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Qu’est-ce qui changera en Amérique latine avec Joe Biden?

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Si tout se passe comme prévu – à moins que n’éclate une guerre civile entre-temps –, Joe Biden prendra les rênes du pouvoir le 20 janvier 2021.

À quoi peut-on s’attendre de la nouvelle administration démocrate à la Maison-Blanche en ce qui a trait à l’Amérique latine, que les États-Unis considèrent encore et toujours comme leur arrière-cour? Vaste programme, dirait un certain général français. Mais allons-y de certaines spéculations. Parce que si Trump était demeuré au pouvoir pour un autre mandat de quatre ans, rien n’aurait changé en mieux et il aurait fallu s’attendre au pire. Tandis qu’avec Biden, certaines attitudes vont nécessairement changer, ne serait-ce que pour se démarquer de son prédécesseur, sans toutefois aller jusqu’à reprendre l’ensemble du programme de l’ex-président Obama, dont il fut le vice-président.

La donne dans certains pays de l’hémisphère sud a changé ou est en train de changer: l’Argentine, avec un gouvernement tiède de centre gauche, la Bolivie avec le retour du Mouvement vers le socialisme au pouvoir, une nette gifle aux politiques interventionnistes de l’empire nord-américain, le Chili avec le rejet populaire, lors d’un référendum gagnant, de la constitution pinochétiste. Des valeurs sûres demeurent : Cuba qui lutte encore et toujours contre le plus long blocus de l’histoire de l’humanité, le Venezuela qui subira le test des élections législatives dans quelques semaines, le Nicaragua qui doit en ce moment entreprendre la phase de récupération après le passage dévastateur du cyclone tropical Èta. Et aussi le Mexique, dont on entend moins parler ces jours-ci, mais qui demeure une épine dans le pied de l’empire, en raison du flux migratoire illégal, du narcotrafic tout aussi illégal, et de ce mur de la honte que Biden ne voudra très certainement pas parachever.

Il y a aussi certains alliés d’hier qui risquent de se retrouver dans le coin, isolés: le Brésil surtout, avec son président, Bolsonaro, qui était copain-copain avec Donald Trump et qui est dénoncé à l’échelle internationale pour sa politique de spoliation et de déforestation de l’Amazonie, ce dont se foutait Trump. La Colombie, avec ses sept bases militaires étatsuniennes, qui servait de tremplin aux attaques ouvertes et clandestines contre son voisin, le Venezuela. Et aussi un certain président autoproclamé du Venezuela, Juan Guaidó, qui doit être en train de ramer à contre-courant dans ce grand remue-ménage qui s’annonce.

Biden entendra se montrer plus vert que son prédécesseur. Pas difficile, me direz-vous. Mais cela aura des conséquences dans ses relations avec le très susceptible président brésilien, qui n’aime pas qu’on lui dise qu’il a les mains sales en raison du désastre écologique actuel en Amazonie. D’ailleurs, il a affirmé tout récemment que les déclarations de Biden concernant l’Amazonie constituaient «un signal clair de mépris envers la coexistence cordiale et fructueuse» entre les deux pays. Mais Bolsonaro peut-il se permettre de perdre son principal allié, qu’il soit républicain ou démocrate?

Le nouveau président étatsunien ne voudra pas jouer les va-t-en-guerre et tentera d’apaiser les tensions avec ses «ennemis» de longue date que sont Cuba et le Venezuela. Les multinationales de l’empire n’ont pas besoin de vivre sous des menaces constantes d’intervention, comme le faisait Trump, pour prospérer. La petite tape sur l’épaule — ce qui s’appelle de la diplomatie en matière de relations internationales —, fera mieux l’affaire pour les prochaines années, surtout si on a besoin du pétrole vénézuélien, du lithium bolivien et de l’industrie agroalimentaire argentine. L’équipe de Biden s’affaire déjà, en coulisses, à faire baisser les tensions avec ces deux pays qualifiés de «voyous» par Trump.

D’autres choses vont changer. L’OEA va devoir faire son examen de conscience et les jours sont comptés pour son secrétaire général, Luis Almagro, et un faucon comme Mauricio Claver-Carone, partisan avoué des ingérences dans les affaires internes des nations et nommé récemment par Trump à la tête de la Banque interaméricaine de développement, va très certainement devoir quitter son poste.

On peut donc prévoir une baisse des tensions. Des petits pas oui, mais pas de grands changements.