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Le français par opportunisme?

Conf presse Mélanie Joly Pierre Fitzgibbon
Photo d’archives, Chantal Poirier Mélanie Joly

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Qu’une députée libérale fédérale montréalaise nie le déclin du français dans la métropole ne devrait étonner personne.

Historiquement, la grande famille libérale a toujours eu beaucoup de difficulté à admettre la fragilité du français au Québec. 

Ce serait, à ses yeux, donner des arguments aux indépendantistes. 

Mais les faits sont têtus. Ceux qui les ignorent, comme la députée de Saint-Laurent, Emmanuella Lambropoulos, doivent être placés dans la colonne des idéologues.

Il est statistiquement vérifiable que le français recule partout au pays, y compris à Montréal. 

Il faut être de mauvaise foi ou mal informé pour ne pas le reconnaître. 

La réalité, c’est que l’idée que tout va très bien, madame la marquise, est répandue dans les cercles libéraux. 

Ce n’est pas pour rien que l’électorat francophone québécois représente un défi pour le PLC.

Je dis francophones du Québec, parce que ceux à l’extérieur de la province votent massivement pour ce parti qui défend le bilinguisme d’abord, et la langue française ensuite.

Conversion 

Des députés libéraux ont été prompts à rabrouer leur collègue Lambropoulos.

« Il va de soi qu’on reconnaît que le français fait face à un recul à Montréal, au Québec et au pays. Les études le démontrent. Ce sont des faits et c’est pour cela que nous allons agir », a réagi la ministre des Langues officielles, Mélanie Joly, hier, à la Chambre des communes.

C’est que le PLC opère un changement de cap récemment.

Dans le discours du trône, le gouvernement Trudeau a reconnu que « la situation du français est particulière ».

« Le gouvernement a donc la responsabilité de protéger et de promouvoir le français non seulement à l’extérieur du Québec, mais également au Québec », lit-on.

En somme, Ottawa admet que l’anglais et le français ne sont pas sur un pied d’égalité. 

Résistance

On ne sait pas encore, concrètement, comment le fédéral compte intervenir au Québec pour promouvoir le français.

Pourrait-il, par exemple, favoriser l’imposition de la Charte de la langue française aux entreprises de compétence fédérale qui opèrent dans la province ? 

C’est le souhait de Québec, du Parti conservateur, du Bloc québécois et du NPD. Bref, de beaucoup de monde. 

On saura bientôt quel prix politique les libéraux sont prêts à payer pour la vertu toute neuve qu’ils se découvrent en matière de protection du français. 

Leur virage rencontre de la résistance dans le Canada anglais, où l’idée que le français soit la seule langue officielle du Québec donne de l’urticaire.  

Et pourtant, il ne faut pas se faire d’illusion ; Montréal est la seule ville d’importance réellement bilingue au pays. 

J’habite Ottawa, ville officiellement bilingue en vertu de ses statuts. Environ 17 % de ses citoyens ont le français comme langue maternelle. De l’autre côté de la rivière des Outaouais vivent des centaines de milliers de Québécois francophones. 

Vivre chez moi dans ma langue est impossible, contrairement à l’anglophone de Montréal, qui sera certes limité dans ses choix de carrière, mais qui pourra fonctionner dans son quotidien. 

Le PLC reconnaît-il le statut particulier du français au Québec par simple intérêt politique ? 

Il faudra voir à l’usage, car les libéraux ont encore tout à prouver.