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Un peuple qui assiste à ses funérailles

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Le Journal de Montréal documente ces jours-ci l’effarant déclin du français dans la région métropolitaine.

Des commerces où il est impossible de se faire servir en français.

Des commerces où l’on vous traite comme un emmerdeur si vous l’exigez.

Des employés qui disent craindre la réaction courroucée des clients s’ils les accueillent en français !

Si même Justin Trudeau admet le problème...

Faussetés

Pour nier ou relativiser ce recul, on nous sert souvent trois faussetés.

La première fausseté est de dire que le pire ennemi du français est le fait que les Québécois le parlent mal. 

Certes, le Québécois moyen a un vocabulaire limité, articule peu, mange ses mots, dira « la raison pourquoi » au lieu de « la raison pour laquelle ».

Si on voyage un peu, on découvre cependant que le citoyen « moyen » tend à martyriser sa langue dans tous les pays.

Cet argument culpabilisant est une façon commode de nier les enjeux politiques de la question linguistique : immigration massive, statut provincial, financement public disproportionné du réseau éducatif anglophone.

La deuxième fausseté est de rabâcher le sempiternel : « 94,5 % des allophones et des anglophones sont capables de soutenir une conversation en français ».

D’abord, c’est faux.

Et même si c’était vrai, à quoi bon si les francophones colonisés passent à l’anglais pour être « fins », parce que c’est plus « pratique », ou parce qu’ils ne veulent « pas de chicane » ?

Comme l’explique Frédéric Lacroix, l’important pour mesurer la santé d’une langue sur un territoire, c’est le degré d’intensité de son utilisation.

Or, la meilleure mesure de cette intensité, c’est la langue parlée à la maison. 

Fondamentalement, si l’anglais se porte bien au Québec et si le français recule, c’est parce qu’un trop grand nombre de gens dont la langue maternelle n’est ni le français ni l’anglais basculent vers l’anglais dans leur vie domestique.

Devinez dans quelle langue ils élèveront leurs enfants.

Évidemment, nos choix politiques timides, contradictoires et suicidaires viennent accélérer cela. 

La troisième fausseté est de dire : il est compréhensible qu’un jeune francophone aille étudier à Dawson ou à Concordia pour apprendre une langue anglaise utile (qui prétend le contraire ?) qu’il devrait déjà maîtriser depuis la fin du secondaire.  

Les jeunes francophones qui vont dans les établissements anglophones parlent DÉJÀ anglais.

Ils y vont parce qu’ils savent que les réseaux d’insertion professionnelle anglophones sont plus porteurs d’opportunités.

À Montréal, pour les vrais bons emplois, la non-connaissance du français est peu pénalisante, mais la non-connaissance de l’anglais l’est terriblement.

Or, comme les établissements anglophones et francophones se disputent les mêmes clientèles, ce que les premières gagnent, les secondes le perdent.

Nous finançons le recul du français avec nos propres impôts.

Le financement public des cégeps et universités anglophones devrait être en proportion du poids historique de la communauté anglophone, tout simplement.

« Mesurettes » ?

Le gouvernement Legault prépare une politique linguistique.

Toute politique qui ne remettra pas en cause les volumes actuels d’immigration et le financement des établissements d’éducation supérieure passera à côté de l’essentiel.