/sports/golf
Navigation

Augusta National: une cathédrale frappée par 2020

Habituellement bondé de spectateurs, le légendaire parcours est d’un calme spirituel

GLF-MAJ-SPO-UMG-THE-MASTERS---ROUND-TWO
Photo AFP En marche vers le huitième vert, Jordan Spieth semble bien seul dans l’immensité de l’Augusta National où le tournoi des Maîtres se déroule en présence d’une poignée de spectateurs privilégiés

Coup d'oeil sur cet article

AUGUSTA | Installé aux abords de l’étang de « Redbud », cette normale 3 du 16e fanion où l’action ne manque jamais depuis des décennies, on sent toute la magnitude de 2020. Aucun « patron », l’endroit est aussi paisible qu’une chapelle. 

• À lire aussi - Tournoi des Maîtres: plus difficile en deuxième ronde pour Tiger Woods

• À lire aussi - Tournoi des Maîtres: une recrue en contrôle

• À lire aussi: Ronde record pour un golfeur canadien

D’une irréalité ahurissante. D’ordinaire, des milliers de spectateurs s’entassent sur la côte pentue à la gauche de l’étang protégeant le vert, attendant les coups d’éclat de leurs joueurs favoris. Peut-être même, un trou d’un coup.

Gazouillis et les feuilles

Pas cette année. En leur absence, plutôt que leurs applaudissements et leurs cris, on entend les balles mordre sur la surface des verts, les frottements des feuilles colorées dans les arbres et les gazouillis des oiseaux qui dansent de branche en branche dans les pins et les buissons. Car oui, il y a des oiseaux sur l’Augusta National. Ce n’est pas une conspiration. Ils sont bel et bien présents.  

  • Écoutez le journaliste François-David Rouleau en direct d'Augusta avec Jean-François Baril dans l'Avantage Numeriq sur QUB Radio:  

Au loin, on entend les sirènes des véhicules d’urgence. La vie ne s’arrête pas autour de la cathédrale du golf située au carrefour de Washington et Berckmans Roads. 

Mais en posant les yeux sur le vert du 16e tout en gardant un œil sur le tertre du 17e et le 15e fanion attaqué depuis 215 verges, on aperçoit l’immensité de l’endroit. Aucun gradin n’obstrue la vue. Un coin de la propriété s’étale devant nous. On pourrait s’y installer des jours sans même se tanner un tantinet de la beauté du paysage automnal qu’on ne connaissait pas. 

Impossible d’immortaliser le moment puisque les caméras sont interdites. Les images sont toutefois bien imprimées en tête.

Le temps d’un avant-midi, on y oublie tous les tracas des huit derniers mois et trouve une source d’inspiration à l’approche de l’hiver. Un remède rarissime, quasi aussi efficace que le vaccin à venir. 

Après des jours de pluie, le soleil est bon, la petite brise rafraîchit dans l’humidité. 

Expérience unique

Jamais il n’a été possible de déambuler en bordure des allées sur l’Augusta National où ont marché les Gene Sarazen, Sam Snead, Byron Nelson, Ben Hogan et Jack Nicklaus, pour ne nommer que ces géants d’une riche époque. Une véritable incursion à l’intérieur des cordes si elles étaient déployées cette année tout le long du parcours. 

Dans cette édition à huis clos, les chanceux qui sont admis sur la propriété ont le privilège de se promener quasiment partout. À condition de respecter une certaine distance avec les golfeurs et de rester à l’intérieur des marques peintes au sol. L’accès est unique et sans précédent. 

Se conformant aux règles sanitaires en vigueur à l’Augusta National, le commissaire du baseball majeur Rob Manfred a assisté à la deuxième ronde du Tournoi des Maîtres, vendredi.
Photo AFP
Se conformant aux règles sanitaires en vigueur à l’Augusta National, le commissaire du baseball majeur Rob Manfred a assisté à la deuxième ronde du Tournoi des Maîtres, vendredi.

Les membres du prestigieux club de la Géorgie, les invités, les membres de la famille des golfeurs ainsi que leurs entraîneurs, les employés du National, les bénévoles et les représentants des médias sont admis sur le parcours. 

Tout près du pavillon central, quelques spectateurs ont pu voir de près le coup de départ de Tiger Woods.
Photo AFP
Tout près du pavillon central, quelques spectateurs ont pu voir de près le coup de départ de Tiger Woods.

Il n’y a pas si longtemps qu’on a vécu une expérience aussi paisible sur le terrain. Il y a 19 mois, à l’aube de la ronde finale du Championnat amateur féminin en avril 2019, les participantes s’étaient élancées dans une journée inoubliable. Il tombait une fine pluie. La tranquillité régnait à 72 heures de l’arrivée des pros. 

Rory McIlroy avait livré son appréciation des lieux. « C’est un endroit charmant, silencieux et spirituel. Je peux le comparer à une église vide. Il y a cette aura indescriptible. Aucune promenade ne peut égaler celle sur l’Augusta National. »

Aucun qualificatif n’est assez puissant pour décrire l’ambiance régnant sur le National en ce Tournoi des Maîtres de novembre. Cette pandémie cause de lourds dommages dans toutes les sphères de la société. Elle permet toutefois de percevoir sous un autre angle un endroit magique.