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Repêchage de la NBA: le Québécois Karim Mané sera-t-il sélectionné sans être passé par la NCAA?

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Photo courtoisie, Collège Vanier Après avoir brillé dans l’uniforme des Cheetahs de Vanier, Karim Mané s’est rendu admissible au repêchage de la NBA, qui aura lieu mercredi soir.

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Karim Mané pourrait écrire une page du basketball québécois, mercredi soir, en devenant le premier joueur à faire le saut dans la NBA directement du Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ), sans avoir emprunté la route habituelle de la NCAA.

Le meneur de jeu de 6 pi 5 po et 195 livres des Cheetahs de Vanier a obtenu une entrevue virtuelle avec 24 des 30 équipes de la NBA. Les Raptors de Toronto sont du nombre. 

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Il y a deux semaines, à l’UQAM, Mané a pris part au camp d’évaluation de la NBA qui regroupait les meilleurs espoirs en prévision du repêchage, qui se déroulera mercredi soir à compter de 19h et qui se tenait dans plusieurs villes d’Amérique du Nord, pandémie oblige. Le repêchage ne compte que deux rondes.

«Je n’ai aucune idée si Karim va être repêché parce que les équipes ne communiquent pas leurs intentions et il n’a pas obtenu la même visibilité que les meilleurs espoirs qui jouent dans la NCAA, mais il va jouer dans la NBA, a déclaré l’entraîneur-chef des Cheetahs, Andrew Hertzog. Il possède toutes les qualités nécessaires. Il est très grand pour un joueur de sa position avec une envergure de sept pieds. Il est très explosif et athlétique et affiche une éthique de travail impeccable. 

«Il ne sera pas un joueur étoile à sa première saison dans la NBA, d’ajouter Hertzog. Il va avoir besoin d’un peu de temps, mais ce n’est pas un projet à long terme. En 42 ans à Vanier, je n’ai jamais vu un joueur avec un arc de développement comme le sien. Son amélioration n’est pas croyable. Il joue au basketball organisé depuis l’âge de 15 ou 16 ans seulement après avoir longtemps pratiqué le soccer.»

Phénomène épié

Si l’agent a pris la relève depuis que le garde de 20 ans a confirmé sa décision de demeurer admissible au repêchage en juillet après avoir fait part de ses intentions en avril, Hertzog a été très occupé dans les mois précédents.

«On a l’habitude d’avoir des recruteurs de la NCAA et de la NBA à Vanier, mais ce fut à un autre niveau cette année, résume-t-il. Un total de 50 équipes de la Division 1 ont assisté à une de nos pratiques. Lors de notre premier match disputé dans un des plus gros tournois aux États-Unis au Connecticut en novembre, où nous étions la première équipe canadienne invitée, 16 formations de la NBA étaient sur place. Quatre équipes étaient aussi présentes à Montréal quelques semaines plus tard pour un match contre Brébeuf. Quant à la NCAA, Karim a reçu 12 offres d’équipes de Division 1. Le record à Vanier était de 10.»

Comportement exemplaire

Le téléphone de Hertzog n’a pas dérougi.

«Les équipes ont fait leurs devoirs et plusieurs voulaient obtenir des informations sur son tempérament, a raconté l’expérimenté pilote. Je leur ai assuré qu’elles n’auront jamais de problèmes de comportement avec Karim. C’est un bon coéquipier qui n’a pas une grosse tête.»

Mané vise la NBA depuis ses débuts avec les Cheetahs.

«C’est son objectif depuis le jour 1, a résumé Hertzog. Comme je dis à tous les joueurs qui me parlent de la NCAA, je leur demande ce qu’ils sont prêts à faire pour atteindre leur objectif. Ils me répondent tous qu’ils feront tout ce qui leur est possible de faire et je leur réponds qu’on verra.»

Jeu défensif à polir

«Si seulement deux ou trois joueurs sur 10 font le travail nécessaire même s’ils ont le talent, Karim a beaucoup excédé le travail requis. Il est toujours dans le gym et il n’est jamais satisfait de son jeu. Après un tournoi à Kansas City où il a surclassé plusieurs des meilleurs espoirs, la réalité d’atteindre son objectif est devenue très sérieuse. Sa performance au Championnat mondial U-19 en Grèce en 2019 et un camp en Arizona l’été dernier avec des joueurs de la NBA lui ont donné beaucoup de confiance. Ce fut une décision bien réfléchie d’embarquer dans le repêchage. C’est un gars intelligent et il a fait ses recherches.»

Hertzog identifie un aspect que l’ancien membre de l’équipe nationale U-19 devra améliorer.

«Son jeu défensif est l’aspect qu’il doit améliorer en premier. Il doit prendre du poids, ce qu’il a déjà commencé à faire. Il doit aussi prendre de l’expérience parce qu’il n’a pas affronté le même niveau de compétition que les joueurs de la NCAA.»

Une discipline de fer dans le but d’atteindre son objectif    

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Photo courtoisie, Collège Vanier

Il n’y a rien qui arrête Karim Mané dans son désir d’atteindre la NBA.

En plus de ses entraînements avec les Cheetahs de Vanier, le garde 6 pi 5 po s’entraîne sous la supervision de Damien Buckley depuis près de deux ans. Les deux foulent les parquets de différents gymnases de la région de Montréal à raison de cinq à six fois par semaine pour des sessions de 90 minutes qui s’amorcent régulièrement à 22h ou même à minuit les week-ends.

La semaine, Buckley se lève à 5h et va cueillir Mané à Saint-Hubert entre 6h et 7h, et les deux filent à l’Université Concordia avant que le gymnase ne se remplisse à 10h.

«J’ai coaché plusieurs joueurs, j’en connais plusieurs, et je n’ai jamais vu un athlète avec une éthique de travail vraiment, vraiment forte comme celle de Karim dans l’espoir d’atteindre son but, affirme Buckley, qui a porté les couleurs de l’équipe nationale de développement et fut un garde étoile avec les Stingers de Concordia. Son dévouement m’a convaincu de faire des sacrifices sur le plan familial et de ma compagnie afin de m’assurer qu’il soit prêt pour la NBA.»

Travailleur acharné

Buckley fait partager une anecdote qui illustre le grand désir de Mané.

«Après la victoire de Vanier au championnat provincial cette année, il m’a appelé en soirée pour vérifier s’il y avait un gym d’ouvert parce qu’il voulait lancer. Je lui ai dit qu’il avait disputé un bon match et de profiter du moment et d’aller célébrer avec ses coéquipiers ce deuxième titre provincial consécutif. Il m’a répondu qu’il avait raté deux lancers francs et qu’il aurait pu mieux jouer.»

«On s’est retrouvés au gymnase Loyola à minuit. Il est dévoué et il a besoin d’un gars comme moi pour l’aider à le pousser. Sans l’appui de ma femme, qui veille sur nos cinq enfants [15, 11, 7 et 5 ans ainsi que 7 mois] pendant mes absences, je ne pourrais pas faire ça. Si ma femme disait que c’était trop, je n’aurais pas le choix de diminuer, mais elle est très compréhensive.»

Tirs de trois points

Selon Buckley, la capacité de Mané à conserver un bon pourcentage sur les tirs de trois points est le principal point d’interrogation des équipes de la NBA.

«La grandeur, les aspects physiques et athlétiques, il n’y a pas de doutes, mais peut-il marquer de la ligne de trois points au niveau le plus élevé? C’est la question des recruteurs. On travaille cet aspect tous les jours et il s’est vraiment amélioré. Au camp d’évaluation de la NBA, il y a deux semaines, il y a eu une grosse amélioration dans son pourcentage de réussite de la ligne de trois points. Sa performance lui a permis de grimper au 46e rang (ce choix appartient à Portland) dans le “mock draft” de NBADraft.net, une augmentation de 17 rangs. Quant aux simulations d’ESPN et de CBS, il n’en fait pas partie parce qu’il n’est pas connu.» 

«Je pense vraiment que Karim peut être un partant dans le futur, de poursuivre Buckley. C’est facile pour lui, la défensive dans le RSEQ, et c’est un aspect qui sera très important pour lui à ses débuts dans la NBA. Il doit être actif en défensive. Il a une gande portée, ce qui représente un avantage pour surveiller des joueurs à sa position qui sont plus petits.»