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Apprendre le français? Pourquoi?

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Le dossier du Journal sur le service en français à Montréal a provoqué une réaction collective. Plusieurs sont outrés, d’autres découragés. Certains s’en fichent et y voient un radotage du passé.

Ce recul du français a été analysé comme une immense histoire de collec-tivité. Avec raison, puisque la survie de notre langue sur ce continent fait l’objet d’angoisses et de batailles depuis quatre siècles.

Cependant, derrière la réalité collective se cachent des milliers d’histoires individuelles. Qui sont ces jeunes gens, résidents de Montréal depuis un certain temps, qui ne parlent pas un mot de français ?

Excuse nulle

Les propriétaires des commerces fautifs fournissent une curieuse excuse : la pénurie de main-d’œuvre. En raison de cette pénurie, l’employeur se retrouverait forcé de recourir à des personnes qui ne connaissent pas un mot de français. Or, ils ne partent pas les recruter à Chicago ! Ce sont des résidents du Québec... qui ne s’expriment pas en français.

Ne nous racontons pas d’histoires. Bien peu de ces jeunes travailleurs sont issus de la communauté anglophone historique de Montréal. La quasi-totalité est issue de l’immigration. 

La norme n’est-elle pas que tous les nouveaux arrivants devraient soit parler le français, soit entre-prendre des démarches pour l’appren-dre ? On voit bien que la réalité est tout autre.

Imaginons un instant le parcours d’une jeune personne qui est arrivée à Montréal il y a deux ou trois ans. La personne parle sa langue maternelle et une langue seconde, l’anglais. Dans sa perception, elle arrive dans un pays anglophone, le Canada. 

Au mieux, elle a été informée que dans la province du Canada où elle choisit de s’établir, on parle aussi le français. Peut-être pendant un moment, cette personne s’interroge : « Devrais-je apprendre cette langue aussi ? »

No problem !

La personne amorce alors son expérience à Montréal, son expérience au Québec. D’abord, pour meubler son nouveau logis et s’installer, elle fera une tournée de commerces montréalais. En anglais. Tout ira bien. Un repas au resto en anglais. Belle expérience. 

La télé en anglais, la radio en anglais. Une sortie au cinéma ? Naturellement en anglais. D’ailleurs, les salles présentant des films en anglais sont devenues nettement majoritaires à Montréal. 

Pour régulariser tous ses dossiers (assurance maladie, permis de conduire, etc.), notre nouvel arrivant devra communiquer avec les représentants de l’État. Vous vous dites que c’est là que son choc linguistique va se produire...

Pas du tout ! La personne communique avec l’État en anglais, choisit le formulaire en anglais sur internet. Les communications subséquentes se dérouleront an anglais. C’est plus pratique, plus respectueux de la capacité du citoyen. Mais en même temps, quel message ! Il n’existe pas de pire moyen d’institutionnaliser le fait que le français est facultatif.

Le résultat ? Deux ans après son arrivée, cette personne ne parle pas français. Surtout, elle n’a plus de questionnement sur la nécessité de l’apprendre. Travaillante, elle se trouve un emploi dans une boutique du centre-ville.

Aujourd’hui, elle se demande vraiment pourquoi cette journaliste est venue faire du trouble, alors que tout allait bien.