hausses salariales de 9 % sur cinq ans pour tous. Pour certains groupes, comme les enseignants et les infirmières, le gouvernement acceptait d’en rajouter dans le cadre de négociations ciblées.

Les syndicats du secteur public ont refusé de signer une entente sur cette base au printemps. Erreur. Je comprends bien qu’ils s’étaient monté un scénario optimiste dans lequel le secteur public allait décrocher des augmentations solides. Hourra, les surplus ! la porte était ouverte pour de grandes ambitions d’augmentations salariales.

Malheureusement, le monde a changé. Non seulement le gouvernement ne devrait pas bonifier son offre, mais l’offre du gouvernement devrait même être retirée. Vous me direz que des hausses de 2 % par année, c’est peu ? Sur la masse salariale du gouvernement québécois, 2 % de plus aux employés, c’est presque un milliard supplémentaire annuellement.

Au nom de nous tous

Beaucoup de travailleurs se retrouvent présentement dans l’incertitude. Et dois-je vous parler des restaurateurs, des commerçants, des travailleurs autonomes ? 

En présence d’autant d’inconnu et d’un déficit record, le gouvernement devrait éviter de s’engager en notre nom à tous à verser des milliards supplémentaires pour les cinq prochaines années.

Le gouvernement devrait travailler à régler les urgences comme les infirmières, notamment leurs problèmes d’organisation du travail. 

Même chose avec des cas particuliers déjà identifiés comme les préposés aux bénéficiaires ou les enseignants en début de carrière. 

Mais il devrait reculer d’un pas dans l’idée de signer des augmentations à long terme pour son demi-million d’employés.

Les travailleurs du secteur public ne sont pas surpayés. Ils ne sont pas des gars durs. 

Ces stéréotypes sont faux. Mais la prétention véhiculée dans les publicités qu’ils seraient des laissés-pour-compte de la société est aussi fausse.

Les gens qui ont perdu brutalement leur emploi pendant la pandémie pourront témoigner de la valeur d’une sécurité d’emploi.