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Un jeune tétraplégique abat son premier chevreuil avec sa bouche

Victime d’un accident de motoneige en 2015, il a adapté sa passion à sa condition

William Alain
Photo courtoisie William a pu poser avec sa bête au petit matin alors que le soleil se levait.

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Un jeune chasseur, tétraplégique depuis un grave accident de motoneige il y a cinq ans, a réussi l’exploit de tuer son premier chevreuil à l’arbalète après quatre ans d’essais et erreurs pour adapter le sport à sa condition.

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« C’est un accomplissement et un défi que peut-être personne n’a jamais réalisés », lance avec fierté William Alain, 23 ans. Si depuis qu’il est jeune la chasse « est un mode de vie » pour William, la pratique de ce sport aurait bien pu s’arrêter à jamais le 15 décembre 2015 lorsque le jeune homme a frappé de plein fouet un arbre en motoneige. 

« Ça s’est passé en arrière de chez nous, pas loin, dit sa mère Manon, il ne se souvient pas de ce qui s’est passé. »

À 18 ans, le jeune homme « qui manquait de temps dans une journée » tellement il avait de projets s’est retrouvé tétraplégique, paralysé des épaules aux orteils. 

« Continué d’avancer »

Plutôt que de se laisser abattre, le résident de Saint-Raymond, dans la MRC de Portneuf, a « continué d’avancer ».

« Quand l’accident est arrivé, j’ai bien vu que ça ne donnait rien [de broyer du noir]. C’était plus avantageux de mettre mon énergie à modifier des affaires et continuer à faire des activités », explique-t-il avec une voix pleine d’énergie. 

Dès la saison de chasse suivante, notamment grâce à une voiturette de golf modifiée permettant d’y installer un fauteuil roulant, William a accompagné ses proches à la chasse.

Sauf que le jeune homme, qui a toujours autant d’idées qu’avant l’accident, s’est donné pour défi de chasser à nouveau.

Après quatre ans de développement, ils y sont arrivés. « William avait les idées, et son père, les mains », illustre sa mère. 

Arme modifiée

Son arbalète tient sur un trépied sur lequel il peut faire bouger l’arme avec sa bouche.
Photo courtoisie
Son arbalète tient sur un trépied sur lequel il peut faire bouger l’arme avec sa bouche.

Le chasseur est en mesure de diriger avec sa bouche l’arbalète installée sur un trépied, grâce à une baguette qui bouge l’arme dans tous les axes.

Un module électrique de serrure de porte prélevé sur une voiture lui permet ensuite d’actionner la détente avec sa joue.

Une caméra est également installée devant le télescope pour retransmettre l’image de la cible sur un petit écran. « Il y a des fois qu’on a manqué, que je suis passé à côté », raconte-t-il.

Il faut dire que sa condition amène tout un lot de défis supplémentaires. La cache qui se trouve à proximité d’une route dans la réserve faunique de Portneuf doit être plus grosse afin d’abriter son père et lui, mais aussi un caméraman qui filme l’épopée de William pour faire un documentaire. 

Le froid est également un enjeu puisque William ne bouge pas et ne sent rien. « Il faut faire attention aux engelures. » 

Sauf que mardi, en fin d’après-midi, tous ces efforts ont payé. Un chevreuil s’est présenté devant lui et a montré son flanc. « Il a fait l’erreur de se virer », raconte passionnément William, qui a touché le « vital » de la bête. 

Pendant que William attendait dans le véhicule, ses accompagnateurs se sont mis à la recherche de l’animal. « Tout le monde a mis les bouchées doubles », raconte-t-il.

Fierté et reconnaissance

Au petit matin, William a pu dire mission accomplie. « Ça rentre dedans, j’avais beaucoup de fierté, ç’a été toute une journée », relate-t-il.

Sauf que, rapidement, le chasseur a exprimé toute sa gratitude à l’endroit de ses proches. « En partant, c’est tout le monde autour de moi qui m’appuie et me soutient dans tout ce que je fais. Si j’étais tout seul, pas de famille et pas d’amis, je ne serais pas capable de faire toutes ces activités-là », dit-il avec reconnaissance.

Le vol de la caméra, que William avait installée pour connaître les habitudes du gibier sur son territoire, a fait réagir sur Facebook Michel Therrien, qui réalise une vidéo sur les prouesses du jeune homme.

« Cette caméra que tu as volée appartient à mon ami en chaise roulante. Elle appartient à un guerrier qui se bat encore pour gagner une lutte difficile et à une personne exceptionnelle qui n’a pas la chance de faire beaucoup d’autres loisirs que la chasse dans les circonstances de sa vie actuelle », écrit-il avant d’inviter l’auteur du méfait à restituer l’objet.