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Hausse préoccupante du plagiat

L’évaluation à distance en temps de pandémie serait un terrain fertile pour la tricherie, selon des universités

plagiat Université
Photo Chantal Poirier L’Université de Montréal constate une hausse de 40% des cas de tricherie et de plagiat comparativement à l’an dernier. Frédéric Mérard, professeur de science politique, croit qu’il est difficile d’enrayer ce phénomène.

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Plusieurs universités québécoises constatent une hausse préoccupante des cas de tricherie et de plagiat depuis le début de la pandémie dans un contexte d’évaluation virtuelle propice à la malhonnêteté.

« La tendance à la tricherie et au plagiat est clairement à la hausse. On compte près de 40% d’augmentation depuis l’an dernier », laisse tomber la porte-parole de l’Université de Montréal, Geneviève O’Meara.

À l’Université Laval, on a confirmé au Journal que ce genre d’infractions liées aux études a atteint un sommet en cinq ans.

Les dénonciations de plagiat ou de tricherie ont bondi de 43% entre la session d’automne 2019 et celle d’hiver 2020, qui marque le début de la pandémie et des cours à distance. 

Polytechnique, HEC Montréal et l’École de technologie supérieure (ÉTS) nous ont aussi affirmé que les cas et les soupçons de plagiat ont augmenté en 2020 comparativement aux années précédentes. 

Facile sur ZOOM

Huit universités sur 13 ont préféré s’abstenir de répondre par manque de données précises et à jour, mais assurent être «très préoccupées» par la situation.

Christine Hudon.
Vice-rectrice 
à Sherbrooke
Photo tirée du site de Université de Sherbrooke
Christine Hudon. Vice-rectrice à Sherbrooke

« Les résultats de notre enquête arriveront dans les prochains jours, signale la doyenne aux études de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), Dominique Marquis. Mais évidemment, il y a une crainte parce que c’est très très très facile de tricher sur Zoom. »

« On sait que le contexte d’enseignement à distance favorise le plagiat », souligne pour sa part la vice-
rectrice aux études à l’Université de Sherbrooke, Christine Hudon.

À l’ÉTS, les professeurs ont d’ailleurs demandé la tenue des examens en personne à la prochaine session précisément dans le but de contrecarrer la hausse du plagiat, a appris Le Journal.

Même chose à l’Université du Québec en Outaouais. La compilation des données sur la question du plagiat devrait se terminer cette semaine, mais « plusieurs professeurs ont demandé d’avoir les examens en présentiel », prévient le directeur des communications de l’établissement, Gilles Mailloux.

Les évaluations à distance demeurent ainsi un terrain extrêmement fertile pour la malhonnêteté scolaire.

« Dans le contexte actuel, c’est presque irrationnel de ne pas tenter de plagier », lance un professeur d’une université montréalaise qui a préféré garder l’anonymat.

Peu de moyens

Frédéric Mérand
Photo tirée du site web de l'UdeM
Frédéric Mérand

« En ce moment, on peut faire beaucoup de choses pour diminuer l’incidence du plagiat, mais on ne peut pas faire grand-chose pour l’enrayer », fait valoir le professeur de science politique et directeur scientifique du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal, Frédéric Mérand.

Malgré la surveillance des professeurs par le logiciel Zoom, le contrôle du temps lors des évaluations ou les modes d’évaluation alternatifs comme les études de cas, les présentations orales ou les questions à très long développement, les enseignants n’ont pas de véritables moyens de prévenir la tricherie.

« Les étudiants sont tous sur Messenger et ont tous internet, poursuit M. Mérand. S’ils paraphrasent une définition qu’ils ont devant les yeux, c’est absolument impossible de les contrôler. »  

Pour éviter les diplômes à rabais   

Les universités devront changer leurs modes d’évaluation afin d’éviter d’octroyer des diplômes à rabais si la pandémie les contraint à poursuivre l’éducation à distance.

« On tient à l’intégrité de nos diplômes et à la qualité de l’apprentissage », fait valoir Christine Hudon, vice-rectrice aux études à l’Université de Sherbrooke, où la tenue des examens en personne est exigée dans plusieurs programmes malgré la COVID-19, comme à la maîtrise en fiscalité.

« Si les professeurs et le programme jugent que les examens doivent se faire en présentiel, ils ont de bonnes raisons, poursuit-elle. Parfois, on ne peut pas arriver à la même qualité d’évaluation à distance. »

L’Université de Montréal a tâché de sensibiliser ses enseignants à modifier leur façon d’évaluer les connaissances des élèves par des études de cas ou des présentations orales. Mais la tendance au plagiat est malgré tout à la hausse, révèle la porte-parole de l’établissement, Geneviève O’Meara.

« Les accommodements à l’endroit des étudiants se sont élargis avec l’évaluation à distance », estime le professeur de science politique de l’Université de Montréal Frédéric Mérand. 

Lacunes

Dans les baccalauréats «professionnalisants» comme ceux en génie ou en enseignement, certains professeurs craignent donc que les étudiants n’obtiennent des diplômes à rabais.

« On oublie ça [en ce moment] les examens pour évaluer les compétences requises à la profession, signale une professeure d’université montréalaise qui a préféré garder l’anonymat. En ce moment, c’est une farce. »

Injuste

Elle considère qu’il n’y a aucun moyen de s’assurer que l’évaluation à distance reflète les véritables connaissances et capacités de l’étudiant.

Et continuer d’attribuer des notes dans un tel contexte est selon elle « vraiment injuste », autant envers ceux qui ne trichent pas et qui se verront refuser l’entrée dans un programme collégial ou universitaire qu’envers les employeurs et les contribuables québécois qui paieront la note pour des professionnels avec des lacunes dans leurs compétences.