/world/usa
Navigation

Face à la COVID-19 qui rugit, la croissance américaine s’éloigne

Coup d'oeil sur cet article

La résurgence de la COVID-19 devrait faire de nouveaux dégâts sur l’économie américaine, qui mettra sans doute des années avant de s'en relever, malgré la promesse encourageante d’un prochain vaccin.

En quelques jours, l’euphorie suscitée par l’annonce d’un vaccin disponible début 2021 a été occultée par l’inquiétante et rapide hausse des cas de contamination à des niveaux jamais vus: plus de 130 000 par jour.

«La COVID détermine toujours la trajectoire économique. La hausse actuelle des cas est beaucoup plus inquiétante que celle que nous avons vue dans le Sud cet été; elle devrait beaucoup plus perturber l’activité économique», relève dans une note Diane Swonk, économiste pour Grant Thornton.

«Achetez une petite dinde» pour fêter Thanksgiving en petit comité le 26 novembre, au lieu des habituels grands repas familiaux, conseille-t-elle.

La première économie du monde, qui avait commencé à se relever du choc provoqué par la pandémie, pourrait replonger avec ce nouveau ralentissement attendu de l’activité.

Chicago, troisième ville la plus peuplée du pays, a appelé ses habitants à rester chez eux, tandis que New York, la plus grande ville américaine, a obligé ses bars et restaurants à fermer à 22 h.

«Les économistes commencent à nous dire qu’ils réfléchissent à abaisser leurs prévisions de PIB» à cause de la recrudescence du virus, indique Maris Ogg, de Tower Bridge Advisors.

Les États-Unis, entrés en récession avec la crise provoquée par la COVID-19, avaient ensuite, tant bien que mal, réussi à garder la tête hors de l’eau. L’immobilier est au plus haut, le secteur manufacturier grimpe.

Mais les consommateurs s’inquiètent de cette recrudescence et leur confiance a plongé en novembre, pour la première fois depuis juillet.

2023?

«Le vaccin n’arrivera pas assez rapidement pour nourrir les familles qui ont faim», résume Diane Swonk, car les aides accordées aux ménages en mars, dans le premier plan de relance de 2200 milliards de dollars, expirent petit à petit, et 11 millions d’Américains sont toujours au chômage.

Le virus repart au pire moment.

La période de transition entre les présidents Donald Trump et Joe Biden laisse peu d’espoir quant à l’adoption rapide d’un nouveau plan de relance avec des mesures d’aides financières aux ménages, aux entreprises et aux collectivités locales.

La Maison-Blanche a renvoyé la balle au Congrès, où les divergences entre républicains et démocrates sont profondes, notamment sur le montant de l’enveloppe.

La donne pourrait changer si les démocrates remportaient deux élections sénatoriales spéciales en janvier en Géorgie.

Un plan de soutien, même faible, ramènerait l’activité à ses niveaux d’avant la crise «mi-2021. L’emploi ne retournerait pas à son pic précédent avant fin 2023», détaille Mme Swonk.

Le vice-président de la banque centrale (Fed), Randal Quarles, mise quant à lui sur un retour de l’économie à son rythme de début d’année en 2022 ou début 2023, a-t-il dit mardi.

Les ménages doivent regagner en confiance pour dépenser. Dans la capitale fédérale Washington, D.C., par exemple, seuls 10% des travailleurs avaient repris le chemin du bureau en octobre, selon des données du DowntownDC Business Improvement District. La population de la ville en journée est tombée à 47 000 personnes, contre 256 000 avant la pandémie.

Reprise en K

Beaucoup d’observateurs alertent sur la possibilité que le redressement économique ne soit pas une reprise franche — en forme de V, ou plus lente, en forme de U —, mais un rétablissement à deux vitesses, en forme de K, c’est-à-dire qu’une partie seulement de la population en bénéficierait.

Le taux de chômage est tombé à 6,9% en octobre, un pourcentage deux fois plus faible qu’au plus fort de la crise quand il avait culminé à 14,7%.

Mais un tiers des chômeurs sont désormais sans emploi depuis plus de six mois. Cela inquiète les économistes, car plus la durée du chômage est longue, plus le retour à l’emploi est compliqué.

«Ce sont des femmes qui sont sorties du marché du travail, mais pas par choix», les enfants n’allant à l’école que durant une partie de la semaine au mieux, a déploré Jerome Powell, le président de la Fed.

«Ce sont des travailleurs qui [...] perdent leur lien avec la force de travail et la vie qu’ils avaient», s’est inquiété le puissant banquier central.

Sans compter que la crise sanitaire va renforcer et accélérer la place centrale qu’occupe la technologie dans l’économie, une situation qui risque de faire disparaître certains emplois et qui exigera de nouvelles compétences.