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Au secours, membres de Star Académie

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Ce jour-là, j’ai mangé toute une volée de maman parce que j’avais perdu ma chaînette dorée et la petite croix que j’avais au cou depuis toujours.

J’avais menti à maman. Je ne l’avais pas perdue, mais enveloppée dans du papier de soie et déposée dans une boîte de métal vide de cigarettes Player’s avec une photo de moi, prise dans un automaton. À l’endos, j’avais écrit : « À Constance, mon amour ». J’avais ensuite enterré la boîte sur le terrain du couvent Maplewood, prenant soin de la recouvrir de terre et de marquer l’endroit d’une pierre plate.

Je n’avais toujours vu Constance que furtivement, mais je savais que nous étions en amour. À chaque dimanche que je servais la messe au couvent, nous nous lancions un regard complice quand je posais la patène sous son menton pour qu’elle reçoive l’eucharistie. Elle souriait, puis fermait pieusement les yeux.

Le samedi, je montais à pied la côte de la rue Clark pour aller voir les filles du couvent qui jouaient au pas-de-géant. Constance y était toujours comme si elle pressentait ma venue. Elle lâchait aussitôt le pas-de-géant et s’approchait de la clôture pour me regarder tendrement.

Le dernier dimanche avant les vacances d’été, au moment de la communion, elle réussit à glisser un petit papier dans la poche béante de ma soutane. C’était son adresse à Saint-Jean-d’Iberville. 

MON PREMIER VOL

Comme je serais pensionnaire en septembre et que je ne pourrais la revoir de sitôt, je lui écrivis pour lui dire que j’avais laissé une boîte à son intention dans la cour du couvent Maplewood. Je lui demandais de la déterrer à la rentrée, de prendre son contenu et d’y mettre ensuite une photo d’elle. Elle n’avait qu’à enterrer la boîte de nouveau au même endroit. Ayant dépensé mes quatre allocations hebdomadaires pour l’automaton, il ne me restait rien pour acheter des timbres.

Je me rendis à la Southern Canada Power de Waterloo, où papa travaillait comme comptable. Pendant qu’il s’occupait d’un client, je chipai tout un feuillet de timbres de 3 cents dans le tiroir de son pupitre. J’en inclus une douzaine dans l’enveloppe à Constance en lui écrivant qu’elle n’avait pas à me remercier, puisque j’avais les timbres pour rien au bureau de mon père. 

UNE AUTRE BONNE VOLÉE

Un soir, papa revint du bureau en fulminant. Il dénoua la ceinture de son pantalon et m’en roua de coups jusqu’à ce que je m’enfuisse dans ma chambre. Enragé, il dit à maman que j’avais volé des timbres à son bureau pour écrire à la fille de Jos Pagé, qui était vice-président de la Southern Canada Power. « Des plans pour que je perde ma job ! » 

Monsieur Pagé a-t-il remis ma lettre à sa fille ? Je le saurai seulement, chers membres de Star Académie, si vous venez à mon secours. Profitez de votre séjour au Manoir Maplewood pour déterrer ma fameuse boîte. Si la photo de Constance y est, c’est qu’elle a eu ma lettre. Faites-moi parvenir sa photo à frais virés. S’il n’y a que ma chaînette et ma photo, disposez-en à votre guise. L’endroit se trouve à 84 pas du pilier gauche du portail d’entrée et à 66 pas du rocher où s’élevait une statue de la vierge. Valérie Arsenault, propriétaire du manoir, vous aidera sûrement. L’endroit est marqué d’une pierre plate.