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«Victoire !» de Michel Tremblay: les amoureux des Laurentides

Auteur Michel Tremblay
Photo Ben Pelosse Michel Tremblay

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À travers La Diaspora des Desrosiers et les Chroniques du Plateau-Mont-Royal, les lecteurs de Michel Tremblay connaissent déjà les secrets de cette famille, dévoilés bribe par bribe au fil des livres. Dans Victoire !, son nouvel opus, Michel Tremblay remonte le fil du temps jusqu’en 1898, au cœur des Laurentides, et raconte la grande histoire d’amour entre deux orphelins, Victoire et Josaphat.

Après avoir passé sept longues années au couvent en vue de devenir religieuse, Victoire décide de rentrer à Duhamel pour retrouver son frère Josaphat. Comme elle, il est orphelin depuis le décès de leurs parents dans l’incendie de l’église du village.

Donnant voix à Victoire, Michel Tremblay raconte dans cette élégie romanesque ce qui s’est passé. De leur union vont naître Albertine, puis Gabriel, le mari de la Grosse femme et le père de Jean-Marc, alias Michel Tremblay. Cette histoire n’avait jamais été vraiment racontée, et l’écrivain le fait avec jubilation, sincérité et une très grande intensité.

Son éditrice, la regrettée Lise Bergevin, lui demandait souvent d’écrire un livre racontant la genèse de Victoire avec son frère. «C’est la genèse de la genèse de tout ce que j’ai écrit, dit Michel Tremblay en entrevue. Quand elle est partie, en juillet de l’année dernière, je me suis dit, ah oui... Non seulement je lui dois ça, mais je me le dois à moi aussi et à toute l’espèce d’immense saga que j’ai écrite depuis 50 ans.»

Dans La Diaspora des Desrosiers, il était remonté jusqu’en 1902 et, cette fois, il est allé à la source de Gabriel, jusqu’en 1898. «Au lieu de parler de la naissance de Gabriel, je suis allé à la rencontre du frère et de la sœur qui ne s’étaient pas vus depuis sept ans et qui tombent en amour.»

L’histoire est touchante et les personnages, extrêmement vibrants. «J’ai appelé cela un roman élégiaque : je voulais que ce soit un demi-pouce au-dessus du plancher. Je voulais donner à la voix de Victoire une espèce de poésie, du plus grand que nature, une transcendance et, en même temps, une petite touche de tristesse aussi. Une élégie, on trouve ça magnifique, mais ça serre le cœur un peu.»

Michel Tremblay évoque la belle nature et les paysages de Duhamel, dans les Laurentides. «C’est la seule campagne que j’ai connue quand j’étais petit. La première fois que j’y suis allé, j’avais peut-être 10-12 ans – je n’étais jamais sorti de la ville de ma vie. Ma tante Tina avait une maison de campagne qui est la maison que je décris, à Duhamel.»

«Victoire !, c’est la redécouverte de la campagne par une fille qui vient de là, mais qui a été enfermée dans un couvent avec des sœurs pendant sept ans et qui tout à coup fait un retour aux sources. La présence de la nature, ça lui revient, et je voulais retrouver cette espèce d’innocence devant tant de beauté. Je voulais que ce soit très présent et très fort dans le roman.»

Michel Tremblay note qu’il parle toujours de la nature dans ses romans. «Elle a été là depuis La Traversée des sentiments, depuis 2010.»

Les paysages transposent les émotions. «Duhamel, c’est encore très beau. D’ailleurs, j’y suis allé dernièrement et j’ai retrouvé la maison suspendue. Je savais exactement où elle était, à un mille du village, et je m’en souvenais parce que la clôture était en diagonale. La barrière était ouverte et on est allés. La dame qui vivait là m’a reconnu. Je lui ai dit : Ma grand-mère est morte ici. Et elle m’a dit : Ben oui, je le sais! Ça a été une grande émotion de retrouver cette maison.» 

  • Chroniqueur prolifique, dramaturge dont les pièces sont jouées dans le monde entier, Michel Tremblay est l’un des écrivains les plus importants de sa génération. 
  • Le cycle des Belles-Sœurs, les Chroniques du Plateau-Mont-Royal et La Diaspora des Desrosiers appartiennent au corpus des œuvres majeures de la littérature francophone actuelle.  

EXTRAIT 

Victoire !<br/>
Michel Tremblay<br/>
Coédition Leméac/Actes Sud<br/>
environ 136 pages
Photo courtoisie
Victoire !
Michel Tremblay
Coédition Leméac/Actes Sud
environ 136 pages

«J’ai toujours connu Josaphat comme un être doux, paisible, plus souvent qu’à son tour silencieux. Enfant, il pouvait jouer pendant des heures avec un bout de bois ou rester assis sous un arbre, les mains derrière la tête, à rêvasser. Papa avait trouvé dans son encyclopédie une citation qu’il répétait sans cesse à mon frère : “L’avenir appartient aux audacieux, Josaphat, pis toé, ben, t’as pas l’air d’en être un !” Un rêveur, voilà ce qu’il avait toujours été.»