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Des pédiatres inquiets pour les «bébés COVID»

Avec les orthophonistes, ils sonnent l’alarme sur le port du masque en garderie

Sophy Forget-Bélec
Photo d'archives, Pierre-Paul Poulin L’éducatrice Sophy Forget-Bélec a décidé de porter le masque à fenêtre transparente pour faciliter la communication et l’apprentissage avec ses poupons de sa garderie privée. « Les enfants ne nous ont jamais vus sans masque, ils ne connaissent pas notre visage. Il faut donc s’adapter du mieux qu’on peut », indique-t-elle.

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Le port du masque par les éducateurs et éducatrices en garderie aura des conséquences néfastes sur le développement et l’apprentissage des enfants en bas âge, estiment des spécialistes.

• À lire aussi: La pandémie engendre des «bébés COVID»

Des pédiatres et des orthophonistes tirent la sonnette d’alarme pour les poupons et les jeunes enfants en milieu de garde. 

  • Écoutez Paul-André Gallant, président de l’Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec sur QUB radio

Selon eux, le port du masque est un véritable «frein» à l’interaction, à la communication et, ainsi, au développement général de l’enfant, alors que la période la plus importante pour l’apprentissage du langage est entre 0 et 3 ans et qu’il se poursuit jusqu’à l’âge de 5 ans.

Un document cosigné par trois pédiatres et envoyé au directeur national de santé publique, Horacio Arruda, en juin, indique qu’il s’agit d’un «sujet grave, dont il faut urgemment tenir compte».

Ces derniers sont d’ailleurs catégoriques et vont même jusqu’à s’opposer au port du masque en garderie. À ce jour, les cosignataires n’ont reçu aucun retour du Dr Arruda.

Répercussions à long terme

Les spécialistes affirment que plus le port du masque en milieu de garde sera prolongé, plus les retards d’apprentissage seront importants chez les «bébés Covid», dont :      

  • Les sons et la parole : certains sons (exemple : ba, bi, va, vi) ne sont pas véhiculés adéquatement en raison de la barrière du masque. Un enfant en développement qui ne les entend pas peut accuser des retards à ce niveau.       
  • La lecture labiale : les tout-petits se fient à la lecture labiale vers l’âge de 6 mois. Il s’agit d’un élément important dans le développement du langage. L’enfant apprend notamment en imitant les mouvements de la bouche de l’adulte.       
  • L’expression faciale : en ayant uniquement le regard comme repère, des expressions (mécontentement et dégoût, par exemple) peuvent être confondues, ce qui amène une «insécurité» chez l’enfant.            

«On en a pour plus d’un an encore dans ce mode de vie, donc les enfants qui apprennent à parler pendant cette année-là, on va avoir des difficultés tôt ou tard et il n’y aura pas plus d’orthophonistes à leur entrée scolaire dans trois ou quatre ans», prévient la pédiatre Marie-Claude Roy.

«Ce problème ne se retrouve pas dans des colonnes de chiffres de décès, de cas de Covid et d’hospitalisations, ça frappe moins l’imaginaire puisque c’est sur le long terme, mais ça va nous rattraper au virage. [...] C’est un mal plus sournois qui demeure néanmoins très troublant», poursuit-elle.

Dans leur document, les pédiatres estiment que le port du masque en garderie pourrait nuire aux aptitudes à communiquer des enfants. 

«À long terme, le masque pourrait expliquer pourquoi des enfants communiquent moins, pourquoi des enfants sont moins empathiques quand ils communiquent et pourquoi leur processus de pensée n’a pas été suffisamment enrichi par la communication», peut-on lire. 

Privilégier les masques transparents en garderie      

Afin de diminuer les impacts dans le développement des enfants, les spécialistes estiment que le masque à fenêtre transparente devrait être utilisé par tous les intervenants en milieux de garde, qu’ils soient privés ou publics.

La semaine dernière, le ministère de la Famille a octroyé 50 M$ pour aider les services de garde subventionnés à mettre en place des mesures sanitaires, dans le but de limiter la propagation de la COVID-19.

Le ministère confirme au Journal que ces sommes pourront être utilisées pour l’achat de masques à fenêtre transparente.

La marche à suivre pour obtenir ces masques sera transmise aux services de garde la semaine prochaine, affirme-t-on.

Toutefois, selon des pédiatres, le port du masque à fenêtre devrait être privilégié dans toutes les garderies, qu’elles soient privées ou publiques.

Tous les enfants

«Les cordons de la bourse se sont tellement déliés pour toutes sortes de choses dans les derniers mois, et ça, ça ne devrait pas être une idée, mais une obligation [pour tous les enfants]», insiste la pédiatre Marie-Claude Roy.

«Oui, c’est coûteux, mais je pense qu’on ne peut pas se permettre de ne pas les avoir», poursuit-elle.

À l’heure actuelle, un seul masque de procédure à fenêtre transparente est approuvé par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) et le ministère de la Famille. Il s’agit d’un modèle à usage unique, obligatoire en milieu de garde. Il est fabriqué aux États-Unis par l’entreprise Clearmask, mais est en rupture de stock. Il ne sera disponible que dans «quelques semaines», affirme l’entreprise. Il se vend également à fort prix, soit 87 $ US pour 24 masques.

Bientôt fabriqués chez nous

Chez nous, la compagnie québécoise Prémont, située à Louiseville, est sur le point de lancer sa production de masques à fenêtre transparente. Une première au Québec.

«Si tout va bien, nous serons en mesure d’en fournir d’ici un mois», précise le copropriétaire de l’entreprise, Luc Girard. Ces nouveaux masques se détailleront à près de deux dollars l’unité.

Sensibilisé aux masques à fenêtre en raison de sa fillette atteinte de surdité, M. Girard admet que la demande est présentement «très forte» au Québec.

Un résumé pertinent de la journée,
chaque soir, grâce aux diverses
sources du Groupe Québecor Média.