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Le dessinateur: la grande aventure de Sergio Kokis

ART-LITTERATURE-SERGIO KOKIS-PORTRAIT
Photo d'archives, Agence QMI Sergio Kokis

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« Je suis particulièrement fier de ce livre, lance Sergio Kokis. Si c’est mon dernier, cela va être une pierre de touche en ce sens où je crois que c’est un livre essentiel et le fruit de tous les autres qui ont été faits avant. » Le seul souhait de l’auteur de 76 ans ? Que Le dessinateur, son 27e roman, enrichisse le lecteur en le menant à se poser des questions sur sa morale et sa propre vie.

Sergio Kokis est né au Brésil et a voyagé à travers le monde. Il a, entre autres choses, fait des études en philosophie et en psychologie, et il a travaillé comme psychologue. Parallèlement, la peinture a toujours fait partie de sa vie. Tout comme la littérature.  

« À l’âge de 50 ans, j’ai décidé d’écrire un livre racontant mes promenades dans le monde, relate celui qui a dès lors pris l’habitude d’écrire pour reposer son corps de la peinture (il peignait sur de très grandes toiles). À partir de ce jour, j’ai pris goût à l’écriture. Cela a toujours été un plaisir d’écrire pour moi. »

Les années ont passé et les romans se sont accumulés pour l’homme qui a découvert la lecture pendant les huit années passées dans un établissement de redressement brésilien (de 9 à 17 ans). Là où il a pénétré dans sa première bibliothèque, lieu rempli de ces livres qui allaient lui permettre de s’évader et de donner un sens à sa vie.  

Pas étonnant que ce nouveau roman, qu’il décrit comme le fruit d’une vie de lectures, d’expériences et d’observation de ses semblables, mette en scène un personnage découvrant la littérature dans un orphelinat, puis se retrouvant prisonnier, pendant plusieurs années, dans un camp de travail soviétique.

« Toute ma vie, j’ai collectionné et lu des livres et des documents portant sur la vie des personnes confinées dans des prisons ou des camps de concentration, dit celui qui avoue passer ses journées entières à lire depuis la pandémie. Comme j’ai moi-même été institution-nalisé dans mon enfance, la vie à l’intérieur des murs a pour moi toujours eu un attrait. Je voyais comment mes camarades réagissaient différemment : quelques-uns souffraient, d’autres trouvaient que c’était un lieu de liberté, car ils venaient de situations familiales beaucoup plus difficiles. Tout cela m’a laissé très curieux, toute ma vie. »

Le dessinateur

<b><i>Le dessinateur</i></b><br/>
Sergio Kokis<br/>
Éditions Levesque<br/>
2020
Photo courtoisie
Le dessinateur
Sergio Kokis
Éditions Levesque
2020

Le thème de l’homme opprimé a toujours intéressé l’artiste multidisciplinaire. S’il l’a souvent exploité dans la peinture, c’est la première fois que l’écrivain l’aborde de façon aussi extensive dans un roman.

« C’est une œuvre que je mûrissais depuis longtemps. Je connais bien l’art du dessin et de la peinture. Je voulais mettre par écrit quelques réflexions sur la peinture et sur la passion qui peut être exercée lorsque la vie est très facile, certes, mais qui s’avère encore plus puissante lorsqu’on doit l’exercer dans des situations difficiles, critiques et opposées à son travail. »

Si l’intrigue du Dessinateur se déroule dans un camp de Sibérie, c’est que l’auteur souhaitait raconter l’histoire d’un homme qui se doit de continuer à créer, malgré tout. 

« L’idée n’était pas de raconter les camps de concentration, mais [l’histoire] d’un homme et de quelques femmes [...] pris dans une situation, et comment ils vont devoir se débrouiller. Comment chacun va, à sa façon, tenter de survivre, parce que pour eux, la vie a de l’importance. » 

En racontant la destinée de ce peintre accusé de crime idéologique et envoyé pendant six ans dans un camp de concentration (où on va lui confier l’illustration de la faune et de la flore), l’auteur rend hommage aux romans qui l’ont le plus touché dans sa vie. Ceux traitant de la créativité, du travail en situation critique et de la liberté retrouvée à laquelle on donne un sens à travers le devoir de raconter, la passion de la création et l’art.

Exercice de morale

Le contraste du laid des camps et du beau de la peinture s’y fait source de nombreuses réflexions sur le respect de l’être humain, la morale et la tendresse, pouvant être créées même lors de situations extrêmes. « Des thèmes fondamentaux pour l’existence humaine ». 

C’est « un roman rempli d’espoir pendant une crise » que propose l’auteur en pleine pandémie. Une œuvre s’inscrivant dans l’actualité pourtant écrite bien avant l’arrivée de la COVID-19. Un hasard qui n’en est pas vraiment un pour l’écrivain qui s’est toujours tenu au fait des divers événements graves se déroulant à travers le monde. 

« Je suis un homme en fin de vie. J’ai passé ma vie à scruter le monde, toujours à l’affût d’autres situations existentielles que la mienne. Ce genre de problèmes existaient même avant l’épidémie. J’avais envie d’écrire sur une humanité qui permet de continuer à survivre, l’humanité malgré la déshumanisation autour. C’est une leçon de morale de grande valeur. La morale, c’est la seule chose qui nous reste pour respecter notre semblable. »