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Parlez-vous non-binaire?

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« Lea spectateurice était jalouxe des mignonx musicienxe. Ellui était heureureuse avec Paman et toustes ses fratoeurs ».

Vous vous demandez ce que je baragouine ? Hé bien, « Madamieur », je parle et j’écris non-binaire !

Oui, oui, c’est comme ça que parlent et écrivent les personnes qui veulent être « plus inclusives ».

BIG BROTHER

Chaque mois, chaque semaine, chaque jour, il se passe quelque chose dans l’actualité qui me fait penser à 1984, de George Orwell.

Dans son roman d’anticipation publié en 1949, Orwell imagine un monde de surveillance, ou « Big Brother vous regarde » et où on parle une anti-langue, appelée « novlangue » ou « néo-parler ». J’ai pensé à Orwell quand le jeune et brillant universitaire Philippe Lorange a attiré mon attention sur FéminÉtudes, une « revue étudiante, féministe et multidisciplinaire », soutenue par l’Institut de Recherches en Études Féministes (IREF) de l’Université du Québec à Montréal.

Dans leur numéro hors-série de septembre 2020, on trouve un guide tout ce qu’il y a de plus sérieux, pour incorporer l’écriture inclusive dans notre vie de tous les jours. Vous allez voir, c’est facile comme tout.

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La langue française est trop binaire (homme/femme). Alors il faut remplacer les terminaisons sexuées (associées aux hommes et aux femmes) par des terminaisons non binaires.

Ça donne donc : « Auteurice, spectateurice, nouvelleaux, belleau, heureureuse, surprisse, surprixe, jalouxe, jalousse, juteuxe, juteusse, maitrexe, musicienxe ».

Dans ce numéro surréaliste et hallucinant on peut lire : « Une autre possibilité que propose l’écriture neutre et inclusive est de simplement mettre un ‘‘x’’ à la place où traditionnellement vous auriez inscrit une terminaison genrée (fatiguéx) ».

Ne dites plus « content/contente », dites « contentx ». Ne faites plus l’erreur de dire ou écrire « mignon/mignonne », c’est tellement peu inclusif ! Dites et écrivez plutôt « mignonx ».

La revue FéminÉtudes veut nous faciliter la vie. C’est pourquoi on nous dit : « Vous pouvez aussi doubler les terminaisons : maîtretresse, contentente ».

Et arrêtez tout de suite vos vieux réflexes réactionnaires de « premier/première », c’est tellement 2019. En 2020, on dit « premierère ». Je vous avais dit que c’était tout simple !

Vous vous demandez sûrement si dans ce monde de Novlangue, on a encore le droit de dire Monsieur Madame. Sachez que ces formulations « se basent sur des présupposés sexués et binaires des corps ». Il faut donc, selon la revue FéminÉtudes, tous simplement les oublier.

Au lieu de Papa et Maman, on recommande « paman ». Au lieu de « celles » et « ceux », on a l’embarras du choix : « cielles, ciels, cilles, celleux, ceulles, celleux ». Et soyons donc plus inclusifs, en remplaçant « frères et sœurs » par « fratoeurs, froeur, adelphie ou fatrie ».

On oublie « le » et « la », trop genré. Et on les remplace par « lea » ou « lia ».

« SURPRIXE, SURPRIXE »

Orwell avait tout prévu. Mais même dans ses plus grands délires, je ne pense pas qu’il aurait pu imaginer un monde où pour se sentir « inclusif » on aurait recommandé dans une publication universitaire de formuler des phrases comme « Lea maîtrexe était contentx ».

J’avoue que quand j’ai lu cette revue, j’ai été plutôt « surprixe » !