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La laïcité en jeu

Les enjeux d’un Québec laïque
Photo courtoisie Les enjeux d’un Québec laïque
Collectif sous la direction de Lucia Ferretti et François Rocher
Del Busso Éditeur

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À l’heure où la loi 21 sur la laïcité de l’État est citée au banc des accusés par de nombreux groupes qui remettent en question le droit du Québec de légiférer en la matière, cet ouvrage éclairant tombe à point.

Chaque fois que le Québec a voulu discuter de la laïcité nécessaire pour les employés de l’État en position d’autorité, cette volonté d’agir a suscité une levée de boucliers et des accusations de racisme et discrimination ont fusé.

Il y a eu la commission Bouchard-Taylor, en février 2007 ; le dépôt du projet de loi 94 par le gouvernement libéral de Jean Charest, en 2011 ; la Charte de valeurs du gouvernement du Parti québécois, en 2013 ; le projet de loi 62 du gouvernement libéral de Philippe Couillard ; puis finalement la loi 21 du gouvernement caquiste, treize ans plus tard. « À chacun de ces moments, le principe de la laïcité a été discuté et débattu de long en large par les citoyens, les universitaires, les représentants de différentes confessions religieuses, les juristes et les militants se portant à la défense des droits des minorités ethnoculturelles et religieuses. »

Cet ouvrage se propose de faire le point sur la spécificité québécoise au moment où les tribunaux sont appelés à se prononcer sur la constitutionnalité de la loi 21, tout en abordant « la signification des symboles religieux en milieu scolaire ». Une douzaine d’intervenants, de différents milieux, universitaires et citoyens, abordent la question de la laïcité sous tous les angles : historico-sociologiques, juridiques, éducatifs et communicationnels. Ce bouquet d’arguments et d’opinions est autant d’appuis à la loi 21 et une contribution importante au débat public.

Pour Lucia Ferretti, « le modèle canadien de gestion du religieux, qui reste maximaliste, très libéral et multiculturaliste, favorise la pénétration des normativités religieuses au sein de l’État, et il en encourage les interprétations fondamentalistes ». 

La politologue et militante féministe Yasmina Chouakri, pour sa part, affirme qu’il y a des Québécoises et Québécois musulmans en faveur de la loi 21. « L’opposition à la loi 21, dit-elle, repose essentiellement sur la vision d’un Islam conservateur, non représentatif de la majorité des femmes musulmanes du Québec. »

L’avocate et ancienne bâtonnière du Barreau du Québec Julie Latour démontre comment la laïcité « est la condition première de l’existence et du plein exercice de la liberté de conscience et de la liberté de religion », tout en assurant « l’égalité devant la loi de tous les citoyens et citoyennes, sans distinction d’origine ou de religion ». 

L’enseignant Charles-Étienne Gill en appelle à Marshall Macluhan et à sa célèbre formule « the medium is the message ». Ainsi, un enseignant ne transmet pas seulement un savoir, affirme-t-il, il fait aussi partie du message. « Un enseignant qui porte un signe religieux en classe envoie donc activement un double message : celui de sa foi et celui de la matière du cours. »

Pour les opposants à la loi 21, celle-ci « parachèverait le processus d’oppression des minorités qui définirait le Québec contemporain ». Selon eux, « le principe de la liberté de conscience et de religion, qui met l’accent sur le respect des convictions individuelles, détermine les autres [principes comme] le principe de la neutralité de l’État, et l’obligation de la respecter par ceux qui sont à son service dans certaines catégories d’emploi ».

À suivre au cours des prochaines semaines devant les tribunaux. 

Le Refuge des jeunes de Montréal

France Labelle<br/>
Éditions Hurtubise
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France Labelle
Éditions Hurtubise

Le Refuge des jeunes, on en entend parler une fois par année lors du show de Dan Bigras. Pourtant, ce spectacle de jeunes en difficulté dure trois cent soixante-cinq jours par année. Cet ouvrage nous fait connaître ces jeunes maganés et ceux qui les côtoient dans leur détresse lors de leur passage au Refuge, « lieu d’apaisement des découragements, des colères, des impuissances et des révoltes nécessaires face à l’intolérance et à l’ignorance ». La phrase parmi mille que je retiens : « Aider n’est pas sans risque et aider n’aide pas toujours. Aimer n’est pas suffisant non plus. Je sais maintenant qu’accompagner est sans doute une meilleure posture : celle qui laisse à l’autre le choix, l’espace et la liberté. » Larmes garanties, mais aussi des rires et de l’espoir. 

Elles se relèvent encore et encore

Julie Cunningham<br/>
Éditions Hannenorak
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Julie Cunningham
Éditions Hannenorak

Il y a une autre sorte d’itinérance, différente de celle qui gravite autour du Refuge des jeunes de Montréal. C’est celle des femmes autochtones, dont on parle rarement. Ce livre, magnifiquement illustré par l’artiste multidisciplinaire Meky Ottawa, donne la parole à onze femmes autochtones, et, à travers elles, à toutes les autres dont on entend trop peu parler. Avec pudeur et fébrilité, elles nous racontent leurs joies et leurs peines, leur passage dans des pensionnats autochtones, leurs espoirs aussi. « Écouter avec notre cœur les histoires des autres permet de s’y identifier et de s’y reconnaître. » Écoutons-les, nous apprendrons de leurs expériences.