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La bureaucratite aiguë: maladie grave et dégénérative

La bureaucratite aiguë est un mal grave, chronique et dégénératif capable de handicaper la livraison même des services publics aux citoyens.
Photo d'archives, Agence QMI La bureaucratite aiguë est un mal grave, chronique et dégénératif capable de handicaper la livraison même des services publics aux citoyens.

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Alain Peyrefitte l’appelait «Le Mal français» – avec un «M» majuscule.

D’autres, moins portés sur la sociologie, y réfèrent tout simplement comme «la maison qui rend fou» des Douze travaux d’Astérix

Je parle bien évidemment de l’excès extrême et paralysant de bureaucratie dont souffrent souvent les ministères lorsqu’ils sont trop gros et/ou trop centralisés.

Je vous parle donc de la bureaucratite aiguë, cette maladie qui nous ronge aussi au Québec – tous gouvernements confondus. 

En termes de gouvernance, c’est un mal grave, chronique et dégénératif qui, on le voit bien, peut handicaper la livraison même des services publics aux citoyens. Tout particulièrement, ici, à l’Éducation et à la Santé.

Comme analyste politique, j’ai beaucoup décortiqué, sous toutes leurs coutures, les immenses dommages faits au ministère de la Santé par les réformes hypercentralisatrices de son ex-ministre, Gaétan Barrette, et leurs méga-CIUSSS et CISSS. 

Erreur incompréhensible

Aujourd’hui, arrêtons-nous à un énième symptôme de la bureaucratite aiguë. Cette fois-ci, au ministère de l’Éducation.

Vendredi dernier, dans ma chronique L’aveu de Christian Dubé, j’écrivais sur l’erreur incompréhensible de la Santé publique du Québec de ne PAS avoir considéré la propagation de la COVID-19 par aérosols suspendus dans l’air dans des lieux clos mal ventilés, dont les écoles, comme un élément prioritaire dans l’urgence sanitaire.  

C’est le ministre de la Santé lui-même, Christian Dubé, qui en faisait l’aveu en entrevue au 98.5.

Erreur incompréhensible, comme je le rappelais, parce que le problème d’une possible propagation du virus par aérosols – et donc, non seulement par gouttelettes – est documenté depuis le début juillet par des experts mondiaux renommés.

L’attention s’est donc tournée vers le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge. Que ferait-il maintenant pour doter les écoles qui en ont besoin de systèmes efficaces de ventilation et de purificateurs d’air, comme le font déjà d’autres pays occidentaux?

Un comité, svp

Bref, quelle serait l’action prise?

L’annonce de la création d’un COMITÉ d’experts. 

Comme le rapportait La Tribune, un comité pour proposer au gouvernement «des solutions, se disant prêt à agir rapidement “si on a besoin d’avoir des purificateurs d’air, si on a besoin de prendre des mesures temporaires qui vont être sûrement dispendieuses”.» 

Beaucoup de «si». Les comités adorent les «si».

Le problème est déjà documenté depuis des mois, mais le réflexe est quand même de créer un autre «comité d’experts». 

Mesure dilatoire? Crainte des coûts venant avec une intervention rapide et élargie? Un peu de tout ça, sûrement.

Mais aussi, ce «Mal français», devenu bien québécois avec le temps. Cette maladie de la bureaucratite aiguë, dont les comités pouvant servir à retarder des actions concrètes sont une des manifestations les plus connues.

Voilà aussi qu’on apprend aujourd’hui que ce même comité d’experts ne serait pas encore formé. La belle affaire.

L’antithèse même de la bureaucratite

Tant qu’à faire, peut-être faudra-t-il créer un autre comité pour se pencher sur la création même du comité sur la ventilation? Astérix en deviendrait fou, lui aussi.

Or une pandémie, par définition, appelle l’urgence d’agir. 

Encore plus lorsque, après des mois de propagation à travers le monde d’un virus terriblement contagieux, la science a réussi à comprendre son mode très particulier de contagion. C’est pas mal le cas pour la COVID-19.

En cela, une pandémie, c’est l’antithèse même de la bureaucratite aiguë.