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Le juge aux quatre coins du monde

Benoit Roussel
Photo courtoisie Le juge de boxe québécois Benoît Roussel n’a pas été embêté samedi, alors que Terence Crawford a passé le K.-O. à Kell Brook au quatrième round.

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J’ai attrapé Benoît Roussel à l’aéroport de Toronto. Il était 18 heures hier et il attendait son vol pour Ottawa, où il devait reprendre son travail de fonctionnaire aux Richesses naturelles.

Il avait quitté sa chambre d’hôtel à 5 heures et demie du matin, heure de Vegas, pour se rendre à l’aéroport.

Mais Benoît Roussel ne se plaint surtout pas. Il tripe. D’ailleurs, samedi soir, il avait le meilleur siège pour le combat opposant Terence Crawford à Kell Brook. Il était un des trois juges.

Si vous le prenez encore en pitié, il y a 11 mois, il était en Arabie saoudite pour être juge au super combat entre Anthony Joshua et Andy Ruiz jr. Il venait de passer quatre jours à Tokyo pour le congrès de la WBO et avait filé vers l’Arabie saoudite après un arrêt à Dubaï pour juger le combat.

« C’est le British Boxing Board, le célèbre BBB qui règne sur la boxe anglaise, qui m’avait demandé de me rendre en Arabie pour le combat », raconte Benoît Roussel.

TRIÉ SUR LE VOLET

À Las Vegas, pour un combat de championnat du monde impliquant un Américain et un Britannique, la commission de Las Vegas a proposé aux deux clans trois ou quatre noms d’arbitre. Et sans doute six ou sept noms de juge.

« J’avais déjà jugé deux combats de Kell Brook en Angleterre. Celui contre Gennady Golovkin et celui contre Kevin Bizier. Sans doute qu’en voyant mon nom, ils se sont rappelé de quelle façon je travaillais. Je me suis retrouvé sur la chaise », de dire Roussel.

« J’ai encore le trac quand je me rends à ma place. Dès le son de la cloche et après deux ou trois coups, je rentre dans le combat et je demeure parfaitement concentré pendant trois minutes. Je juge selon des critères établis. Mais chaque juge a sa façon de voir un combat. Dans un round, je tends à favoriser le boxeur qui a donné les coups les plus durs, les coups qui ont pu faire mal à l’adversaire. Si un boxeur donne 10 jabs et que l’autre assène deux crochets du droit qui ébranlent, je vais donner le round à celui qui a donné les crochets », de dire Roussel.

ANCIEN MILITAIRE

Benoît Roussel est un ancien militaire. Il était déployé en Croatie en 2002 quand il a dû sauter d’une trentaine de pieds de hauteur pour évacuer l’hôtel Ambassador en flammes. Il s’est fracturé deux vertèbres et a dû réorienter sa carrière dans la fonction publique. 

C’est quelques mois plus tard que Pasquale Procopio, qui le connaissait de ses années de boxe amateur comme boxeur (21 combats) et comme juge, l’a encouragé à faire des démarches pour devenir juge à la boxe professionnelle.

« Je me rappelle que l’on m’a testé lors d’un gala au Casino mettant en vedette Patrice L’Heureux en novembre 2004. » 

Roussel a progressé au point d’établir sa réputation sur la scène internationale.

« J’aime déterminer le bon gagnant. J’aime aussi le thrill de me promener partout dans le monde et de juger les combats les plus importants. J’aime également être considéré comme un juge fiable par mes pairs à Londres, New York, Vegas ou en Arabie. C’est un grand feeling de réaliser que mes cartes reflètent ce qui s’est passé dans un combat », dit-il.

JEAN PASCAL... LE VOLEUR DE ROUNDS

C’est trop souvent le cas. Pas d’espace pour tout raconter. Comme d’expliquer pourquoi les journalistes ont tellement de difficultés à scorer correctement un combat.

« Parce que les journalistes ne sont pas concentrés pendant trois minutes. Ils parlent, ils écrivent, ils consultent leur écran. Pas les juges », dit-il.

Et c’est vrai que certains boxeurs, dont Jean Pascal, sont des experts pour voler un round ?

« Dans le cas de Jean Pascal, sans doute que sa réputation est méritée », répond-il amusé.

 Et comment était le confinement à Las Vegas ?

« Sévère. Très sévère. »

Autant qu’à Shawinigan sans doute. Benoît Roussel y était ce soir-là...