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Faut-il vraiment «sauver Noël»?

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Faut-il vraiment « sauver Noël » ? Nous voilà à la mi-novembre. La question, inévitablement, se pose déjà. Le premier à le faire depuis des semaines est François Legault. 

« Ce ne sera pas un Noël habituel », lance à son tour Justin Trudeau. L’euphémisme de la saison. Le Québec étant lui aussi frappé durement par la deuxième vague de la COVID-19, il est vrai que le contexte se prête fort peu à des festivités.

Les décès dus au virus continuent. Le nombre d’hospitalisations grimpe. Chaque jour apporte son lot de plus ou moins 1000 cas d’infection. La transmission communautaire est partout. Des éclosions éclatent dans des CHSLD, résidences privées pour aînés et ressources intermédiaires. 

Les écoles et les lieux de travail produisent aussi des éclosions. Elles se propagent entre autres dans les familles, immédiates et élargies. Le système de dépistage – et surtout de traçage –, pourtant le « nerf de la guerre » contre le virus, connaît encore des ratés.

Pourquoi décupler les risques ?

Les musées et les restaurants sont fermés, mais les centres commerciaux, tous ouverts, sont des lieux clos où les gens, même masqués, se voient souvent incapables de respecter la distanciation.

L’hiver limitera aussi de beaucoup nos sorties au grand air, là où les dangers de contagion sont nettement plus limités. Bref, faut-il vraiment ajouter au portrait les risques évidents de fêter Noël à deux ou trois ménages dans des lieux clos ? 

À moins d’être des robots, on sait pourtant ce qui se passe. Dans une fête, on ne porte pas le masque. On se rapproche. On prend un verre ou plus. On oublie les consignes sanitaires. On jase, parfois fort. Les gouttelettes contagieuses, s’il y en a, se promènent allègrement. 

On partage les mêmes mets. On partage la ou les mêmes salles de bain. S’il se trouve une seule personne contagieuse, même asymptomatique, selon tous les experts, les rassemblements privés intérieurs sont la recette parfaite pour une propagation du virus. Auprès des proches et au-delà, dans la communauté.

On fête petit

Oui, mais, mais, mais... après neuf mois d’une pandémie qui se prolonge, la morosité et la solitude nous rentrent dedans. Nous sommes nombreux à être arrivés au bout du rouleau. Noël, on se dit, offrirait une belle « pause ».  

C’est tentant. Impossible de le nier. La Dre Cécile Tremblay, microbiologiste-infectiologue au CHUM, offre néanmoins une réponse plus adaptée aux circonstances réelles.

« Le message que j’enverrais à la population, disait-elle hier à RDI, est que cette année, on fête petit. La famille immédiate. Point final. Une adresse, pas deux. Sinon, on va voir une recrudescence spectaculaire [du virus] après la période des Fêtes. »

En attendant le vaccin, « fêter petit », n’est-ce pas, en effet, une manière forte de contribuer activement à diminuer la propagation du virus ? Depuis des mois qu’on nous demande de « réduire nos contacts » au maximum, en pandémie mondiale, pourquoi Noël ferait-il donc exception ?  

Fêter chez soi, pour un Noël seulement de nos vies, ne serait-il pas l’ultime cadeau de solidarité à offrir ? Au lieu de « sauver Noël », sauver des vies.