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Investissement de 100 M$: augmentation du salaire des aides à domicile

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Québec débloque 100 millions $ supplémentaires pour le soutien à domicile, dont 25 millions $ qui seront départagés entre les proches aidants et les préposés en aide à domicile afin d’augmenter leur rémunération.

C’est donc dire que le salaire de ces préposés, qui sont employés par des entreprises d’économie sociale, augmentera de 1,75 $ de l’heure, passant de 14,25 à 16 $ l’heure.

Photo Agence QMI, MARIO BEAUREGARD

À cela s’ajoute leur prime COVID de 8 %, qui reste en vigueur pour le moment.

Lors de l’annonce dimanche, le ministre de la Santé, Christian Dubé, a reconnu que cette nouvelle hausse était rendue nécessaire par l’augmentation octroyée dernièrement aux préposés aux bénéficiaires dans le réseau public.

«À la minute qu’on augmente les salaires pour les préposés aux bénéficiaires, d’autres veulent leur part et c’est normal», a-t-il évoqué lors du point de presse, accompagné de la ministre des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais.

Photo Agence QMI, MARIO BEAUREGARD

«Les deux précédents gouvernements ne faisaient qu’indexer le salaire des préposés [en soutien à domicile] selon le salaire minimum, alors que nous, on a augmenté leur salaire de 1,30 $ la première année et de 1,70 $ aujourd’hui», a souligné pour sa part la ministre Blais, elle qui était pourtant députée libérale sous Philippe Couillard.

La ministre responsable des proches aidants a par ailleurs fait savoir que ces derniers allaient eux aussi voir leur revenu augmenter de la même façon que les aides à domicile en vertu des contrats de gré à gré, ces ententes qui permettent aux personnes dans le besoin d’engager un proche pour les aider dans leur quotidien.

Réactions mitigées

Concernant l’augmentation de salaire de leurs employés, le Réseau de coopération des entreprises d'économie sociale en aide à domicile (ÉESAD) a indiqué qu’il s’agissait d’un pas dans la bonne direction pour recruter de nouvelles personnes dans la profession.

Photo Agence QMI, MARIO BEAUREGARD

Citant une étude de 2018, le réseau de coopération a rappelé que ces entreprises doivent embaucher 2500 nouvelles personnes par année pour combler les besoins à domicile.

«Alors que le délestage des services de soutien à domicile des EÉSAD et le manque de reconnaissance des 8 700 préposées d'aide à domicile ont marqué la première vague de la pandémie, nous sommes heureux de constater que le gouvernement du Québec reconnaît enfin l'importance de leur travail», a réagi par communiqué J. Benoit Caron, directeur général du Réseau de coopération des EÉSAD.

Ces aides à domicile peuvent combler toutes sortes de tâches pour les personnes âgées, malades ou handicapées, comme le ménage, la préparation des repas ou encore les soins d’hygiène.

Photo Agence QMI, MARIO BEAUREGARD

Plusieurs d’entre elles songeraient aujourd’hui à quitter leur poste pour aller travailler en CHSLD, attirées par les nouvelles conditions de travail avantageuses des préposées aux bénéficiaires.

Pour le président-directeur général du Conseil pour la protection des malades, Me Paul G. Brunet, l’annonce de dimanche n’empêchera pas cette vague de départs.

«Dans les CHSLD, on parle de 20 $ de l’heure, alors que là, avec la nouvelle augmentation, c’est 16 $. Poser la question, c’est y répondre...» a-t-il commenté.

En entrevue à l’Agence QMI, Me Brunet a accusé le gouvernement Legault de ne pas avoir anticipé que l’augmentation importante des salaires des préposées aux bénéficiaires allait forcément aggraver la pénurie d’aides à domicile.

Le Comité d'action des personnes vivant des situations de handicap (CAPVISH) partage à peu près le même point de vue.

«Faute de conditions salariales équitables aux autres préposés, le départ des travailleurs continuera malheureusement à s'intensifier affectant ainsi la qualité du service», a critiqué Dominique Salgado, directeur général du CAPVISH.

Améliorer les services

Outre la question de la rémunération, la majeure partie des investissements annoncés par Québec dimanche est destinée à bonifier les services offerts par les CLSC. Selon le ministre Christian Dubé, ces 65 millions $ permettront au réseau d'offrir plus d’heures en soutien à domicile à ceux qui en reçoivent déjà, en plus de rejoindre 1100 personnes supplémentaires.

«Déjà avant la pandémie, la demande pour les soutiens en domicile avait augmenté et comme d’autres domaines, la demande a été augmentée par la pandémie. Et on sait que les Québécois veulent vieillir chez eux, entourés de leurs proches et de leurs communautés», a défendu le ministre de la Santé.

Selon Québec, 370 000 personnes ont eu recours à du soutien à domicile dans la dernière année, soit 10 000 de plus que l’an passé.

Bien qu’il l’espère, Me Brunet doute que ces gens voient vraiment leurs services s’améliorer à la suite de cette annonce.

«On a trop été habitué à des ballounes dans les dernières années. On annonce des gros montants qui finissent dans la bureaucratie et les gens ne voient pas le résultat au bout du compte», a tonné le président-directeur général du Conseil pour la protection des malades.

Le Réseau FADOQ est pour sa part beaucoup plus optimiste.

«Il y a eu une rupture importante du continuum de soins depuis le début de la pandémie. Nos membres ont constaté une baisse considérable de leurs offres de services à domicile. Dans le contexte actuel, ces sommes récurrentes que le gouvernement du Québec va octroyer viendront mettre un baume sur le cauchemar vécu par de nombreux ainés», a déclaré Gisèle Tassé-Goodman, présidente de l’organisme qui défend les droits des personnes âgées.

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