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Au diable, le bon sens

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Photo AFP

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Il y a de ces bonnes vieilles expressions qui reprennent tout leur sens de temps à autre. Celle qui colle le mieux aux États-Unis ces jours-ci décrit Donald Trump se débattant avec les résultats de l’élection présidentielle « comme un diable dans l’eau bénite ». Ça fait mal!

Je l’ai constaté et répété plusieurs fois au cours des quatre dernières années: Donald Trump a réussi, sans que ses partisans ne lui demandent de comptes, à trompeter tout et son contraire.

  • Écoutez Richard Latendresse avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

Vendredi encore, dans le Rose Garden de la Maison-Blanche, décrivant son opposition au rétablissement d’un confinement national pour combattre la pandémie, il s’est presque échappé à parler de la présidence Biden ou, en ses mots après quelques bredouillages, « peu importe ce qui arrivera dans l’avenir ».

Pas aussi déraisonnable que certains le croient, il se doute que la fin approche, mais persiste à haranguer ses supporteurs, à attiser leur méfiance des démocrates, comme dans ce courriel de sa campagne reçu hier matin: « Quand chaque vote LÉGAL sera compté, NOTRE président aura gagné ET DE LOIN sur Joe l’endormi. » Suivi, quelques lignes plus tard, d’un moins pompeux: « Contribuez de 5$ s’il vous plaît. »

VIVRE DANS L’ILLUSION

Ses messages sur Twitter enchaînent les allégations de fraude – systématiquement discréditées par les autorités électorales des comtés ou des États concernés – ou les menaces de poursuites judiciaires qui se dégonflent dès que les supposés témoins ne s’avèrent finalement qu’un « gars qui a entendu un gars qui dit que... ».

Présumons qu’il ne s’agit pas que d’une machination machiavélique et qu’il y croit encore. Un effort de plus, mettons-nous à sa place! À lire ceux et celles qui le côtoient depuis longtemps – sa nièce Mary, par exemple, ou son ex-avocat personnel, Michael Cohen –, son prétendu succès de promoteur immobilier a été construit sur de faux-semblants et du trompe-l’œil.

Pourtant, NBC lui a donné en 2004 une tribune exceptionnelle en le plaçant à l’animation de The Apprentice, le présentant comme l’incarnation de la réussite à l’américaine. N’importe qui se serait pris à y croire.

PRÉSIDER UNE RÉALITÉ PARALLÈLE

Il a réussi à surfer sur cette réputation jusqu’à la Maison-Blanche, où il aurait pu – aurait dû, à son avis – rester jusqu’à la fin d’un deuxième mandat. En fouillant mes notes la semaine dernière, je suis tombé sur un article d’octobre 2019 du Washington Post.

La toute première ligne statuait posément que « le président Trump est sur la voie rapide d’une réélection facile ». Même s’il était embourbé, à l’époque, dans son procès en destitution et la gestion maladroite de la crise syrienne, différents économistes lui prédisaient, malgré tout, un triomphe électoral en novembre 2020.

De quoi raffermir les fantasmes de n’importe quel illuminé. On connaît la suite: la pandémie qui frappe, l’économie qui s’effondre et Trump qui perd la présidence... la faute, comme il le rabâche, aux Chinois et leur coronavirus.

Un homme qui se décrit comme « un génie stable » a probablement besoin de peu pour se voir en victime d’un immense complot. Le mystère tient à tous ceux qu’il arrive à flouer avec le même mirage. 

SI L’ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE AVAIT EU LIEU EN OCTOBRE 2019...

« Trump remportera 55% du vote populaire l’année prochaine, sauf en cas de ralentissement significatif de l’économie. »

– Oxford Economics   

  • Joe Biden a récolté 50,9% du vote populaire contre 47,3% à Donald Trump.         

« Le président gagnera facilement l’année prochaine si l’économie ne trébuche pas gravement et, en fait, il accumulera une plus grande marge au collège électoral qu’en 2016. » 

– Moody’s Analytics  

  • Au 2e trimestre de 2020, l’économie « a trébuché » de 9,1%.     
  • 20,5 millions d’emplois ont disparu en avril.    
  • Le taux de chômage est passé de 3,5% en février à 14,7% en avril 2020.         

« Trump remportera la réélection l’année prochaine avec 354 votes électoraux. »

– Trend Macrolytics  

  • Biden a mis la main sur 306 votes au Collège électoral contre 232 à Trump.        

 (Source : Washington Post, 18 octobre 2019)