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Planifier un échec, c’est grave

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Il est minuit moins une dans le dossier des changements climatiques. Certains experts affirment même qu’il est, en quelque sorte, déjà trop tard pour éviter un choc important pour l’humanité et les écosystèmes, et que nous ne pouvons qu’en atténuer l’ampleur.

C’est dans un tel contexte que François Legault a déposé lundi son Plan pour une économie verte. Rappelons-nous que, quelques mois après son élection, le premier ministre avait pris un engagement solennel en faveur de la lutte aux changements climatiques et avait affirmé: «La survie de notre planète est en jeu. Je ne peux ignorer ce défi de l’urgence climatique et continuer à regarder mes deux fils dans les yeux». Cette même déclaration d’amour au profit des prochaines générations a été reprise lors du dévoilement de son plan. 

Malheureusement, comme c’est trop souvent le cas avec la CAQ, il y a un écart très important entre le discours et les actions concrètes. Alors qu’il y a consensus à travers la communauté scientifique pour diminuer nos émissions de 29 millions de tonnes de gaz à effet de serre (GES) au Québec et ainsi atteindre notre objectif de diminution d’émissions de 37,5% d’ici 2030, le gouvernement de la CAQ ne prévoit qu’une réduction de 12 millions de tonnes de GES sur 10 ans. Son Plan pour une économie verte est donc une planification ouvertement orientée vers l’échec. Il ne s’agit pas là d’une exagération des partis d’opposition ou des groupes écologistes: cet aveu d’échec est annoncé noir sur blanc dans le document. Ainsi, une fois arrivés à la date butoir de 2030, nous n’aurons même pas parcouru la moitié du chemin requis par la science. Le gouvernement Legault continue pourtant à marteler que nous atteindrons les cibles et que le Québec sera carboneutre en 2050, en sachant pertinemment que de telles affirmations sont payantes à court terme et qu’il ne sera plus là pour rendre des comptes une fois l’échec constaté dans plusieurs années. C’est exactement le modus operandi qui nous a menés à rater nos cibles de 2020 sous l’égide des libéraux.

Sachant qu’il est question ici de vies humaines fauchées, d’espèces éteintes, et d’une qualité de vie diminuée pour les générations à venir, la question n’est plus si François Legault pourra regarder ses fils dans les yeux, mais s’il pourra regarder la population du Québec dans les yeux, à la suite des révélations de cette semaine quant à l’opération de dilution, par le bureau du premier ministre, du plan vert qui avait initialement été préparé par le ministère de l’Environnement. Exit l’écofiscalité, exit l’interdiction du gaz pour se chauffer, et exit quelconques demandes aux grands pollueurs. Les entreprises qui refusent de participer à la transition écologique auront eu raison des mesures nécessaires pour faire le virage vert. Les lobbys, avec l’assentiment de François Legault, préféreront payer à un État étranger le droit de polluer plutôt que de participer au chantier du siècle, ici même au Québec.

Car, en effet, la solution du gouvernement caquiste pour combler leur manque de volonté politique est déjà trouvée: acheter des droits de polluer à la Californie avec nos fonds publics, via la bourse du carbone. Il s’agit, pour ménager certaines entreprises québécoises récalcitrantes dont le lobby plaide le maintien du statu quo, de dépenser nos impôts pour permettre à la Californie de prendre ce même virage vert inéluctable. Le premier ministre serait donc bel et bien en voie de mettre en œuvre un plan pour une économie verte, mais ce serait celle de la Californie, à même notre propre argent. C’est choquant. 

C’est donc à un échec planifié que nous convie le gouvernement de la CAQ, par manque de volonté politique. Vu l’importance de cet enjeu pour les générations futures, c’est très grave. Pourtant, les Québécois sont ailleurs. Une majorité d’entre eux sont même prêts à faire plus de sacrifices pour le bien de la planète, selon un récent sondage. Des centaines d’experts, de gens d’affaires et de citoyens ont été consultés dans l’optique de trouver les solutions pour prendre le virage à temps. Mais force est d’admettre que François Legault n’aura pas pris la mesure de l’importance de cet enjeu pour les Québécois.

Paul St-Pierre Plamondon

chef du Parti Québécois

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