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Recours réclamé par les filles d’une soignante tuée par l’amiante

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Les filles d’une soignante morte d’un cancer causé par l’amiante après avoir travaillé toute sa vie dans un ancien hôpital de la Mauricie veulent intenter une action collective contre l’État.

Louise Fortin a commencé un boulot d’infirmière auxiliaire au centre hospitalier Laflèche de Grand-Mère en 1957, juste après avoir obtenu son diplôme. 

Pendant qu’elle s’affairait à sauver des vies, l’air qu’elle respirait la tuait à petit feu.

Des travaux de désamiantage ont été menés dans l’établissement entre 1957 et 1970 sans qu’aucune mesure de protection ne soit prise pour empêcher les particules d’amiante de se répandre dans l’air.

C’est ce qu’a indiqué la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), qui a reconnu que Mme Fortin était décédée d’un mésothéliome, un cancer de la plèvre, causé par son exposition à l’amiante au travail. Elle a versé une indemnité de 120 000 $ à ses filles, Isabel et Anne-Marie Gélinas.

L’employeur, le Centre de santé et de services sociaux de l’Énergie, a d’abord contesté la décision de la Commission et le montant versé avant d’abandonner le dossier après plusieurs passages en cour.

Argent manquant ?

Par la suite, la CNESST a envoyé une lettre aux filles de la défunte les informant avoir « retenu les services du cabinet d’avocats américain Motley Rice » pour obtenir des fonds auprès d’entreprises américaines qui fabriquent et vendent des produits à base d’amiante.

« S’il s’avère que les sommes d’argent recouvrées excèdent le total des prestations versées ou prévues à son dossier [celui de Mme Fortin], nous communiquerons avec vous afin de vous faire parvenir les sommes excédentaires », dit la lettre.

Mais les filles de l’infirmière décédée n’ont plus jamais eu de nouvelles de la CNESST, qui n’a pas voulu leur dire combien d’argent elle avait réussi à obtenir aux États-Unis.

Possibilité d’autres familles

Soupçonnant que d’autres familles soient ainsi laissées dans l’ignorance, les filles de Mme Fortin ont déposé une demande d’action collective contre le ministère du Travail et la CNESST.

Elles réclament que la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail informe clairement les familles des victimes des démarches entreprises en leur nom et qu’elle leur verse l’ensemble des sommes collectées.

Leur requête, si elle est acceptée par la justice, pourrait concerner des milliers de Québécois : entre 2000 et 1998, 1840 familles ont reçu des compensations de la CNESST après qu’un proche fut mort de l’amiante, et 3421 travailleurs exposés à cette substance ont été indemnisés.

La Commission des normes se défend

La Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) assure avoir versé aux victimes de l’amiante tout l’argent qu’elle a réussi à collecter.

Questionné par Le Journal, le porte-parole de la CNESST Nicolas Bégin explique que la Commission a entrepris en 2011 « une démarche légale afin de récupérer des sommes d’argent relatives à l’indemnisation de travailleurs dont la maladie professionnelle aurait été provoquée par le contact avec des produits à base d’amiante ».

Des millions versés

Il indique que grâce à ses démarches, la Commission avait retourné 10,2 millions $ aux travailleurs ou à leur succession en date du 31 août 2020.

M. Bégin explique que l’argent collecté sert « dans un premier temps à compenser le Fonds de la santé et de la sécurité du travail (FSST) pour les prestations versées dans les dossiers visés ».

Ensuite, « les sommes résiduelles qui excèdent le coût du dossier sont retournées aux travailleurs ou à leur succession, sans égard aux frais juridiques qui sont assumés par la CNESST », poursuit le porte-parole.

Le droit de savoir

Mais au-delà des sommes versées, « ce que le recours veut c’est plus de transparence de la part de la CNESST », souligne Norman King, le conseiller scientifique de l’Association des victimes de l’amiante du Québec (AVAQ).

« C’est un combat pour le droit de savoir », insiste l’épidémiologiste.

M. King souligne qu’avant de prendre connaissance de la demande de recours collectif, même l’AVAQ, pourtant bien informée sur ces questions, ne savait pas que la Commission intentait des recours à l’étranger pour obtenir des fonds.