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Censure, médias et violence

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Photo AFP Des partisans du président Trump ont manifesté samedi contre le résultat de l’élection présidentielle.

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Certains médias proches de Donald Trump accusent les autres médias de censurer l’information. Ils n’auraient pas rapporté que de la violence a éclaté pendant des manifestations pro-Trump samedi à Washington.

Les médias proches de Trump soutiennent que des manifestants « marxistes » ont attaqué les manifestants pro-Trump qui déambulaient pacifiquement dans les rues.

Passons sur l’usage clownesque du terme « marxiste », sur les incitations à la violence de Trump ou sur la censure à laquelle lui-même soumet les élus républicains en les forçant à ne pas reconnaître le résultat des élections.

D’autres faits troublants se sont produits dans les derniers jours. Par exemple, lundi dernier, la conférence de la porte-parole de la Maison-Blanche a été brutalement interrompue par plusieurs grandes chaînes de nouvelles, dont Fox News, parce qu’elle lançait des accusations sans fondement sur la supposée fraude électorale aux États-Unis.

Censure

De même, plusieurs déclarations de Trump dans les médias sociaux sont désormais accompagnées de mentions qui mettent en garde contre leur caractère mensonger ou trompeur.

Que l’on soit ou non d’accord avec Trump, ces gestes sont de la censure. En rapportant des propos avec des avertissements, les plateformes numériques procèdent à un habillage moral et politique des informations. De quel droit ? Aucun.

Pourquoi les États-Unis en sont-ils arrivés là ? Parce que le président s’adresse directement à chaque Américain à travers Twitter. Contrairement aux débats en chambre ou à ce que les médias traditionnels faisaient, ce contact direct avec les électeurs n’implique aucune réplique de la part d’un élu de l’opposition. Aucun élu ne relativise ou ne contredit les propos du président sur le moment.

En d’autres termes, en raison des médias sociaux, l’opposition est marginalisée pour une partie des Américains.

Pour eux, il n’y a plus de dialogue politique. Bien au contraire, les partisans de Trump se retrouvent enfermés dans un quasi-monologue de Trump. Les opposants expérimentent une situation très différente. Ils doivent entendre les arguments de Trump, puisque les élus de l’opposition y répondent.

Vivre en dictature

Un pays sans opposition ou avec une opposition marginale est une dictature. Une partie des États-Unis vit maintenant dans une condition de dictature. Pire, étant donné le culte de la personnalité instauré par Trump, cette partie des États-Unis est prête à croire tout ce qu’il dit.

Il est d’ailleurs saisissant qu’environ 40 % des partisans de Trump soient de pauvres crédules évangélistes. La propension de certaines personnes à croire n’importe quoi aide les dictatures.

Faut-il pour autant censurer les informations ou les assortir d’avertissements ? Certainement pas. Agir ainsi nourrit les théories du complot en plus de procurer aux plateformes numériques un pouvoir immense et indu.

En fait, dans une démocratie, la solution consiste peut-être à interdire aux dirigeants d’utiliser les médias sociaux pour transmettre directement leurs messages politiques aux citoyens. Ou alors de ne les tolérer qu’accompagnés d’un message d’un élu de l’opposition.