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Québec refuse de payer un traitement à 50 $ la séance

La travailleuse de la santé victime du virus depuis avril veut retourner au boulot

Annick Hupperretz travailleuse de la santé atteinte de la forme longue de la COVID
Photo Ben Pelosse Annick Hupperetz, une travailleuse de la santé de 56 ans, est atteinte de la forme longue de la COVID-19 depuis le mois d’avril. Elle souhaite se remettre sur pied le plus rapidement possible afin de retourner aider ses collègues dans un hôpital.

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Un ange gardien atteint de la forme longue de la COVID-19 souhaitant retourner rapidement au travail doit se battre avec les autorités pour se faire rembourser un traitement prometteur qui accélère sa guérison.  

« Je suis une travailleuse du réseau de la santé, j’ai attrapé la COVID au travail. Les traitements en kinésiologie sont les seuls qui vont me permettre de retourner aider mes patients », lance Annick Hupperetz, le souffle court. 

Celle-ci préfère taire le titre de sa fonction « pour protéger son employeur très compréhensif », dit-elle.

La résidente de Sainte-Thérèse, sur la Rive-Nord, a contracté le virus en avril. Après deux semaines de convalescence et un test négatif, elle est retournée au boulot.

Mais les symptômes n’ont vraiment jamais cessé depuis. 

Fatiguée, essoufflée et constamment malade, Mme Hupperetz a finalement été placée en arrêt de travail en juillet. 

« On est en pleine deuxième vague, j’ai besoin de retourner au travail », poursuit la femme de 56 ans, entre deux quintes de toux.

Après une batterie de tests, son cardiologue et son pneumologue ont conclu qu’elle est atteinte de la forme longue de la COVID-19, assure-t-elle.

Le seul traitement possible pour accélérer sa guérison, selon des experts consultés par Le Journal, serait le reconditionnement cardiorespiratoire en kinésiologie. 

« Illogique »

Malgré ses demandes répétées et celles de sa kinésiologue, la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) refuse de rembourser les traitements au coût de 50 $ par séance. 

Mme Hupperetz juge cette décision « illogique ».

« La CNESST paie mon salaire, mais refuse de payer pour mes traitements pour que je retourne travailler plus rapidement. C’est à n’y rien comprendre », déplore-t-elle. 

La forme longue de la COVID-19 est « peu connue et traitée avec mépris », prévient le Dr Paul Poirier, cardiologue et chercheur à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec.

« Si c’est un traitement prescrit et qui démontre son efficacité, ça devrait être remboursé, un point c’est tout », lâche-t-il.

« J’ai de la toux résiduelle, de la fatigue, des essoufflements, de la tachycardie, des douleurs thoraciques, un problème avec mon rein droit, détaille Mme Hupperetz. Mes cheveux tombent par poignée. Si ça continue, je n’aurai plus de cheveux. »

Cas complexe

Il y a un mois, à l’Institut de cardiologie de Montréal, on lui a prescrit quatre séances par semaine d’entraînement « de 30 minutes sur des appareils d’exercices spécialisés », précise Marie-Andrée Dion Filteau, kinésiologue et propriétaire de la clinique Système Santé.

« Le cas d’Annick est très complexe, explique-t-elle. Les tests démontrent qu’elle n’a pas de limitation cardiaque, mais lorsqu’on la met à l’effort, on constate des symptômes anormaux. Lors du premier traitement, elle était très étourdie et a vomi. Elle n’a même pas marché un demi-kilomètre. »

Après une dizaine de séances, elle voit une nette amélioration de sa capacité cardio-respiratoire.  

QU’EST-CE QUE LA KINÉSIOLOGIE ?

Cette discipline utilise l’activité physique pour le traitement de problèmes de santé. Les patients doivent suivre une série d’exercices supervisés et ciblés. 

Le kinésiologue peut autant traiter les muscles d’un bassin déplacé après une chute en ski que rétablir les fonctions cardiovasculaires d’une personne après un infarctus.

Source : Fédération des kinésiologues du Québec

Une approche prometteuse est écartée par l’État  

Les traitements de kinésiologie sont si prometteurs pour guérir les personnes atteintes de la forme longue de la COVID-19 qu’ils devront être privilégiés dans un Québec post-pandémie, selon des experts consultés. 

« Si on se base sur l’expérience du SRAS, on sait que les formes longues ont été terribles au point de vue de l’invalidité. On doit se préparer à ce que des centaines et des centaines de cas de COVID engorgent le système », prévient Martin Juneau, cardiologue et directeur de la prévention à l’Institut de cardiologie de Montréal.

Amélioration

Il s’agirait même du « meilleur traitement pour accélérer le retour au travail des personnes qui présentent des séquelles de la COVID-19 à long terme », selon Pierre Boulay, professeur en sciences de l’activité physique de l’Université de Sherbrooke. 

Après neuf séances de reconditionnement cardiorespiratoire en kinésiologie, Annick Hupperetz, une travailleuse de la santé qui présente des symptômes du virus depuis cinq mois, voit déjà une amélioration.

L’essoufflement et la tachycardie ont diminué, a observé sa kinésiologue, Marie-Andrée Dion Filteau. 

Mais ni la Régie de l’assurance maladie du Québec ni la CNESST ne remboursent ces soins.

Remboursé ailleurs

« Le Québec est un des seuls endroits en Occident qui ne paie pas pour la réadaptation cardiaque, explique le Dr Juneau, qui se bat pour cette cause depuis 35 ans. [...] Même aux États-Unis, c’est payé. »

Son rapport sur le sujet, commandé par le ministère de la Santé, traîne sur une tablette... depuis 2009.

Ces traitements répandus depuis les années 1980 font leurs preuves chez les personnes avec des séquelles cardiovasculaires, selon le cardiologue. 

« Ça diminue le nombre d’hospitalisations et accélère le retour au travail. »  

La réadaptation cardiaque en kinésiologie pourrait ainsi réduire le fardeau financier des employeurs et du système de santé post-COVID. 

« Un pontage coûte 20 000 $ à l’État. Un programme comme ça coûte 700 $ ou 800 $. Quand on décide d’investir des centaines de millions en cardiologie, la moindre des choses est de s’assurer qu’il y ait un suivi », argue le Dr Juneau.