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La laïcité créerait une égalité dans la société

Des exemptions seraient incohérentes, dit une chercheuse

palais de justice de Montréal
Photo Chantal Poirier La chercheuse et féministe québécoise d’origine égyptienne Yolande Geadah au palais de justice de Montréal, mercredi.

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La restriction des signes religieux place l’homme et la femme sur le même pied d’égalité, a estimé une chercheuse et féministe québécoise d’origine égyptienne au procès concernant la Loi sur la laïcité de l’État.

« La laïcité telle que définie par le gouvernement ne vise aucune religion ni aucune communauté. Ce sont certaines croyances et certaines pratiques religieuses qui sont discriminatoires à l’égard des femmes et non pas la Loi [...] comme l’obligation de porter un voile », a soutenu Yolande Geadah, membre de l’Institut de recherches et d’études féministes de l’UQAM. 

L’auteure du livre Femmes voilées, intégrismes démasqués a été appelée à témoigner par l’organisme Pour les droits des femmes du Québec (PDF-Québec), intervenant au procès où la Loi sur la laïcité de l’État est contestée par plusieurs regroupements.

Son expertise a été contestée par les opposants à la loi, où on lui reprochait notamment ses méthodes de recherche. Le juge Marc-André Blanchard a tranché et reconnu son « utilité » dans le débat, pour la reconnaître en tant qu’experte de la situation des femmes dans la culture arabo-musulmane.

Liberté de conscience

Mme Geadah avait été mandatée par PDF-Québec pour remplir un rapport sur quatre volets. 

Soit à savoir si la restriction de signes religieux dans certaines fonctions est discriminatoire à l’égard des femmes et des minorités, son opinion sur la nécessité d’exiger la neutralité religieuse des enseignants à l’école publique, le sens du voile islamique et sa controverse, puis sur la revendication du libre choix de porter le voile. 

« La laïcité est un principe fondamental qui permet la protection de la liberté de conscience de tous et de toutes, y compris celles des membres des communautés minoritaires face aux abus du pouvoir religieux », a affirmé celle qui vit au Québec depuis plus de 40 ans. 

Elle a rappelé que la Commission des droits de la personne du Québec s’était montrée en faveur du retrait des crucifix des écoles publiques en 1999, estimant qu’il était « contraire aux droits des parents d’éduquer leurs enfants dans leur propre conviction », devant un « public captif et mineur influençable ». 

« Selon cette même logique, un symbole porté par une enseignante avec laquelle les enfants interagissent toute la journée aurait un effet encore plus important sur les élèves qu’un crucifix qui ne parle pas, accroché au mur, a estimé Mme Geadah. Il serait incohérent d’exempter les minorités du respect des mêmes règles de neutralité religieuse qui sont déjà appliquées à la majorité de tradition catholique. »

Le témoignage de la chercheuse a toutefois été écourté en raison d’un problème de ventilation dans la salle, qui posait un risque dans le contexte de la COVID-19.  


Yolande Geadah revient à la barre jeudi au palais de justice de Montréal.