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Le retrait américain d’Afghanistan, un appel d’air pour les rivaux régionaux des États-Unis

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En décidant de retirer une partie de ses troupes d’Afghanistan, Donald Trump prend le risque d’ouvrir la porte à l’influence, limitée mais grandissante, des adversaires régionaux des États-Unis.

• À lire aussi: Les États-Unis réduiront leurs troupes en Afghanistan et en Irak d’ici janvier 2021

L’Iran, la Chine, la Russie, le Pakistan et l’Inde ont des intérêts complexes et divergents dans un pays où Washington, soutenu par ses alliés occidentaux, a été la principale puissance étrangère depuis l’offensive contre le réseau jihadiste Al-Qaïda et les talibans il y a près de vingt ans, expliquent plusieurs experts interrogés par l’AFP.

Ce qui pourrait émerger est un chaos, avec le risque de voir les talibans multiplier les attaques dans le but de renverser le gouvernement afghan appuyé par la communauté internationale.

« Personne ne va reprendre le rôle des États-Unis car personne n’a les mêmes aspirations ou objectifs », estime William Wechsler, du centre de réflexion Atlantic Council.

Objectifs limités

Mais les autres pays « vont tenter de parvenir à des objectifs plus limités et spécifiques, ce qui avait déjà mené, au départ, à une telle pagaille en Afghanistan », ajoute cet ancien haut responsable au Pentagone.

Environ 2000 militaires vont être retirés d’Afghanistan d’ici le 15 janvier, et 500 autres quitteront l’Irak pour ne laisser que 2500 soldats dans chaque pays.

Le retrait interviendra alors que Donald Trump, battu à la présidentielle par le démocrate Joe Biden, doit céder le pouvoir le 20 janvier.

Le républicain promet depuis 2016 de mettre un terme aux « guerres sans fin » et son successeur veut aussi réduire les opérations sur le terrain afghan, la plus longue intervention américaine de l’histoire, lancée après les attentats du 11 septembre 2001.

« La Chine, la Russie, l’Iran et probablement le Pakistan dans une moindre mesure, ont tous un intérêt à voir les soldats américains quitter la région, mais pas de façon soudaine», dit Scott Worden, spécialiste régional à l’Institute of Peace.

« Personne ne veut un effondrement (du pouvoir) et une nouvelle guerre civile, ou d’arrivée de réfugiés et de terroristes » sur son sol, ajoute-t-il.

La position iranienne est compliquée, souligne l’expert. Téhéran veut avant tout le départ des troupes américaines stationnées à ses frontières mais « aimerait que les talibans ne contrôlent pas le pays », or « un départ précipité des Américains rendrait cela plus probable ».

L’Iran, qui partage une frontière de plus de 900 km avec l’Afghanistan, a renforcé ses contacts limités avec les talibans depuis que les tensions avec Washington ont explosé sur le dossier nucléaire.

La Chine est un acteur mineur en Afghanistan mais souhaite consolider ses investissements et son influence dans le cadre de sa stratégie connue sous le nom de « Belt and Road initiative » (Les nouvelles routes de la soie).

Selon William Wechsler, Pékin veut profiter de la sécurité fournie par les États-Unis tout en renforçant son influence et, en cas de retrait américain, son discours selon lequel la Chine est digne de confiance, au contraire de Washington.

La Russie, humiliée à l’ère soviétique avec un retrait sous le feu des combattants soutenus par Washington, s’inquiète à la fois de la présence militaire américaine et de la menace d’une victoire des talibans.

Rivalité

L’Inde a été la puissance régionale la plus transparente en investissant trois milliards de dollars pour stabiliser le gouvernement et battre les talibans, qui ont abrité les extrémistes islamistes opposés à New Dehli.

Le Pakistan, avec les monarchies arabes du Golfe, a soutenu l’ancien régime des talibans et l’appareil sécuritaire à Islamabad voit l’Afghanistan sous le prisme de sa rivalité avec l’Inde.

Mais même après un retrait militaire, que Donald Trump veut complet à la mi-2021, Washington conservera un pouvoir d’influence en Afghanistan avec ses aides, ses diplomates et son assistance en matière de sécurité.

Pour Vanda Felbab-Brown, de la Brookings Institution, il est « raisonnable » de penser que les rivaux régionaux des États-Unis et les groupes extrémistes seront stimulés par un départ des soldats américains sans avoir vaincu les talibans.

« Mais il y a aussi l’autre facette de la crédibilité américaine », selon laquelle les États-Unis « restent impliqués dans un conflit tant que cela sert les intérêts américains », souligne-t-elle.