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Long chemin vers la laïcité de l’État

Le Québec a déserté l’Église dès 1965, rappelle un expert

le témoignage du sociologue Jacques Beauchemin, au procès sur la loi de la laïcité, au 17e étage du palais de justice de Montréal.
Photo Ben Pelosse Le professeur Jacques Beauchemin, reconnu comme un expert, a témoigné au procès concernant la Loi sur la laïcité de l’État, mardi, au palais de justice de Montréal.

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La Loi sur la laïcité de l’État est « l’aboutissement » du parcours historique du Québec, qui a évolué vers une neutralité religieuse depuis la Révolution tranquille, a estimé un professeur en sociologie au procès entourant la loi.

« Le Québec est devenu en 1965 une société qui a déserté l’Église et la religion. [...] Le processus de laïcisation des institutions et de l’école en particulier prend ses racines dans cette dynamique-là », a indiqué Jacques Beauchemin, professeur à l’Université du Québec à Montréal. 

Reconnu comme expert en sociologie du Québec et en éthique sociale, il a témoigné mardi au palais de justice de Montréal, où la loi sur la laïcité est contestée par plusieurs regroupements.

Dans un rapport commandé par le Mouvement laïque québécois, M. Beauchemin, qui a occupé un poste de sous-ministre à la politique linguistique de 2012 à 2014, a aussi expliqué que l’effet du port d’un signe religieux peut « porter atteinte à la neutralité ». 

Brimer un espace neutre

« L’effet d’un signe est d’injecter des convictions religieuses ou idéologiques dans un espace neutre. Se crée alors de l’interférence entre lui et son entourage professionnel puisque tous ne sont pas en accord avec le système de croyances (religieux ou non) mis de l’avant », a-t-il écrit. 

Il a notamment cité un père montréalais, Djaafar Bouchilaoun, qui aurait souhaité que son enfant puisse être retiré de la classe d’une enseignante portant le voile. 

Selon M. Beauchemin, un signe religieux apparent est « porteur d’un discours très fort », qui « porte un coup fatal à son apparence d’objectivité, de neutralité et d’impartialité ». 

« On ne peut pas demander à un jeune esprit de faire ces distinctions [face à des convictions religieuses] », a-t-il affirmé.

Des explications du professeur Beauchemin ont parfois semblé laisser perplexe le juge Marc-André Blanchard, qui a multiplié les questions afin d’obtenir des précisions, et qui s’est même montré critique par moments. 

« Ce que vous me dites, M. Beauchemin, la question c’est comment le signe est reçu. Donc on est dans l’ère de la pure subjectivité. C’est ça ? », a demandé le magistrat.

« Non, parce que la réception du signe est socialement construite. Ce n’est pas moi qui décide, quand je vois tel signe, que je pense que c’est un signe ou [que] c’en est pas un. La grande majorité des gens sont capables de reconnaître un signe religieux », a rétorqué le professeur. 


Le contre-interrogatoire du professeur Jacques Beauchemin se poursuit mercredi.